LITTÉRATURE ALLEMANDE ROMANS

Les Buddenbrook, Thomas Mann : décadence et dégénérescence d’une grande famille de marchands {#ClassicBooks}

25 avril 2020
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L’héritier des Buddenbrook, l’esprit embué mais guidé par un instinct quasi prémonitoire, fait preuve d’une lucidité étonnante lorsqu’il trace au bas de son nom dans le livret de famille deux lignes horizontales, à valeur de point final, venant clore l’histoire de sa famille. Puisque de la dynastie il ne restera que lui. Premier roman de Thomas Mann, Les Buddenbrook figure parmi les grands classiques de la littérature allemande. Tant par sa construction maîtrisée, que par la restitution minutieuse des ravages du temps venu saper les fondations d’une famille bourgeoise du 19e siècle entrée en décadence, Les Buddenbrook est un grand roman « naturaliste ». Thomas Mann retranscrit avec virtuosité l’inéluctabilité d’un lent processus de dégénérescence. Un écroulement progressif survenu sans qu’il soit possible de situer le moment fatidique où le destin des Buddenbrook a basculé. À quoi tient le succès ? Thomas Buddenbrook a-t-il conscience au firmament de sa gloire que l’après s’est déjà enclenché et que son sort est scellé ? Thomas Mann saisit l’impalpable. La légèreté avec laquelle on accueille le succès, mais également sa précarité. Le pressentiment de son propre déclin. D’une fin imminente que le consul Buddenbrook, homme d’affaires riche et puissant, sénateur et héritier d’une illustre lignée, tourmenté par une sorte de prescience sait ne pouvoir entraver. Les Buddenbrook est la chronique d’une mort annoncée. La lignée fragilisée par des mariages désastreux s’éteint sans éclats. Le patrimoine se réduit à une peau de chagrin. L’argent file, mobilisé pour éponger des dettes contractées. Le sang des Buddenbrook s’est corrompu au contact d’étrangers davantage mus par le désir d’associer leur nom au prestige de la maison qu’animés par le sens des responsabilités. Sur quatre générations on assiste à la déliquescence d’une grande famille de négociants où se dessine en creux le portrait d’une civilisation moribonde, à bout de souffle, qui disparaît faute de pouvoir se renouveler. L’atmosphère viciée du roman contribue à en faire un monument.

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