COUPS DE COEUR LITTÉRATURE AMÉRICAINE ROMANS

Là où chantent les écrevisses, Dolia Owens : une héroïne en lien avec ses instincts

10 mars 2020
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« Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses. Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux. » Pas comme les hommes, dont le lien à la terre a été brisé et la nature altérée. La beauté brute de ce roman, le souffle romanesque puissant et la force des sentiments qui traversent les personnages en font un chef-d’œuvre au même titre que Le Prince des marais de Pat Conroy. Kya n’a que dix ans, lorsque abandonnée par sa famille, elle se retrouve livrée à elle-même. Elle vit seule dans une cabane isolée au cœur des marais en Caroline du Nord. Au fil des années, elle fera de sa solitude un bouclier, et deviendra « la Fille des marais ». Hors de ce lieu, dont elle a fait son sanctuaire, elle cultive le mystère et est regardée comme une étrangère. Sa rencontre avec Tate mettra fin à la solitude dans laquelle elle s’est enfermée. Il l’apprivoisera en déposant des plumes d’oiseaux rares sur les rochers. Un jeu de piste délicat destiné à aiguiser sa curiosité. Il lui apprendra à écrire et à lire. Éveillera en elle des sentiments qu’elle ne s’autorisait plus à éprouver. Refusant d’accorder sa confiance après que ceux censés l’aimer ont failli à la protéger. Lorsque Tate doit la quitter pour entrer à l’université, elle le vit comme un ultime abandon. La brèche qu’il a ouverte ne s’est pas refermée et la perspective d’une vie sans contact humain la fait suffoquer. La poussant dans les bras de la vedette du lycée. Le garçon, qu’elle aurait mieux fait de ne pas fréquenter, est retrouvé mort dans les marais. Que s’est-il passé ? Ode à la nature, enquête policière et roman d’apprentissage, Là où chantent les écrevisses questionne notre rapport au monde et la perte de lien avec nos instincts à travers le destin d’une héroïne hors du commun.

Dans tous les traités de biologie, elle cherchait une explication au départ de sa mère : comment était-il possible d’abandonner sa progéniture ?

Pendant des jours, Tate ne revint pas pour lui apprendre à lire. Avant le jeu des plumes, la solitude était devenue une partie d’elle-même, un peu comme un bras supplémentaire. Maintenant, ses racines poussaient à l’intérieur et se pressaient contre sa poitrine.

Son père lui avait dit de nombreuses fois que la définition d’un homme, un vrai, c’était qu’il savait pleurer sans honte, qu’il pouvait lire de la poésie avec son cœur, que l’opéra touchait son âme, et qu’il savait faire ce qu’il fallait pour défendre une femme.

« Je suis ta petite amie maintenant ? » s’enquit-elle.

Il sourit. « C’est ce que tu veux ?

– Oui.

– Tu es peut-être un peu trop jeune.

– Mais je m’y connais en plumes. Je suis sûre que les autres filles y connaissent rien.

– Alors d’accord. » Et il l’embrasse de nouveau.

Quand on s’appuie sur quelqu’un, on se retrouve à terre.

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