Books'nJoy - Si Beale Street pouvait parler, James Baldwin : Harlem, une histoire d'amour à l'épreuve du racisme & d'une erreur judiciaire

Si Beale Street pouvait parler, James Baldwin : Harlem, une histoire d’amour à l’épreuve du racisme & d’une erreur judiciaire

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Vous comprenez, il avait trouvé son centre, le pivot de sa propre existence, en lui-même – et ça se voyait. Il n’était le nègre de personne. Et ça, c’est un crime dans cette pourriture de pays libre. Vous êtes censé être le nègre de quelqu’un. Et si vous n’êtes le nègre de personne, vous êtes un mauvais nègre : c’est ce que conclurent les flics quand Fonny s’installa hors de Harlem.

L’œuvre de James Baldwin gravitant autour des conflits interraciaux, de l’injustice, de l’étude des systèmes de domination et des mécanisme du conditionnement, il aurait été surprenant qu’aucun de ses romans ne traite de l’exercice arbitraire de la justice. Thème cristallisant tous ces sujets. Et évidemment, comme toujours, dans un style fluide, dénué de manichéisme, mêlant sensualité et dureté, nous faisant toucher du doigt les souffrances de sa communauté, l’écrivain afro-américain relève l’exercice haut la main. Le décor est planté : Harlem – son quartier natal, la promiscuité des familles noires, le fanatisme religieux – qui lui est familier ayant lui-même prêché, les enfants grandissant dans la rue et dans la misère. Dans ce climat tendu, peu propice à l’éclosion du sentiment amoureux, Tish et Fonny font figure d’exception. Ils se rencontrent dans l’enfance. Au fil des années, leur amitié évolue naturellement en un amour solide et sain. Une évidence qui dans l’Amérique des années 70 dérange. Ils sont noirs, jeunes – elle a 19 ans, lui 22, beaux et attendent un bébé. Un miracle que le destin se chargera de leur rappeler… Accusé à tort d’avoir violé une femme portoricaine, Fonny est victime d’une erreur judiciaire. S’ensuit une course contre la montre pour faire tomber l’accusation. Dans une démonstration implacable, James Baldwin nous fait ressentir le sentiment d’impuissance ressenti par ceux stigmatisés au quotidien, où chaque geste est scruté, mesuré de peur d’éveiller la suspicion. La solidarité entre les familles, les heurts violents, l’amour comme un baume, la vie qui pointe le bout de son nez, sont autant de motifs de ne pas désespérer auxquels Fonny se raccrochera désespérément pour ne pas flancher. En espérant qu’un jour le monde se (re)mette à tourner normalement, que la vérité éclate et que blanchi, Fonny soit rendu à sa famille.

Le vrai crime, c’est d’avoir le pouvoir de placer ces hommes là où ils sont et de les y maintenir. Ces hommes captifs sont le prix secret d’un mensonge secret : les justes doivent pouvoir identifier les damnés. Le vrai crime, c’est d’avoir le pouvoir et le besoin d’imposer sa loi aux damnés.

Mon appréciation : 4/5

Date de parution : 1974. En grand format aux Éditions Stock, traduit de l’anglais (États-Unis) par Magali Berger, 256 pages.

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