Books'nJoy - Comment ça va pas ?, Delphine Horvilleur : Conversations après le 7 octobre avec une femme rabbin libérale

Comment ça va pas ?, Delphine Horvilleur : Conversations après le 7 octobre avec une femme rabbin libérale

À mon sens, le judaïsme n’est jamais affaire de puissance. Cela ne signifie nullement qu’il est condamné à la faiblesse, mais qu’il est fort d’une capacité constante à composer avec sa vulnérabilité. Il propose, comme Jacob qui devient Israël, de faire avec tout ce qui est bancal, et de s’appuyer sur la faille pour en faire le lieu de sa résilience. De sa survie.

Outre une conception du judaïsme que je partage, la femme rabbin française du Mouvement juif libéral de France (MJLF), Delphine Horvilleur, expose sa pensée dans un court essai suite aux attaques du Hamas en Israël perpétrées le 7 octobre 2023, sa crainte d’un monde polarisé, tiraillé entre des extrémismes de tous bords, du communautarisme engendrant un repli identitaire, d’une société structurée selon des rapports de domination, des écueils d’une compétition victimaire et d’une hiérarchisation des peines, des rhétoriques complotistes et de la tentation d’y céder quand le monde environnant perd de sa clarté, du danger des grilles de lecture idéologiques simplistes de la société déroulant des guides de pensée prêts à l’emploi faisant fi des discours nuancés, des matrices de genres, du clientélisme ethnique, de du caractère cyclique de l’Histoire qui, s’appuyant sur un antisémitisme latent et notre naïveté d’imaginer que, cette fois, le slogan « Plus jamais ça ! » s’appliquera, oublie, baisse la garde, puis finit par se répéter.

Nous vivons un temps où si peu de gens aspirent à penser librement, chacun préfère se raccrocher au narratif prémâché par sa tribu ou son camp.

Mais le propre de la guerre et d’assassiner le langage, en même temps que les innocents et la subtilité. La modération devient mutique et la radicalité crie à plein poumons. On hurle des slogans et toutes les positions mesurées sont soudain prises en otage.

J’ai fini par comprendre combien j’avais besoin de m’entourer de gens qui se savent hantés. Des êtres qui accueillent les fantômes de leur histoire et les font parler dans ce qu’ils disent, écrivent, composent, chantent ou construisent. J’ai besoin de m’entourer de ceux qui savent ce qu’ils doivent à leurs revenants, et qui ne font pas comme si le passé était passé.

À compléter avec...

l’article fouillé sur les limites de l’intersectionnalité de La Revue K, dont les contributeurs sérieux développent des réflexions aux antipodes des jugements à l’emporte-pièce capitalisant sur l’émotivité de son lectorat.

Mon appréciation : 3,5/5

Date de parution : 2024. Grand format aux Éditions Grasset, 160 pages.

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