Toutes les Publications De Books'nJoy

VIP, Laurent Chalumeau : un thriller politique décapant

Sorti en mars 2017, le thriller politique sous haute tension signé Laurent Chalumeau agit comme un uppercut dès le premier chapitre. Personne n’en sortira indemne je vous le garantis ! À mi-chemin entre le polar et le brûlot, VIP dénote par son actualité et sa liberté de ton. L’auteur, fin connaisseur – puisque journaliste – du milieu des VIP – qui englobe à la fois le show-biz et le politique dans le cas présent – nous offre un récit savoureux et n’épargne personne. Attention, l’auteur précise que toute ressemblance avec la réalité serait fortuite et involontaire. 😉 Je propose que chacun se fasse son propre avis.

Résumé

Quand le scoop est une bombe et le voyeur un témoin… Au départ, juste un plan « presse people » ordinaire : fenêtre sur couple. Violation intime. Paparazzo en planque pour coincer une vedette et son nouvel amant. Mais ça dérape. Et grave ! En lieu et place de « sexe chez les riches et célèbres », il assiste à un  carnage. Que faire de ces images susceptibles d’embraser le pays ? À qui confier ces preuves qui lui brûlent les doigts ? Police ? Justice ? Politiques ? Médias ? Tous pourris ? Tous de mèche ? Vraiment ?Dans ce thriller vaudeville qui passe en revue (et à la moulinette) nos élites mâles et blanches, Laurent Chalumeau tire les ficelles tranchantes de ses marionnettes et mêle, en les détournant, les genres policiers – le film de série Z, l’épisode des Experts ou la politique fiction-paranoïaque. Quand la partie de Cluedo se déroule chez les VIP, on jubile.

Grasset

booksnjoy - vip - laurent chalumeau

Une écriture acérée et un style caustique

Il faut savoir que ce livre, dès le premier chapitre, vous happe. On ne s’y attend pas et pourtant on est devenu spectateur de la scène violente, sur laquelle va reposer toute l’intrigue. On est comme ces voyeurs, qui ne peuvent s’empêcher de regarder alors qu’ils devraient, selon toute vraisemblance, détourner les yeux. Mais on n’y parvient pas. Pourquoi ? Car Laurent Chalumeau manie très bien l’art de capter le lecteur, d’agir sans préliminaires, sans nous prévenir que nous allons sortir de ce premier chapitre nauséeux et mal à l’aise. Et c’est tant mieux, l’effet de surprise n’en est que plus intense ! L’auteur a fait le choix d’utiliser le vocable des protagonistes, donc dès le début du livre, nous avons le droit à un langage particulièrement vulgaire. Le premier chapitre est un florilège de grossièretés tels que « pétasse », « salope », « pute », « traînée » et j’en passe… Cela a légèrement bloqué ma lecture, puis j’ai fini par m’habituer au style de l’auteur et à la langue. Une fois l’étonnement passé, je trouve que ça renforce l’impression d’être en immersion dans ce milieu. Je vous cite un passage pour vous montrer ce que j’entends par là :

« C’est ça, en fait, que Patrice reproche à la pétasse. De faire semblant d’ignorer qu’elle et lui, en réalité, ils sont collègues. Ils bossent dans le même cirque, chacun à son étage. Toi, tu bronzes nibes à l’air sur le yacht d’un gros porc pété de tunes, tu trompes ton mec metteur en scène avec un animateur télé ou sportif, t’oublie de mettre ta culotte et moi, à chaque fois, je suis là et je shoote. C’est juste un job. C’est ton boulot. C’est à ça que tu sers. Si t’en à marre, pas grave, arrête. Arrête tout. Fais chômeuse. T’as cinquante connasses prêtes à prendre la relève. Alors ferme ta gueule, t’as compris ? Ferme ta gueule. »

Je vous rassure tout le livre n’est pas écrit sur ce ton, mais je trouve que cette vulgarité du paparazzo est révélatrice de la férocité de son ressentiment à l’égard de l’actrice. Laurent Chalumeau tire à boulets rouges sur le milieu des VIP et ne prend pas de gants pour le faire. La passage de l’enterrement de l’actrice est particulièrement savoureux :

« Journée commencée fort : dès la matinée, obsèques de la Carvais. Même cirque que d’hab, tout dans les règles : église Saint-Roch, paroisse du spectacle – où ces mécréants ne vont jamais, à part pour, justement, enterrer des collègues. L’occase de grimper un escalier, comme à Cannes. Juste le nombre de marches et la couleur du tapis qui changent […] Grande parade. Line Renaud, obligé, puisque quelqu’un est mort. La reine Deneuve, raccord : en majesté et l’air de se faire chier. Baye, Huppert, rien à faire, cran en dessous. Puis le peloton des quadras : Kiberlain, Zylberstein, Ledoyen, Mastroianni, Léa Drucker, Emma de Caunes, Gayet […] »

Un polar brûlant d’actualité

Laurent Chalumeau aborde des thèmes actuels, tels que le statut pénal du Chef de l’État. Comment un homme de cette envergure peut-il ne pas payer pour des crimes aussi abjects ? Jusqu’à quel point doit-il bénéficier de l’immunité que lui confère son statut ? L’irresponsabilité pénale est-elle justifiable dans le cas présent ? Peut-il s’en sortir ? Tout au long du roman, je n’en croyais pas mes yeux, on en devient écoeuré. L’enquête si on peut appeler ça une « enquête » reste au point mort. Le politique s’ingère dans la justice et nous assistons à une inertie des procédures judiciaires, à une mise sous tutelle de la magistrature – donc de la justice – par le politique. Et finalement, ce n’est pas si choquant. Il suffit d’ouvrir un journal ou bien d’allumer la radio pour que l’on se rende compte que la réalité dépasse bien souvent la fiction. Laurent Chalumeau dénonce – sujet également hautement d’actualité – la connivence entre journalistes et politiques, ce qui conduit à la mise sous tutelle des médias. Liberté de la presse, liberté de la presse…hum hum à d’autres.

« La salle des fêtes est remplie, en dépit de la date. Mais passé le 15 août, ça commence à rentrer. Très beau monde, comme de juste. Mêmes que d’hab : industrie, thune, politique, médias. Teints halés de saison. Ce qu’il faut comme mis en examen et témoins assistés pour donner du tanin à l’assistance. Ça cancane. Ça réseaute. Ça connive. Les « élites » endogames, incestueuses, prisent sur le fait. L’establishment tel que se le représentent ceux, rouges ou bruns, qui veulent le déboulonner. » 

Ces hommes politiques, journalistes, célébrités et parasites virevoltant dans leur sillage, forment un délicieux pot pourri, qui ne cesse page après page d’interpeller le lecteur. Les puissants agissent en toute impunité et on n’en revient pas. Laurent Chalumeau fait état d’une société malade, dirigée soit par des pantins soit par des hommes à la moralité douteuse. Entre la peste et le choléra…choix cornélien.

booksnjoy - vip - laurent chalumeau

La fin…

Attention, je vous conseille de passer votre chemin si vous n’avez pas encore eu le plaisir de plonger votre nez dans ce thriller de haute voltige !! 😉

Le thriller de Laurent Chalumeau m’a, dans l’ensemble, transportée, j’ai adoré l’intrigue ainsi que l’écriture. Je précise que je savais à peu près à quoi m’attendre. J’ai abordé cet ouvrage plus comme une étude sociologique relatant les dérapages de nos « élites » politiques, que comme un polar à proprement parlé. L’intrigue est l’occasion pour Laurent Chalumeau de réaliser une critique acerbe de notre société. J’ai assez vite compris qu’il n’y aurait ni enquête, ni procédures visant à trouver le meurtrier. Donc, si ce que vous cherchez est un bon policier écrit dans les règles de l’art, alors je pense que vous allez être déçu. 🙂 Néanmoins, pour être totalement sincère, je suis restée sur ma fin. Puisque fin, il n’y a pas à vrai dire. J’ai eu l’impression que l’auteur n’avait pas pu finir son livre et qu’on lui avait arraché le manuscrit des mains…

Conclusion

J’ai adoré ce thriller politique et je le recommande. Laurent Chalumeau signe un polar sous haute tension, renforcé justement pas l’absence du coupable tout au long du récit. L’écriture est libre et incisive. J’ai tout simplement dévoré ce polar ! Je file me procurer les autres ouvrages de cet auteur, que je n’avais pas encore eu l’occasion de lire. En fin connaisseur de ces milieux, j’espère que Laurent Chalumeau restera dans la même veine et nous offrira un roman tout aussi jubilatoire que VIP ! 🙂

Partager

La conquête du bonheur, Bertrand Russell : un indispensable

Il y a peu d’ouvrages qui marquent à vie, mais La conquête du bonheur écrit par le philosophe et mathématicien Bertrand Russell, prix Nobel de littérature en 1950, est de ceux-là. Ce livre est devenu pour moi un indispensable. Je le garde souvent dans mon sac, pour en lire quelques passages ou seulement le feuilleter. Il est de ces livres également qu’on ne peut s’empêcher de vouloir partager avec les autres. Je pense être une de ses plus ferventes supportrices, j’ai tendance à le brandir dès que quelqu’un a un coup de mou comme remède miracle. J’en reviens encore au pourquoi du comment de ce blog :  la littérature et par extension ici j’inclus la philosophie et la psychologie peuvent être des sources de bonheur. Je suis intiment persuadée que c’est en faisant un travail de connaissance de soi et un travail sur soi que l’on peut accéder au bonheur. Vivre sa vie sans jamais rien analyser, s’apparente pour moi au Mythe de Sisyphe – essai écrit par Albert Camus. Mais si, vous voyez très bien qui est Sisyphe j’en suis sûre. Sisyphe a été condamné par Hadès à pousser un énorme rocher jusqu’au sommet d’une montagne, ce rocher une fois arrivé au sommet retombait irrémédiablement au pied de la montagne, ce procédé se répétant pour l’éternité. Ce que je tente de vous dire, c’est que vivre sa vie sans tenter de la comprendre est pour moi similaire à vivre dans l’absurdité d’un éternel recommencement sans perspective d’amélioration. Ce qui vous me l’accorderez n’est pas bien fameux ! 😉 Bref, revenons à nos moutons et donc à ce merveilleux ouvrage entre philosophie et psychologie.

Résumé

Qu’est-ce qui rend les gens malheureux ? Le bonheur est-il encore possible ? Pour répondre à ces deux questions, Bertrand Russell aborde à sa manière, en s’appuyant sur sa propre expérience et les observations qu’il a pu faire, un certain nombre de thèmes, dont la complaisance dans le malheur, l’ennui et l’agitation, la fatigue, l’envie, le sentiment de culpabilité, la manie e la persécution, l’affection, ou encore la joie de vivre. Loin de passions égocentriques, l’homme heureux est hédoniste, curieux, attentif aux autres. Il vit la vie. Telle pourrait être la morale de ce petit livre revigorant – et toujours d’actualité.

Philosophe et mathématicien, prix Nobel de littérature en 1950, célèbre pour son action en faveur du pacifisme et du désarmement nucléaire, Bertrand Russell (1872-1970) est aussi l’auteur, chez Payot, d’une Introduction à la philosophie mathématique et de Problèmes de philosophie.

Petite Bibliothèque Payot

booksnjoy - la conquete du bonheur - bertrand russel

Une construction simple

La conquête du bonheur va à l’essentiel. Bertrand Russell précise dans l’avant-propos, que :

« Ce livre ne s’adresse pas aux gens érudits ou à ceux qui voient dans un problème pratique un simple sujet de bavardage. Dans les pages qui suivent, on ne trouvera pas une philosophie profonde, ou une érudition étendue. »

Nous n’avons pas entre les mains une pensée théorique, bien au contraire l’auteur le dit noir sur blanc, ce travail est le fruit d’observations empiriques personnelles, qui l’ont mené à adopter des comportements positifs. L’ouvrage se divise en deux grande partie : la première partie analysant les causes du malheur et la seconde intitulée les causes du bonheur. Qui a dit que la philosophie était une science obscure ? 😀 Dans la première partie, soit celle consacrée aux causes du malheur, les thèmes abordés sont triviaux : l’esprit de compétition, l’ennui et l’agitation, la fatigue, l’envie, le sentiment de culpabilité, la peur de l’opinion publique…  Toute personne trouvera un élément à même de la toucher, on se retrouve tous d’une façon ou d’une autre dans ces comportements négatifs, qui mis bout à bout rendent malheureux. La seconde partie, est destinée à nous éclairer sur les causes du bonheur. De même que précédemment, les thèmes abordés sont d’une grande banalité mais terriblement essentiels : l’affection, la famille, le travail, les intérêts impersonnels… C’est cette construction simple et claire qui facilite la lecture et permet au lecteur d’avoir un fil conducteur. Chaque chapitre, à l’intérieur de ces deux grandes parties, peut se lire indépendamment des autres.

Combattre les élans narcissiques pour se tourner vers les autres 

Comme je l’ai dit plus haut, chacun en fonction de sa sensibilité et de ses attentes trouvera son bonheur dans ce petit ouvrage. Dans le premier chapitre « Qu’est-ce qui rend les gens malheureux ? », Russell évoque un intérêt trop important pour sa propre personne, il explique :

« Peu peu, j’appris à manifester de l’indifférence à l’égard de moi-même et de mes défauts; je vins à concentrer mon attention de plus en plus sur les choses extérieures : l’état du monde, les diverses branches du savoir, les personnes pour lesquelles je ressentais de l’affection […] Et tout intérêt extérieur incite à quelque activité, qui, aussi longtemps que l’intérêt demeure vivant, est un préventif complet contre l’ennui. Un intérêt égocentrique, au contraire ne mène à aucune activité progressive […] Une discipline extérieure est la seule voie au bonheur pour ces infortunés dont l’intérêt excessif en eux-même est trop profond pour être guéri d’une autre manière. »

Rappelons que cette ouvrage a été publié en 1930 !!! Il est tout à fait d’actualité, on ne peut faire plus contemporain comme problème sociétal que le narcissisme et l’égoïsme. Russell nous donne les clés pour guérir notre société plus de 70 ans en avance – si l’on considère que tout s’est accéléré depuis les années 2000.

Vivre le moment présent, une maxime positive

Bien avant que se généralise la pratique du yoga ou de la méditation de pleine conscience – dont l’ouvrage Méditer jour après jour, 25 leçons pour vivre en pleine conscience, de Christophe André explique les principes de façon très claire – Bertrand Russell entrevoyait déjà la nécessité de vivre le moment présent.

« L’habitude de vivre dans le futur et de croire que toute la signification du présent réside dans ce qu’il engendrera est une attitude qui porte malheur. Il ne peut y avoir de valeur dans le tout à moins qu’il n’y ait de valeur dans les parties. »

Cette pensée constructive permet de vivre au jour le jour de façon apaisée sans être tournée uniquement vers la finalité de notre action, qui par définition se situe dans le futur, ce qui a pour conséquence que l’on ne prend pas le temps de savourer le moment où l’on réalise cette action. En adoptant cette vision positive nous enrichissons notre présent.

L’esprit de compétition 

Ce chapitre est d’une très grande richesse. Bertrand Russell évoque la course vers le succès des sociétés modernes :

« […] la course dans laquelle il est engagé a le tombeau pour but. »

Ce même chapitre illustre la corrélation qui existe entre le déclin de la culture dans les sociétés modernes et l’esprit de compétition :

« L’importance de l’esprit de compétition dans la vie moderne est en rapport avec le déclin général du niveau de culture […] »

Cet esprit de compétition à outrance s’expliquerait par la recherche de ce qui est mobilisable, utile, monnayable. Aujourd’hui, et cela valait déjà en 1930, on ne cherche pas à développer sa richesse intérieure mais à rentabiliser ses atouts et à masquer ses défauts. Russell résume cette pensée comme une volonté de faire primer la puissance sur l’intelligence. L’esprit de compétition peut guider certaines de nos actions évidemment, l’envie de se dépasser est importante mais l’ériger en principe moteur de nos vies, ne peut mener qu’au désarroi et à l’ennui. Puisque par définition, il y aura toujours quelqu’un pour être meilleur que nous, nous ne vivrions que dans l’insatisfaction, la frustration, au lieu d’apprécier ce que l’on a déjà.

Le sentiment de culpabilité

Le chapitre 6, consacré au sentiment de culpabilité est particulièrement intéressant, je vous invite à le lire avec attention. 🙂 Il étudie la naissance chez l’être humain de ce sentiment négatif – que l’on associe à tort à la moralité – dont les racines se situent dans l’enfance et dans la morale religieuse. Russell nous propose de toujours chercher la rationalité dans nos afflictions et si celles-ci n’ont pas pour fondement la rationalité, nous ne devons pas nous faire envahir par ce sentiment de culpabilité. Cela suppose donc comme toujours un vrai travail sur soi.

« À vrai dire, le sentiment de culpabilité est loin de produire le bonheur. Il rend l’homme malheureux et fait naitre en lui un sentiment d’infériorité. L’homme qui se sent malheureux est enclin à avoir à l’égard des autres des exigences excessives et qui l’empêchent de trouver le bonheur dans ses relations personnelles. » « L’homme ainsi divisé contre lui-même recherche des stimulations et des distractions; il aime les passions fortes non pour des raisons saines mais parce que momentanément elle le font s’évader de lui-même et écartent de lui la pénible nécessité de penser. »

Pour conclure, Bertrand Russell affirme que :

« Le bonheur qui exige l’intoxication à tout prix est faux et n’apporte pas de satisfaction. Le bonheur qui est naturellement satisfaisant s’accompagne de l’exercice le plus complet de nos facultés et de la compréhension complète du monde dans lequel nous vivons. »

Conclusion

Ce « petit » ouvrage est une mine d’or pour qui cherche à vivre pleinement. L’homme heureux pour Bertrand Russell, est résolument tourné vers l’extérieur, il porte son attention sur des choses étrangères, seul moyen de ne pas se laisser envahir par l’inquiétude et ses angoisses.

« […] celui qui ne fait rien pour détourner son sprit de ses tracas et leur permet d’acquérir un empire complet sur lui agit en imprudent, car il sera moins capable de lutter contre ses ennemis lorsque le moment décisif sera venu. »

Ce livre est d’une modernité incroyable et totalement d’actualité. Je le recommande comme livre de chevet, pour s’y réfugier dès que nous nous laissons envahir par des pensées négatives et donc nécessairement non constructives. 🙂

Partager

Poulets grillés, Sophie Hénaff : un polar déjanté

Poulets grillés, de la romancière Sophie Hénaff, est une de mes plus belles découvertes en matière de polars ! Et pourtant, nos chemins ont bien failli ne jamais se croiser. C’est en me rendant chez Gibert Joseph à Odéon pour faire l’acquisition d’un autre polar, que je me suis arrêtée sur cette couverture orange estampillée du macaron rouge « Prix des lecteurs sélection 2016 ». J’ai tout de suite été attirée par les couleurs, le graphisme de la couverture, et, généralement plutôt satisfaite des romans sélectionnés pour le prix des lecteurs, je me suis dit que je ne risquais pas grand chose en me le procurant. Que n’ai-je pas fait ?! Je n’ai pas pu le poser avant de l’avoir terminé. Ce roman policier est tout simplement désopilant, pétillant, attachant et j’en passe, en bref addictif.

Résumé

Le 36, quai des Orfèvres s’offre un nouveau patron. Le but de la manoeuvre : faire briller les statistiques en placardisant tous ceux qu’on ne peut pas virer et qui encombrent les services. Nommée à la tête de ce ramassis  d’alcoolos, de porte-poisse, d’homos, d’écrivains et autres crétins, Anne Capestan, étoile déchue de la judiciaire, a bien compris que sa mission était de se taire. Mais voilà, elle déteste obéir et puis… Il ne faut jamais vendre la peau des poulets grillés avant de les avoir plumés !

Albin Michel et Le livre de poche

booksnjoy - poulets grilles - sophie henaff

Poulets grillés et Rester Groupés, Sophie Hénaff

Polar ou pas polar ?

Ce roman a certes tout du roman policier – le commissaire, la brigade, le 36 quai des Orfèvres, une enquête – néanmoins, je trouve qu’il appartient à un genre plutôt hybride entre le polar et le roman feel-good. Je m’explique. L’intrigue, n’est pas vraiment au coeur du roman. C’est plutôt la vie de la brigade, ses éléments, leur façon d’interagir entre eux, qui cristallise l’attention du lecteur. L’écriture est légère, agréable et rythmée. Tout s’enchaine avec une étonnante facilité. Tous les ingrédients du roman feel-good sont présents et c’est ce qui rend le roman de Sophie Hénaff terriblement réussi. Étant une polar addict et appréciant particulièrement les romans feel-good, je ne pouvais qu’apprécier cette série de romans policiers 🙂

Enfin une femme commissaire !

Bon, j’exagère il y a dans la littérature policière des femmes commissaires, détectives, enquêtrices… Mais disons que ce n’est pas la norme, en général ce sont des hommes : Jean-Baptiste Adamsberg chez Fred Vargas, Carl Mørck chez Jussi Adler-Olsen, Camille Verhoeven chez Pierre Lemaitre, Kurt Wallander chez Henning Mankel, Yeruldegger chez Ian Manook… Sophie Hénaff, nous fait donc l’immense plaisir de placer une femme de caractère à la tête de sa brigade pour le moins hétéroclite. Je me suis tout de suite identifiée à Anne Capestan, pour plusieurs raisons : elle est indépendante, un brin solitaire, têtue, sportive, elle remet en cause l’autorité et a son (petit caractère) humhum 😉 Cette héroïne m’a tout de suite plue car je la trouve résolument moderne, elle parvient à rester féminine dans un « milieu d’hommes », tout en faisant preuve d’autorité et en tenant à bout de bras sa brigade. Chapeau bas Sophie Hénaff pour ne pas avoir basculé dans le cliché de la femme flic masculine ou à contrario de la femme flic jouant avec exagération de sa féminité.

Un polar déjanté peuplé de personnages truculents 

Poulets grillés, est le polar le plus drôle que j’ai eu l’occasion de lire. Les personnages sont ingérables, on a :

  • Le divisionnaire Buron, certes ronchon et autoritaire, mais attaché à sa protégée Anne Capestan.
  • Lebreton qui appartenait à la police des polices, mais étant homosexuel s’est vu mettre au placard.
  • Le lieutenant Merlot, alcoolique notoire.
  • Le lieutenant José Torrez, dit Scoumoune ou le chat noir. Ayant la réputation de porter malheur, personne ne souhaite faire équipe avec lui.
  • Orsini, suspecté d’entretenir des liens étroits avec la presse et de l’alimenter de manière abusive au détriment des enquêtes en cours.
  • Eva Rosière, qui, outre son travaille dans la police, est également romancière et ne se gène pas pour nourrir ses scénarios fictifs de faits réels.
  • Évrard, qui se soigne pour son addiction aux jeux.

Cette équipe ressemble plus à la cour des miracles qu’à une équipe de choc…. 🙂 Dès le début, on nous plante le décor : cette brigade de bras cassés sera en charge des affaires non résolues sans aucune obligation de résultat. C’est dire la confiance que les pontes de la police placent en eux.

Prix reçus

Poulets grillés :

  • Prix polar en séries
  • Prix Arsène Lupin
  • Prix du meilleur polar français
  • Prix du goéland masqué
  • Prix des lecteurs Polar 2016

Série policière

  • Tome 1 : Poulets grillés
  • Tome 2 : Rester groupés
  • Vite un tome 3 !!!

Conclusion

J’espère que ces deux tomes ne sont que le début d’une longue série. Sophie Hénaff a su imposer un nouveau genre de romans policiers humoristiques et je trouve que c’est très réussi ! Les personnages sont savoureux, l’intrigue très bien menée et l’écriture très agréable. À quand le tome 3 des aventures de la brigade de Capestan ?!

Partager

Le roman feel-good : un incroyable succès !

C’est en flânant au salon du livre samedi dernier, que je me suis rendue compte à quel point les « romans feel-good » envahissaient les rayonnages. On les repère tout de suite, surtout sur le stand Livre de poche – un de mes stands préférés, avec leur couverture attrayante et leurs couleurs flamboyantes. J’ai donc décidé de vous faire un compte rendu en plusieurs parties pour vous présenter quelques spécimens de cette « espèce » littéraire !

Qu’est-ce qu’un « roman feel-good »?

Je ne pense pas qu’il existe de définition académique pour ce genre si particulier mais je vais tout de même tenter d’en formuler une. Un roman feel-good remplit plusieurs critères : il traite de sujets légers – ici pas de questionnements existentiels ni de pamphlets politiques, il est pétillant, émouvant et attachant. Les sujets le plus souvent traités tournent autour des événements de la vie quotidienne, des amis, des amours, de la famille… L’objectif est on ne peut plus clair : se divertir et passer un agréable moment. Attention !!! Cela ne veut pas dire qu’on n’en sort pas chamboulé. Au contraire, le propre du roman feel-good est justement cette capacité à véhiculer des notions humaines, des sensations, des sentiments simples, qui appellent à la bienveillance. L’écriture est facile, souple, en somme on ne lit pas du Maylis de Kerangal – en même temps vous me direz ce n’est pas le but recherché ici. 🙂

Pourquoi un tel succès ?

Je pense que plusieurs éléments permettent d’expliquer cet engouement. L’actualité y est certainement pour beaucoup dans ce phénomène. Entre les attentats, les médias – qui surfent sur la peur ambiante en nous abreuvant d’informations destinées à nous terroriser un peu plus chaque jour, et le climat délétère ambiant, ce n’est pas étonnant que lors de nos moments de détente nous cherchions à nous évader. On en revient au pourquoi du comment de la création de ce blog, la littérature et ses vertus curatives 😉 Le second élément, qui m’enthousiasme bien plus et qui est purement le fruit d’une réflexion personnelle, est un phénomène de « massification de la culture ». Je m’explique, par massification j’entends la volonté de la part des auteurs, éditeurs, de ne pas uniquement traiter et éditer des ouvrages nécessairement « sérieux » et accessibles à une minorité de lecteurs. La littérature n’a pas nécessairement pour vocation d’instruire, ce n’est pas parce que nous ne lisons pas des classiques, que nous ne lisons pas, la preuve nous lisons 😉 c’est donc une tautologie… Mais bon, c’est purement personnel comme avis, hein !

Venons-en au fait !

Dans cette 1ère partie, je vous présente deux romans : Entre ciel et Lou de Lorraine Fouchet et Venise n’est pas en Italie de Ivan Calbérac. Je ne laisse pas planer le suspens plus longtemps, j’ai adoré ces deux titres !!!

booksnjoy - entre ciel et lou - lorraine fouchet - feel-good

Entre ciel et Lou, Lorraine Fouchet

Résumé

« Bretagne. Jo prévoit de profiter d’une joyeuse retraite sur l’île de Groix. Mais la deuxième vie qu’il imaginait aux côtés de sa bien-aimée, il devra l’inventer seul. Son épouse est partie avant lui, en lui lançant un ultime défi : celui d’insuffler le bonheur dans le coeur de leurs enfants. […] »

Ce que j’ai aimé :

  • L’île de Groix en Bretagne, cet air iodé, la présence de la mer, des goélands Boy et Lola, les crêpes bretonnes, le Tchumpôt, la végétation sauvage… Ce livre m’a tout simplement donné envie d’aller visiter cette île !!
  • Pomme – petite fille de Jo et Lou, qui est pleine d’humanité et de bonnes intentions. Alors que les autres personnages ont eu parfois tendance à m’agacer un peu, j’adorais les passages où on percevait l’histoire de son point de vue.

Ce que j’ai (un peu) moins aimé :

  • La construction du roman. En effet, Lorraine Fouchet a construit le roman de telle sorte que les personnages s’expriment chacun leur tour. Or, je trouve que l’on perd en cohérence et visibilité, surtout que le rythme de l’alternance est soutenu puisqu’un personnage ne s’exprime rarement plus de 4/5 pages de suite.
  • Le décès de Lou. Son décès donne tout sens au livre, puisque sinon il n’y aurait pas eu de mission, néanmoins on ne la connait pas vraiment et c’est dommage car elle semble avoir été une grand-mère haute en couleur et aurait fait un super personnage (vivant) ! 🙂

booksnjoy - venise n'est pas en italie - ivan calbérac - fell-good

Venise n’est pas en Italie, Ivan Calbérac

Résumé

« Émile a quinze ans. Il vit à Montrais, entre un père doux dingue et une mère qui lui teint les cheveux en blond depuis toujours, parce, paraît-il, il est plus beau comme ça. Quand la fille qui lui plaît plus que tout l’invite à Venise pour les vacances, il est fou de joie. Seul problème, ses parents décident de l’accompagner…[…] »

Ce que j’ai aimé :

  • Émile, évidemment ! À seulement quinze ans et doté de parents pas faciles, faciles, c’est le moins que l’on puisse dire, il aurait pu être exécrable mais pas du tout, c’est tout le contraire. Il compose comme il peut avec les moyens du bord et il ne s’en sort pas trop mal à vrai dire. Il est terriblement attachant et n’importe quel parent révérait d’avoir un adolescent si facile à vivre.
  • Pauline – la jeune fille dont notre héros est follement épris, qui vient d’un milieu très aisé mais se révèle être à l’opposé de certains clichés attendus.
  • L’enchaînement de situations grotesques mais tellement désopilantes, à un moment je me suis même demandée quand est-ce qu’Émile allait réellement s’énerver 😉

Ce que j’ai (un peu) moins aimé :

  • L’exagération de certaines situations. Il est évident que personne ne vivra de telles situations, celles-ci peuvent s’avérer très drôles comme un (petit) peu lourdes par moment.

Conclusion

Malgré quelques petites notes négatives – rien n’est jamais parfait, j’ai adoré ces deux romans et je vais vite foncer dans une librairie pour m’offrir le dernier Lorraine Fouchet Les couleurs de la vie et j’attends avec impatience le prochain Ivan Calbérac.

Partager

Chanson douce, Leïla Slimani : Prix Goncourt 2016 (#RL2016)

Novembre 2016, alors que la saison des prix littéraires bat son plein, Leïla Slimani remporte le plus prestigieux d’entre eux : le prix Goncourt pour son second roman Chanson douce. Outre le fait qu’elle ne soit que la douzième femme à remporter cette distinction en cent-treize ans, son roman a été distingué dès le premier tour de scrutin. Ce thriller psychologique poignant fut une très belle découverte et fait partie de mes coups de coeur de l’année 2016 ! 😀

Résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Gallimard

La complexité des personnages

Dès le début du récit, nous connaissons l’issue tragique de cette cohabitation malsaine entre la nounou, les parents et les enfants. Ainsi, ce n’est pas tant « l’histoire » en elle-même qui m’a touchée mais la manière qu’à Leïla Slimani de placer la psychologie au centre du récit. Si je ne devais choisir que deux auteurs parmi tous ceux que j’affectionne, je choisirais sans hésiter Stefan Zweig et Sigmund Freud. On retrouve chez Leïla Slimani ces deux influences. Stefan Zweig, est mon auteur préféré, il a une écriture puissante et brute qui ne s’embarrasse pas de détails secondaires, il va directement à l’essentiel. Il met l’accent sur le caractère psychologique de ses personnages et décrit sans fard les aspects les plus sombres de l’âme humaine. Leïla Slimani décrit avec la même verve la perversité de la nounou et l’aveuglement des parents. La tension qui monte au fil du récit vient de ce que l’on assiste en qualité de témoin à la folie destructrice de cette nounou totalement névrosée sans pouvoir faire infléchir le cours de l’histoire tout en connaissant l’aboutissement. La construction du récit est très astucieuse et renforce la tension nerveuse qui s’en dégage, en nous donnant à connaître la fin, on tente de comprendre le basculement, le point d’inflexion, de rupture qui permettrait de comprendre le geste fatale de la nounou.

Une plume acérée

Comme je l’ai dit plus haut, je retrouve des influences zweigiennes chez Leïla Slimani. Celles-ci se manifestent tant à travers la description des personnages, qu’à travers son écriture incisive. Je trouve qu’il est difficile – n’étant pas une experte littéraire – d’exprimer avec des mots ce que je ressens en lisant cette auteure. Je trouve l’écriture puissante, incisive et brute. Chaque mot qu’emploie l’auteure est pesée, rien n’est en trop et à la fois rien ne manque. Leïla Slimani donne à penser que chaque phrase, mot, intonation est savamment mesurer à l’avance. Cette façon d’écrire m’a totalement happée, il m’était alors impossible de lâcher Chanson douce.

booksnjoy - chanson douce - leila simani - goncourt

Conclusion

Enfin, je souhaite remercier cette merveilleuse écrivaine qu’est Leïla Slimani, puisqu’elle a su me réconcilier avec les ouvrages primés. Depuis quelque temps, j’avais tendance à être plutôt déçue par ses ouvrages dont je trouvais soit l’écriture alambiquée, soit le sujet inintéressant. Je trouve que Leïla Slimani est un des rares auteurs capables aujourd’hui d’allier intensité du récit et beauté de l’écriture, ce qui est peut-être la raison pour laquelle elle rencontre un tel succès ! 😉

>>> Chronique du Prix Goncourt 2004, par ici !

>>> Chronique du Prix Goncourt 2017, par ici !

Partager

La série du commissaire Adamsberg, Fred Vargas

Je commence ce blog, qui j’espère perdurera en vous parlant polar. Mais ATTENTION pas n’importe quel polar : je nomme la série de romans noirs, écrite par Fred Vargas et mettant en scène le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg ! Un commissaire terriblement attachant. Ayant relu récemment tous les tomes de cette série de romans policiers, je souhaite partager avec vous mon attachement pour les personnages et le plaisir pris lorsque j’ouvre un roman de Fred Vargas.

Le polar : le retour !

Le polar, ou littérature « noire », a longtemps été considéré comme un genre mineur. Petit point culture : le polar – romans policiers, littérature noire – renvoie à la littérature de genre tout comme le fantasy ou la science fiction par opposition à la littérature « blanche » terminologie qui correspond à la littérature dites générale. Cette époque est révolue, le polar a su se rénover grâce à des auteurs aujourd’hui mondialement connus : Fred Vargas, Michel Bussi, Bernard Minier, Lisa Gardner, Camilla Läckberg, Pierre Lemaître, Peter May, Jussi Adler Olsen… Ces auteurs ont su dépoussiérer et moderniser ce genre trop longtemps cantonné à l’image un brin vieillotte old school du fameux Hercule Poirot (pourtant si attachant) dont la grande majorité des enquêtes se déroulent à huis clos.

L’originalité de Fred Vargas : pourquoi on adore ses polars

 

Je trouve que le propre de Fred Vargas est de faire passer l’enquête au second plan, ce qui vous me l’accorderez est un véritable tour de force, puisque le polar contrairement à la littérature « blanche » a pour fil conducteur une intrigue policière. Dans les romans de Fred Vargas, l’intrigue s’avère être toujours très complexe, j’irais presque jusqu’à dire – et cela n’engage que moi – qu’elle est un fabuleux prétexte pour renouer avec les personnages de Fred Vargas. On se perd, on trébuche, on tente de comprendre l’incompréhensible pour finalement se résigner et nous perdre nous aussi dans les méandres de l’esprit brumeux du commissaire à qui l’on donne carte blanche pour résoudre les énigmes qui semblent n’avoir ni queue ni tête. Mais ce n’est pas l’important, puisque dès que j’ouvre un roman de cette auteure, je cherche à savoir comment vont les personnages, Danglard a t-il une compagne ? Adamsberg a t-il réussi à rattraper Camille ? L’entente entre Adamsberg et Veyrenc est-elle au beau fixe ? Qui des « cartésiens » est devenu « pelleteur de nuage » ? J’ai un peu l’impression de retrouver des amis de longue date que je voie évoluer au fil des romans et pour qui j’éprouve de l’affection. Et oui, c’est la magie de la littérature et surtout il faut le préciser le propre d’un grand écrivain. Qui a lu Harry Potter et ne s’est pas attaché aux personnages, est un coeur de pierre !!

Un univers décalé

 

Le style de Fred Vargas s’avère si original, qu’on lui attribue la création d’un genre littéraire particulier, le « rompol »décrit comme « objet essentiellement poétique, il n’est pas noir mais nocturne, c’est-à-dire qu’il plonge le lecteur dans le monde onirique… » d’après Jeanne Guyon du Magazine Littéraire. On évolue dans un univers brumeux, à la limite du merveilleux. Fred Vargas, archéologue de profession donne une importance particulière aux mythes, rites, animaux dans ces romans. Pars vite et reviens tard évoque un possible retour de la peste dans la capitale, L’armée furieuse ressuscite une légende moyenâgeuse et dans Les temps glaciaires on se prend d’affection pour un sanglier doté d’une intelligence quasi humaine…

Des personnages hétéroclites et humains

Jean-Baptiste Adamsberg

La spécificité de Fred Vargas est son personnage principal : le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Il rompt avec les codes du roman policier. Adamsberg n’est ni macho, ni arrogant, ni pédant, ni rationnel, ni précis…la liste est longue. En somme, Adamsberg n’incarne ni le mâle alpha, ni le détective astucieux et pointilleux. Encore s’agit-il de pouvoir le définir. Il est solitaire, tout en sachant valoriser chacun des éléments de sa brigade pour le moins hétéroclite, instable et incapable de raisonnements cartésiens et logiques. Il est doté d’une sensibilité et d’une intuition hors normes qui lui permettent de résoudre de manière inattendue les enquêtes les plus épineuses d’où le surnom de « pelleteur de nuage ». Ce surnom, lui a été donné par un collègue québécois dans Sous les vents de neptune et fait référence à la capacité qu’à le commissaire à s’évader et laisser son esprit vagabonder librement sans chercher à s’accrocher à quoique ce soit de tangible. La brigade va par la suite se découper en deux blocs distincts : les « cartésiens », soient ceux qui réclament des éléments tangibles et les « pelleteurs de nuage » qui suivent le commissaire dans les méandres de son esprit. Je pense que ce qui rend Adamsberg si attachant c’est le fait qu’il soit totalement libre, sans attache, continuellement célibataire – même si on lui connaît un grand amour qui apparaît dans plusieurs tomes sous les traits de Camille Forestier -. Il  est mystérieux, ce qui le rend séduisant, et très humain. On ressent comme une envie de le protéger alors que certains aspects de sa personnalité comme sa peur de l’engagement pourrait le rendre égoïste et lâche. On aurait tendance à vouloir le materner puisqu’il semble évoluer dans un monde qui le dépasse. Adamsberg me fait penser à un enfant pas très sûr de lui et un peu pataud qui ne sait pas trop où il va mais finit toujours par retomber sur ses pattes.

 

Les personnages principaux (liste non exhaustive)

  • Adrien Danglard est l’adjoint du commissaire et incarne tout ce que n’est pas Adamsberg. Père responsable, il éduque et couve telle une mère louve ses quatre enfants seul. Il soutient le commissaire publiquement mais reste sceptique quant aux méthodes utilisées par celui-ci pour résoudre les affaires criminelles. Adepte des preuves et raisonnements cartésiens, il entrera en conflit régulièrement avec son supérieur. Il reste néanmoins un ami indéfectible du commissaire. Il est doté d’une mémoire et d’une culture encyclopédique, qui compense les lacunes du commissaire qui s’appuie sur son intuition.
  • Violette Retancourt, est un de mes personnages préférés. Alors que son prénom évoque une jolie fleur délicate, le lieutenant Retancourt avoisine les 100 kilos et s’avère plutôt massive. Elle est dotée d’un don particulier, celui de convertir son énergie comme bon lui semble, capable de survivre dans des conditions extrêmes, de déployer une force hors du commun, de sortir le commissaire de situations catastrophiques, de dormir debout…et j’en passe. Retancourt est une sur-femme, qui au fil des histoires prend une place de plus en plus importante que ce soit dans la brigade ou dans l’intimité du commissaire.
  • Camille Forestier partage une relation amoureuse épisodique en dents de scie avec notre héros. Sa particularité est sa double profession : musicienne et plombier.
  • Veyrenc, béarnais comme son chef s’exprime en……alexandrins. Et oui, chez Fred Vargas, tout est permis, après Danglard et son savoir hors norme on trouve Veyrenc avec ses alexandrins et ses cheveux bicolores, héritage de violences enfantines.
  • Estalère, jeune brigadier dont les yeux, en permanence écarquillés, reflètent une grande naïveté. Il ne se démarque pas par ses compétences professionnelles au sein de la brigade mais par le fait qu’il ait retenu les goûts de chacun en matière de café – serré, allongé, avec ou sans sucre, une nappe de lait…
  • Froissy, dont la phobie de manquer de quoi se sustenter tourne à l’obsession la pousse à cacher dans chaque recoin de la brigade de la nourriture. Froissy se démarque par ses connaissances en informatique.

Liste des ouvrages de la série mettant en scène le commissaire Adasmberg

  • L’homme aux cercles bleus (1991)
  • L’homme à l’envers (1999)
  • Les quatre fleuves (2000)
  • Pars vite et reviens tard (2001)
  • Coule la Seine (2002)
  • Sous les vents de Neptune (2004)
  • Dans les bois éternels (2006)
  • Un lieu incertain (2008)
  • L’armée furieuse (2011)
  • Temps glaciaires (2015)

 

Et ssuurrrppprriiissseee…….un nouvel épisode des aventures du commissaire Adamsberg paraîtra le 10 mai 2017 !!!!!! (Retrouvez ma chronique ici)

Partager