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Je me suis tue, Mathieu Menegaux : une fable diabolique

Mathieu Menegaux, nous offre un premier roman aux allures de fable diabolique, un huis clos familial intense et étouffant. Ayant lu son deuxième roman, Un fils parfait, avant celui-ci, j’ai retrouvé dans la trame des thèmes récurrents. J’ai tout de suite reconnu le style propre à l’auteur, ce qui est, en général, gage de talent. En seulement deux romans, l’auteur a su créer une atmosphère particulière, asphyxiante, à laquelle on reconnait sa plume. La singularité des romans de Mathieu Menegaux réside notamment dans cette vision sombre de la famille, comme terreau propice aux crimes les plus abjects. L’auteur fait état d’un délitement des liens familiaux. Il remet en cause la vision de la cellule familiale agissant comme un rempart contre les agressions extérieures. Puisque dans ses ouvrages, l’agression vient de l’intérieur, elle s’immisce dans l’intimité de la famille. C’est ce qui est à la fois terrible chez Mathieu Menegaux, mais également ce qui fait la force de ses romans. Pour ceux, qui comme moi apprécient particulièrement la plume féroce de Leïla Slimani, vous allez dévorer ce roman et suivre de près cet auteur. Un parallèle peut être fait entre Je me suis tue et Chanson douce, que ce soit en terme d’écriture ou de thèmes abordés. Mathieu Menegaux réalise dans cet ouvrage, de même que dans son second, une critique acerbe du couple moderne et de ses non-dits. Chez Mathieu Menegaux le couple en tant qu’entité est fragilisé et le modèle familial en crise ! 😉

 

Résumé

Du fond de sa cellule, Claire nous livre l’enchaînement des faits qui l’ont menée en prison : l’histoire d’une femme victime d’un crime odieux. Elle a choisi de porter seul ce fardeau, en silence. Les conséquences de cette décision vont se révéler dramatiques. Enfermée dans son mutisme, Claire va commettre l’irréparable. Personne, ni son mari, ni ses proches, ni la justice, ne saisira les ressorts de cette tragédie moderne.

Grasset

booksnjoy - je me suis tue - mathieu menegaux

Claire : une femme moderne complètement névrosée

Le roman débute par l’agression sexuelle dont Claire est victime, alors qu’elle rentre seule d’un diner organisé par un couple d’amis de son mari. Ce qui m’a interpellée ce n’est pas tant la scène violente décrite par l’auteur, mais la facilité avec laquelle Claire parvient à s’extraire du viol et se met à réfléchir de manière rationnelle à la situation. À aucun moment, Claire ne se laisse réellement envahir par la terreur que lui inspire l’étranger qui la viole. Elle est dans le contrôle d’une situation, qui lui échappe totalement. Elle ne laisse à aucun moment ses émotions la prendre de court et la submerger. Ce qui peut être perçu comme une manifestation de la force de caractère de Claire – cette capacité à gérer une situation de crise – m’a choquée. Claire m’est apparue comme inhumaine. Comment peut-on peser le pour et le contre, de façon purement rationnelle, dans un moment comme celui-là ? N’est-ce pas là, un des symptômes d’une folie sous-jacente, liée à une volonté de régler sa vie au cordeau et à une quête de la perfection ? Claire, ne serait-elle pas tout simplement control freak et ce viol perçu comme un simple « contretemps » ?

« On fait quoi, dans ces cas-là ? Je comprenais sans ambiguïté ce qui était en train de m’arriver. On dit que l’instinct de survie dicte nos comportements dans les situations d’urgence. Qu’on passe en mode pilote automatique. Des conneries, oui. Ou bien je ne suis pas comme tout le monde : j’ai réfléchi. Oui réfléchi, j’ai bien dit réfléchi. J’ai analysé en un éclair les deux options qui s’offraient à moi : me débattre, crier, hurler, griffer, résister, le repousser, tout cela en vain, il était beaucoup plus fort que moi et armé , tout cela pour souffrir encore plus, sans changer l’issue et en risquant de finir la gorge tranchée, là, dans ce tunnel ; ou bien me laisser faire, me dire que oui ce dingue va me violer, mais que ce ne sera pas forcément long et qu’un fois soulagé il me laissera peut-être la vie sauve. Cette vie qui m’ennuie.« 

Mais Claire ne s’arrête pas là. Elle poursuit ses raisonnement tortueux et malsains. En effet, après avoir agit de manière « optimale », celle-ci va gérer la situation, selon elle, d’une main de maitre. Ou plutôt, selon ses termes, comme une « apprentie sorcière ». Puisque celle-ci, joue avec son destin comme avec des dés. Elle parie sur l’avenir, sur sa capacité à étouffer le traumatisme dans son inconscient, tout en sachant pertinemment qu’elle échouera. Elle va donc nier en bloc le viol. C’est terrible de voir comment Claire croit pouvoir influer sur le déroulement des événements, faire plier la réalité à sa volonté.

« Je ne voulais pas être un victime. Je voulais oublier. Ou-bli-er. Je ne voulais qu’oublier. Même si je savais bien que je n’oublierais jamais. Comme en physique quantique, l’observation influe sur la réalité. Si vivant ou mort est le chat de Shrödinger, selon la façon dont celui qui conduit l’expérience le regarde, violée ou non violée je peux bien être selon ce que je décide. Alors peut-être que si je n’en parlais à personne ce serait comme si cette saloperie ne s’était jamais produite. « 

Le regard des autres, l’image de femme belle, forte et sûre d’elle que renvoie Claire, ne peut pas se permettre d’être mise à mal et ternie par ce drame. Le fait de s’interroger, quant aux répercussions que pourrait avoir la révélation de son agression auprès de son entourage, est normal. Par contre, en faire le centre de ses préoccupations juste après l’agression, un peu moins je trouve.

« J’ai compris que tout le monde maintenant allait me regarder comme une victime. Plus jamais je ne serai qui je suis. Plus jamais je ne serai Claire, cette femme et belle et intelligente, qui n’a pas d’enfants mais c’est vraiment la seule chose qui cloche chez elle […] J’ai vu le regard des autres, auquel j’attache tant d’importance, se transformer. »

Claire, prend donc le parti de ne rien dire à personne, surtout pas à son mari, Antoine. La suite, est une succession de choix désastreux. Claire va se laisser entraîner dans ses fabulations. À partir de là, commence la lente descente aux enfers de cette femme gâtée par la vie. Un choix, en particulier, sonnera le glas de son existence. Ce choix grotesque témoigne de son instabilité émotionnelle. Après le second drame qui ponctue le récit, Claire laissera place à une femme insouciante, détachée du monde. Elle se retrouvera toute seule en proie à ses démons intérieurs et face à sa folie. Je laisse au lecteur le soin de découvrir le passage du restaurant, passage où la personnalité névrotique de cette femme atteint son paroxysme.

Une critique acerbe du couple moderne

Dans Je me suis tue, tout comme dans Un fils parfait, Mathieu Menegaux évoque la fragilité du couple moderne. Le mensonge, le manque de confiance, la vulnérabilité de l’enfant…sont des thèmes récurrents dans ses romans. Il décortique avec brio les travers du couple moderne. Cette entité apparaît comme superficielle, attachée à son image et à la félicité factice qu’elle inspire aux autres. J’ai évoqué dans le paragraphe précédent le mutisme de Claire comme réaction à l’agression subie, afin de maîtriser son image. Mais le choix de Claire peut-il se concevoir indépendamment du couple qu’elle forme avec Antoine ? Ou au contraire, à la lumière de celui-ci ? En effet, si Claire fait le choix seule de se taire, c’est pour protéger son couple, l’image que pourrait avoir Antoine d’elle. Elle aurait donc peur de briser l’équilibre de son couple, qui semble pourtant déjà bancal. Ce couple n’apparaît pas comme une seule et même entité mais bien comme deux individus cohabitant ensemble, partageant certains plaisirs, mais conservant bien précautionnesement son jardin secret. Ce qui aurait pu se résoudre par la communication, va s’enliser et devenir le terreau du drame. Le silence est un des principaux maux de la société moderne. C’est ce silence pesant qui règne dans le roman. Certes, le silence de Claire mais surtout je trouve le silence au sein même du couple. Chacun a ses envies, même le désir d’enfant on ne le sent pas partagé, il ne les réunit pas. Claire le vit égoïstement. Il lui faut être mère, et pour l’être, elle est prête à tout accepter. Ce besoin d’enfant, n’est pas vécu comme la matérialisation de l’amour qu’elle porte à son mari, mais comme une étape à franchir dans son parcours de femme moderne. À la page 158 – je ne peux citer le passage sans tout dévoiler 😉 – Claire se rend compte que son mari a un seul désir, celui de l’oublier. Il ne cherche à aucun moment le mobile du crime, ce qui a poussé sa femme à agir de cette manière. Non, ce qu’il veut tout comme elle c’est oublier. Balayer 16 ans de vie commune, qui font tache. Antoine est incapable de faire preuve d’une certaine « intelligence émotionnelle » et d’empathie émotionnelle, encore moins. On se rend compte que Claire et Antoine, sont deux étrangers.

Je tiens à préciser, que comme toujours, cet avis est le mien et est donc par nature purement subjectif. Tout autre lecteur pourra développer une analyse totalement différente des personnages et du récit 😉

Un minimalisme stylistique d’une grande intensité

J’ai découvert la plume de Mathieu Menegaux grâce à son second roman et j’avais été conquise. J’ai beaucoup de mal avec les écritures lourdes, alambiquées, travaillées à outrance qui font tomber le récit dans le pathos. Je précise que je ne mets absolument pas dans cette catégorie des auteurs comme Maylis de Kérangal, dont le style très littéraire est magnifique. Ici, les phrases sont courtes, percutantes, on va à l’essentiel, on ne s’embarrasse pas de détails inutiles. Mathieu Menegaux est très factuel, il laisse le soin au lecteur d’interpréter, de chercher le pourquoi du comment comme un grand. C’est cela également que j’apprécie chez cet auteur.

booksnjoy - je me suis tue - mathieu menegaux

Conclusion

Ce roman m’a enchantée, il est d’une force incroyable, je ne peux que le conseiller ! 😀 Je trouve que dans son deuxième roman, le style de l’auteur gagne en maturité et en intensité. Je conseille donc de lire celui-ci avant Un fils parfait. Dans ce second roman, l’auteur gagne en aisance, le style est plus fluide, son talent se déploie pleinement. Cet auteur est à suivre de très près ! Je ne serai pas du tout étonnée qu’il remporte un jour un grand prix littéraire 🙂

Du même auteur…

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Par amour, Valérie Tong Cuong : un hymne à l’amour

Le roman Par amour, signé Valérie Tong Cuong, est un petit bijou de littérature. L’auteur aborde avec délicatesse les thèmes de la séparation, de la culpabilité et du déchirement, en temps de guerre à travers une fresque familiale touchante. La force de ce roman réside dans la douceur avec laquelle Valérie Tong Cuong nous raconte l’histoire de cette famille havraise, sous l’Occupation allemande, pendant la Seconde Guerre mondiale. Une fois en main, on le lit d’une traite. Le lecteur n’est pas nécessairement happé mais plutôt délicatement entrainé. Plongée dans ce roman, j’avais la sensation d’être confortablement installée dans une barque me laissant porter au rythme régulier des flots, vers une autre époque, d’autres lieux. Valérie Tong Cuong, excelle dans l’art de donner vie à ses personnages, à une époque, à ses décors. Elle nous fait voyager du Havre à l’Algérie, le dépaysement est total. La prose musicale et harmonieuse de l’écrivain rend accessible ce livre à tous. Ce n’est pas pour autant, que cette fluidité de l’écriture atténue la profondeur du récit, bien au contraire cela renforce l’intensité de la narration. J’ai découvert la plume de Valérie Tong Cuong grâce à cet ouvrage, je ne peux que le conseiller 🙂

Résumé

Par amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. On tient debout, pour l’autre plus encore que pour soi-même. V.T.C

Valérie Tong Cuong a publié dix romans, dont le très remarqué Atelier des miracles. Avec cette fresque envoûtante qui nous mène du havre sous l’Occupation à l’Algérie, elle trace les destinées héroïques de gens ordinaires, dont les vies secrètes nous invitent dans la grand histoire.

JC Lattès

booksnjoy - par amour - valérie tong cuong

Une fresque familiale entre le Havre et l’Algérie coloniale

Avec son roman Par amour, Valérie Tong Cuong décortique avec brio la complexité et la dualité des sentiments des membres d’une même famille pendant l’Occupation allemande. Le récit se construit autour de deux soeurs : Émélie, l’ainée, et Muguette, la cadette. Émélie, est aussi sérieuse, que Muguette est évaporée. Émélie, est le socle de la famille, elle la porte à bout de bras, se montre fiable et raisonnable. Elle joue son rôle d’ainée et par là, de mère de substitution auprès de sa soeur, afin de l’aider à surmonter les épreuves qui jalonneront sa vie. Muguette a épousé un homme léger, absent du roman, puisque mobilisé puis fait prisonnier. Chacune des deux soeurs a deux enfants, un garçon et une fille. Émélie pourra compter sur son fils ainé : Jean, chez qui l’on retrouve des traits maternels, tels que l’engagement, la fiabilité et le courage. La cadette, Lucie, sera plus effacée et fera preuve de moins d’héroïsme que son frère. Celle-ci, n’aura que peu de scrupules à se séparer de sa famille pour se mettre en sécurité. Joseph, quant à lui, est le fils de Muguette. Il se montrera stoïque face aux terribles épreuves qu’il aura à surmonter. Il endossera le rôle du père – absent puisque coureur en temps de paix et envoyé au front en temps de guerre – et de la mère – puisque tuberculeuse – avec sa petite soeur, Marline. On découvre dès le début du roman, que Marline est frappée d’un mutisme, mis sur le compte du stress post-traumatique causé par la guerre. Seul l’amour d’une famille adoptive algérienne, pleine de chaleur, saura lui faire recouvrer la parole. Le rôle joué par les familles algériennes pendant la Seconde Guerre mondiale a été une vraie découverte, en ce qui me concerne. J’ai été touchée par la générosité prodiguée par ces familles à l’encontre des enfants ayant du fuir la métropole. Jouer le rôle de famille de substitution pour des enfants étrangers, alors que pour certains leurs progénitures combattaient au front, n’a pas du être évident. Valérie Tong Cuong, décrit avec réalisme la manière dont ces familles font preuve de générosité. Elle n’omet pas d’évoquer les réalités de l’époque. Elle décrit notamment la dureté avec laquelle les pieds-noirs s’adressaient aux musulmans, les traitant de bicot. Ce climat dans les colonies annonce les prémisses de ce qui donnera lieu quelques années plus tard à la guerre d’Algérie. Les deux personnages que j’ai le plus appréciés sont les deux ainés : Joseph et Jean. Ils endossent avec bravoure le rôle de chef de famille, et font preuve d’un courage à toute épreuve.

Des sentiments complexes décortiqués avec justesse

Valérie Tong Cuong dissèque avec minutie la dualité des sentiments qu’implique la guerre. En effet, à chaque fois qu’un choix est fait, qu’une décision est prise, le personnage est tiraillé non pas entre le bien et le mal – qui en temps de guerre sont des notions relativement creuses et abstraites – mais entre le sentiment de faire ce qui est juste et la culpabilité qui en découle. Joffre, après la capitulation de la France dès l’été 1940, rentre chez lui vaincu. Ce retour, qui fait écho à une défaite amère pour les soldats français, va se solder chez lui par un éloignement de sa femme et de ses enfants. Il se montrera agressif à leur encontre, ne parvenant pas à trouver les mots pour évoquer sa frustration et la culpabilité d’avoir échouer à défendre les intérêts de son pays. Seule l’évocation de forces résistantes, parvient à le sortir de sa torpeur. Néanmoins, les choix qu’il fera supposeront une mise à distance de sa famille. On imagine la difficulté de mener une double existence, qui implique de ne récolter que la désapprobation de la part des siens, qu’il tente par là même de protéger. D’un côté, Joffre, passera pour un traitre et un « collabo », auprès de sa propre famille, du fait de sa collaboration feinte avec les allemands. D’un autre côté, il devra assumer le danger, qu’implique son engagement dans la résistance, pour sa famille. J’ai choisi un passage où le désespoir et la culpabilité de Joffre sont flagrants :

« L’idée me traversait de loin en loin, de part en part, que peut-être mon geste n’avait rien à voir avec Anton, mais plutôt avec moi, avec cette cuisante défaite dont la brûlure ne se calmait pas – peut-être que j’avais seulement trouvé l’occasion d’être un héros puisque je ne l’avais pas du tout été sur le champ de bataille, et peu en résistance. »

Sa femme, Émélie, sera, elle aussi, déchirée par le poids des décisions à prendre au nom de la protection de sa famille. Elle prendra en main la guérison de sa soeur, atteinte de tuberculose, ainsi que l’envoi de ses neveux en Algérie. Valérie Tong Cuong, retranscrit avec virtuosité, cet enchevêtrement de sentiments contraires. Le thème de la séparation est omniprésent dans ce roman. Les mères devant se séparer de leurs enfants, les maris partis au combat, la maladie, la mort… Ce qui rend ce roman très beau, c’est la manière avec laquelle l’auteur valorisent les liens familiaux et l’amour que se portent chacun des membres de cette famille. Il n’y a aucun jugement, aucune dureté de ton. Elle a construit le roman de telle sorte que chaque personnage a un chapitre qui lui est consacré – ou plusieurs selon l’importance de celui-ci. Dès lors, on voit à travers leurs yeux le cours des événements. Cette focalisation interne est particulièrement judicieuse, car elle permet au lecteur de s’attacher aux personnages. On a accès à leur ressenti, ce qui nous donne des clés de compréhension.

La fille cadette de Muguette, Marline, sera déchirée entre l’amour maternel et son attachement pour sa famille d’adoption. N’étant qu’une enfant, il lui est compliqué de faire la part des choses. L’absence atténue le manque. Et la nature, ayant horreur du vide, cherche à combler le manque d’affection maternelle en y substituant l’amour d’une mère par procuration. Marline, se sent donc déchirée entre son désir de rester auprès de cette famille algérienne et celui de retourner chez elle auprès des siens. On conçoit sans peine, la douleur que cela a du être pour ces familles, de se séparer d’enfants, qu’ils ont vu grandir pendant toute la durée de la guerre.

Conclusion

Le roman de Valérie Tong Cuong m’a transportée ! L’écriture mélodieuse y est pour beaucoup, j’y consens, mais elle n’est pas l’unique raison de mon engouement pour cet ouvrage. Je me suis attachée aux personnages, j’ai vibré au rythme de leur vie. Une fois qu’on commence ce roman, impossible de le lâcher, on a envie de connaitre le destin de cette famille. L’auteure éveille la curiosité du lecteur tout au long du récit, sans jamais que celui-ci ne s’essouffle. La famille survivra-t-elle à la guerre ? Ses membres resteront-ils soudés face à l’adversité ? Autant de questions que je laisse en suspens, pour vous encourager à lire cet ouvrage d’une grande poésie 🙂

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Une mère, Alejandro Palomas : une tragi-comédie ibérique

Une mère, est le premier roman d’Alejandro Palomas, publié aux Éditions du Cherche Midi, à être traduit en Français et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est pas passé inaperçu. Ce livre a été relayé par la presse, les réseaux sociaux, les blogs… J’ai donc fini par me pencher sur cet ovni à la couverture bariolée. 😉 Je n’ai pas été déçue, et ce pour plusieurs raisons. De manière générale, si un livre ne parvient pas à capter mon attention au cours des 100 premières pages, j’ai tendance à le mettre de côté, car je sais que la lecture s’annoncera longue et fastidieuse. Or, Alejandro Palomas a su me prouver le contraire. Le début, ne m’a pas convaincu. Puis, au fil des pages, les membres de cette famille, pour le moins atypique, ont su capter mon attention. Ma curiosité s’est aiguisée. J’ai eu envie de découvrir le cheminement de chacun. Quelle était leur histoire. L’originalité de ce livre réside dans sa profondeur. Je m’explique, le thème central – je précise qu’il s’agit du thème qui en ce qui me concerne me paraît central, n’apparaît qu’à partir du milieu du roman, pas avant. Ce qui signifie, qu’avant d’atteindre la moitié du roman, je trouvais celui-ci confus. Je ne comprenais pas où l’auteur souhaitait nous emmener, quel était le point de chute. Selon moi, ce roman est tout sauf une comédie. Encore une fois, je précise que cela n’engage que moi, et que chacun aura une lecture, et par conséquent un ressenti, qui lui est propre. Là est toute la richesse de la littérature. 😉

Résumé

Barcelone, 31 décembre, Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce diner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents. Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passera un diner sans remous ? Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se déroulera comme prévu.

Éditions du Cherche Midi

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Le thème du deuil et de l’absence de l’être aimé

La solitude et l’absence sont les thématiques principales abordées par l’auteur, sous couvert d’un humour décapant. En me plongeant plus en avant dans l’ouvrage, j’ai pris conscience, petit à petit, que ce roman traitait de l’absence des êtres chers et de la solitude consécutive à cette absence. La thématique du deuil, est omniprésente. J’irais même jusqu’à dire qu’elle forme la colonne vertébrale du récit. L’action a lieu le soir de la Saint-Sylvestre, l’occasion pour l’auteur de réunir chaque membre de cette famille rocambolesque pour faire un bilan de parcours. Chacun aura droit à son aparté, sa digression : occasion pour nous, lecteur, de découvrir ce qu’il se cache derrière ces masques. De comprendre le cheminement de chacun de ces êtres marqués par la vie. Chaque personnage, a à faire face à une perte de nature différente. Fernando devra accepter une rupture amoureuse douloureuse, Emma la mort de l’être aimé et Silvia la perte d’un enfant, provoquant dans son sillage une stérilité précoce. On est confronté au deuil sous toute ses facettes. C’est bien là que l’auteur veut nous attirer. Je ne l’ai compris qu’à la page 126, ce fut comme un déclic ! 🙂 C’est le moment que l’auteur choisit pour nous exposer le drame auquel a été confronté Silvia. Petite remarque soit disant passant :  on se rend très vite compte que nous sommes spectateurs d’une pièce de théâtre, chaque tournure est bien huilée et ainsi, permet à chaque personnage d’avoir un temps de parole qui lui est imparti. Revenons-en à cette illumination concernant la volonté de l’auteur. Une phrase, en particulier, a agi sur moi comme un électrochoc :

« Ce qu’Olga ignore et que peut-être personne ne lui apprendra jamais, c’est que, comme le disait grand-mère, nous sommes tous ce que nous sommes par ce que nous avons vécu. La Silvia qu’elle est – celle qu’elle est aujourd’hui – n’a pas toujours été ainsi. Une Silvia différente a existé, quand elle n’avait pas pas encore traversé ce qui l’a fait changer et devenir ce quelle est; une Silvia bien plus détendue et vitale, et surtout plus joyeuse. »

Au méli-mélo de sentiments et à la succession de situations grotesques du début du roman, succède une profondeur des sentiments à mesure qu’on approche de l’épilogue.

Après le choc, la reconstruction ?

Alejandro Palomas soutient qu’à la multiplicité de formes que peut prendre le deuil, fait face une diversité de  reconstruction possibles. LA solution, unique et optimale, n’existe pas. Chacun devra trouver sa réponse, faire ses choix à son rythme. Le lent processus de deuil que devra entreprendre Emma est l’occasion pour l’auteur d’évoquer sa conception de la reconstruction. C’est d’ailleurs un des passages les plus beaux du roman :

« Car parfois il arrive des choses qui nous affectent de telle manière qu’elles importent d’abord seulement en elles-mêmes, parce qu’elles ont une telle charge et une telle dimension humaine que le cerveau n’est capable de les comprendre que comme un ensemble fermé. Puis le temps se charge de nous montrer que, malgré sa brutalité, ce qui importe réellement n’est pas tant l’impact que l’onde de choc, celle-là même qui replace les pions sur l’échiquier de la vie et change un paysage que nous croyions jusque là immuable […] Et ce sont souvent les dimensions que le temps accumule sur les évènements qui donne la mesure de ce qu’on a vécu. C’est exactement ce qui est arrivé avec Sara. Il y a eu d’abord un fait réel qui est tombé dans la vie d’Emma comme une pierre dans l’eau, puis les ondes circulaires de son impact nous sont parvenues, nous secouant comme les bouées accrochées aux quais secouent les bateaux. Enfin, quand le calme plat est revenu, nous avons compris que nous n’étions plus les mêmes. Aucun d’entre nous. »

Je trouve que la manière qu’à l’auteur de formuler cette idée de choc, puis de rééquilibrage naturel, est très délicate. Chacun devra trouver un nouvel équilibre. Fernando se plongera dans le travail, Silvia érigera comme rempart de protection une agressivité féroce et Emma fera une fuite en avant, refusant d’affronter une vérité trop douloureuse à accepter. Une très jolie métaphore permet d’apprécier les chemins choisis par chacun d’eux : celui des tableaux en liège exposés chez la mère. Chacun des enfants a un tableau qui lui est propre où Amalia épingle les éléments relatifs à la vie de ses enfants. On retrace ainsi le parcours de chacun d’eux. Ce procédé offre une visibilité claire quant à la vie qu’ils ont décidé de mener après ces points de rupture. Si je devais résumer cette idée, je dirais qu’à chaque situation il y a une solution. La solution pour Emma, est celle imaginée par sa mère : la Chaise des Absences. Le couvert invariablement présent aux repas de famille qui matérialise l’absent et permet aux vivants de respirer plus sereinement. Cet ouvrage est empreint d’humanité et de bienveillance, il n’y a pas de place pour le jugement. À aucun moment, les tentatives de chacun pour sauver sa peau – parfois fantasques – ne font l’objet de moqueries.

Un optimisme à tout épreuve comme méthode de résilience : « On ne peut pas trouver la paix en évitant la vie »

« On ne peut pas trouver la paix en évitant la vie, Leonard. » The Hours, Virginia Woolf

Quel épigraphe, que cette note optimiste et pleine de vitalité qui introduit le récit ! Cette citation : « On ne peut pas trouver la paix en évitant la vie, Leonard. » est prononcée par Virginia Woolf dans le film The Hours, tiré du roman homonyme de Michael Cunningham. Elle sonne dans la bouche de chacun des membres de la famille comme une incantation. Comme si, à force d’être répétée, celle-ci pouvait conjurer le mauvais sort, réparer les blessures et donner l’énergie de se relever. Elle ponctue à intervalles réguliers le récit. C’est le leitmotiv de cette famille, ce qui lui permet d’être encore là, bancale, mais là. La mère incarne parfaitement cette citation. À première vue, celle-ci apparaît comme totalement siphonnée, il n’y a pas d’autre terme plus adéquat il me semble pour la décrire. Chaque sujet évoqué pendant le diner est l’occasion pour Amalia de déraper. Le personnage d’Amalia me dérangeait et m’agaçait sans que j’arrive réellement à mettre de mots dessus. Puis, j’ai compris ce qui me dérangeait. C’est que cela sonnait faux. Cette exubérante à outrance, ce côté naïf, n’était qu’une façade. Un voile visant à la protéger de la réalité. À partir du moment où j’ai cerné le personnage, alors j’ai cessé de me braquer. L’auteur utilise une image pour décrire cette dualité chez ses personnages : la face A et la face B. La face A de la mère fait écho à sa folie et ses enfantillage.  Cette face est celle qui provoque chez moi un certain agacement, car bon nombre de dialogues dans ce roman frôlent l’absurdité et par là même ne me paraissent absolument pas crédibles. Ces monologues maternels, pour être sincère, je les survolais. La face B, quant à elle, fait référence à la femme adulte qu’est Amalia, à la mère de famille. Cette face, est celle qui m’a le plus touchée.

Une construction cinématographique qui désarçonne

J’en viens à ce qui m’a dérouté dans ce roman. Car, oui, j’ai aimé Une mère d’Alejandro Palomas, mais je lui trouve également quelques points négatifs. La construction et le rythme du récit auraient été parfaits si au lieu d’un livre, Alejandro Palomas avait décider d’en faire un scénario de film. En effet, il n’y a pas de linéarité dans ce récit. Ce livre m’a fait penser au film Le prénom de Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte, adapté de leur pièce de théâtre éponyme. Le rythme est soutenue, les dialogues fusent, on ne s’ennuie pas une seconde. L’adaptation filmique d’Une mère permettrait au livre de prendre toute son ampleur, mais sous forme de roman on le sent limité. L’énergie est retenu par les mots, qui limitent la portée de ce que l’auteur tente de transmettre. Je trouve que ce n’est pas la forme la plus adaptée pour un tel récit. Je prendrais plus de plaisir à le voir jouer sous forme de pièce ou adapté au cinéma, qu’à le lire sous forme de roman.

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Conclusion

Enfin, ce que j’ai aimé dans cet ouvrage ce n’est pas tant le diner, ponctué de monologues maternels à la limite du grotesque ou de dialogues animés, que l’histoire de chacun des membres de cette famille. Comprendre le cheminement de chacun m’a plus touché que d’assister aux interactions entre eux, qui auraient offert un meilleur rendu en étant filmées. Ce roman ibérique délivre un très beau message d’espoir : rien n’est acquis, mais ce n’est pas pour cela que la peur de souffrir doit nous empêcher de vivre. Les notions de deuil et de résilience, qui sont centrales, sont abordées avec finesse et délicatesse. Ce roman offre une belle leçon de vie, même si je maintiens que sous forme de film, le message aurait été mieux délivré. Néanmoins, je trouve l’éditeur quelque peu ambitieux et présomptueux, lorsqu’il affirme que ce  livre a enflammé l’Espagne.

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Un fils parfait, Mathieu Menegaux : un roman coup de poing

Je ne vois pas comment je pourrais commencer cet article sans d’emblée annoncer la couleur : le roman Un fils parfait de Mathieu Menegaux est une petite merveille, un joyau, un diamant brut !!!! 😀 C’est un roman coup de poing, aucun lecteur ne peut sortir indemne de sa lecture. L’auteur aborde un sujet tabou, l’inceste, avec finesse et dextérité. Le sujet est omniprésent, tout le roman se construit autour de ce terrible drame familial, mais à aucun moment je n’ai été écoeurée par ce que je lisais, car l’auteur a su trouver les mots justes, il maîtrise du début à la fin son récit, de telle sorte qu’il fait mouche sans basculer dans le pathos. C’est là que réside la force de ce roman et de son auteur ! On assiste au combat livré par une mère pour protéger ses enfants contre un père manipulateur et une justice inepte. L’auteur nous plonge dans les affres de l’engrenage judiciaire. On asphyxie face à l’injustice de la situation, injustice qui devient de plus en plus oppressante au fil des pages.

Résumé

Maxime, enfant unique d’Élise, a tout du fils parfait : brillantes études et carrière fulgurante ; c’est un mari aimant comme un père attentionné. Un jour, sa femme Daphné va découvrir la faille dans ce tableau idyllique. Le conflit est inévitable : il sera sans merci. Jusqu’où une mère doit-elle aller pour protéger ses filles et faire valoir ses droits, alors que personne n’accepte de la croire  ? Inspiré d’une histoire vraie, Mathieu Menegaux nous livre ici le récit du combat d’une mère contre la machine judiciaire.

Grasset

boosknjoy - un fils parfait - mathieu menegaux

L’histoire

Le sujet de l’inceste est relativement peu abordé en littérature. Je n’avais jamais eu l’occasion de lire un roman qui le traitait de façon aussi directe. Dans le magnifique roman Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan, ce sujet est abordé sans être pour autant décortiqué. Ici, l’intrigue réside dans le combat acharné de la mère, qui plus ou moins maladroitement, tente de protéger ses filles d’un père démoniaque. Comme je l’ai dit plus haut, certes le thème de l’inceste est omniprésent mais il n’est pas pesant. On se concentre bien plus sur la lutte de la mère que sur les détails des crimes du père. On assiste à la mise en branle de l’engrenage judiciaire qui resserre son étau autour de la mère, soit l’unique figure protectrice qu’il reste aux fillettes. La justice ne sort pas grandie de ce roman. On découvre par exemple, qu’il suffit de faire une excellente impression pendant une audition pour être lavé de tout soupçon et ainsi obtenir la garde pleine et entière des enfants dont on abuse, chapeau bas la justice ! Lorsqu’une femme tente de se dégager des pattes de son mari pervers, et qu’elle le gifle, celle-ci encourt une peine de prison pour coups et blessures. La gifle ayant été donnée dans le cadre familial, elle relève par conséquent directement du pénal !! On nage en plein cauchemar. On apprend qu’un mari potentiellement coupable d’actes déplacés très graves à l’encontre de ses enfants, peut faire pression en activant ses contacts pour que sa femme soit envoyée en hôpital psychiatrique pendant plusieurs semaines sans aucun contact avec l’extérieur. Sous prétexte que celle-ci, plus jeune avait été en proie à des phases d’anorexie. On est ravi de l’apprendre, c’est tout à fait rassurant.

« Moi j’étais jetée aux oubliettes, transférée de geôle en geôle, objet de mandat de recherches, je mobilisais un procureur, un commandant de police, l’I3P, les psychiatres de l’hôpital et pour un viol sur mes filles l’enquête allait commencer ? Selon que vous serez puissant ou misérable, les services de l’État prêteront foi à vos allégations ou piétineront vos droits les plus élémentaires […] j’allais dont être jugée pour les faits de violence conjugale que j’avais avoués, le procès aurait lieu dans dix semaines et d’ici là j’allais être placée sous contrôle judiciaire. »

Autre découverte intéressante, l’inceste en tant que tel n’existe pas dans le code pénal français, contrairement à d’autres pays où il fait l’objet d’une condamnation particulière.

« La seule loi qui permettait de punir Maxime serait celle qui définit le viol et l’agression sexuelle, ainsi que les relations sexuelles avec des mineurs de moins de quinze ans. Maigre consolation me disais-je, les peines encourues sont aggravées si les faits ont été commis « par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou devoir. »

Cette lacune de la législation française m’a profondément choquée, comment peut-on mettre sur le même plan une agression sexuelle et un inceste ? Les conséquences psychologiques sont tout de même différentes. L’impact dans le cadre familial, implique nécessairement un traumatisme d’une autre nature que celui provoqué par un inconnu. Je ne me prétends pas psychologue ou psychiatre, mais toute personne dotée d’un peu de jugeote est capable de tenir ce raisonnement.

« Un violeur, un agresseur, c’est un salaud, une ordure, un pauvre type, un malade; alors qu’un coupable d’inceste, c’est un monstre, un individu dont toute la société veut se débarrasser et se protéger. Mais non. Contrairement à beaucoup de nos pays voisins, il n’y a pas d’inceste en, France, notre société refuse d’admettre que cela existe et combien c’est plus grave encore que le viol. »

Ainsi, les deux chefs d’inculpation possibles sont soit l’agression sexuel, soit le viol. Je passe les nuances sordides à démontrer pour faire valoir l’un plutôt que l’autre… Sachant, je le précise qu’il faut également prouver que les fillettes ne sont pas consentantes !! Je me demande sincèrement, si les législateurs étaient en pleine possession de leurs moyens lors de la rédaction de ce texte de loi…

Choix de la focalisation interne

Le drame nous est conté à travers les yeux de Daphné, qui écrit une lettre à son ex belle-mère, soit la mère de Maxime. Pour rappel, la focalisation interne implique une vision limitée et subjective. Le narrateur n’est pas omniscient et ne possède pas le don d’ubiquité, il lui est impossible de connaitre les sentiments des autres protagonistes. Le choix de cette construction est particulièrement judicieux, puisqu’il permet à la fois de garder des zones d’ombre, et à la fois d’être au plus près de Daphné. De partager son angoisse maternelle.  Ainsi, nous n’avons pas connaissance des différentes procédures enclenchées après la plainte déposée par Daphné. On apprendra au même moment qu’elle, quelles sont les mesures et dispositions prises vis-à-vis des ses filles et de son mari. Les actions de Maxime, les mots qu’il emploie auprès de ses filles pour les manipuler et les empêcher de témoigner contre lui, nous seront passés sous silence. De même, la manière dont il s’y est pris pour activer les rouages de la machine judiciaire à l’encontre de son épouse, ne nous sont pas révélés. Cette ignorance renforce la frustration et l’angoisse que l’on partage avec Daphné. C’est terrible de ne pas savoir, de ne pas voir. On suit Daphné à travers les méandres d’une justice aveugle et discriminatoire, qui protège les violeurs et condamne les victimes.

Un style poignant, sec et tranchant 

J’ai trouvé que cet auteur s’inscrivait dans la même veine que Leïla Slimani ou encore Stefan Zweig – qui, je le rappelle pour ceux qui ne le savent pas encore, est mon auteur préféré. 😉 On a à faire à une écriture blanche, dénuée de pathos, d’emphase, sans aucun artifice, c’est ce qui rend le roman si poignant. Je suis une grande amatrice de ce type de littérature. Je trouve que le roman gagne en intensité et en profondeur à être écrit de manière brute et directe. L’appréciation est laissée entièrement au lecteur, à lui d’interpréter, il n’est pas influencé par des effets de style. L’écriture épurée donne du relief aux personnages, elle marque les contours, renforce les contrastes.

Les personnages : une vision manichéenne

Les parents renvoient à une vision quelque peu manichéenne du monde. En effet, Daphné incarne une mère courage prête à tout pour sauver ses enfants et Maxime un odieux pervers, manipulateur de surcroît. Pour autant, cela aurait pu faire basculer le récit dans le cliché de la mère seule face à tous, poncif récurrent en littérature et sur grand écran, mais ce n’est absolument pas le cas, bien au contraire. Daphné est sublime dans son rôle de mère, j’y ai totalement cru. Je me suis laissée entrainée avec elle dans les soubresauts de la machine judiciaire, et les coups tordus de son mari. Elle reste forte face à l’adversité, ne s’apitoie pas sur son sort et continue d’y croire. C’est un très beau personnage que nous dépeint Mathieu Menegaux. Maxime, lui, incarne le mal, la perversité tapie derrière un personnage qu’il a construit de toutes pièces, de père modèle et d’époux attentionné. Il fait froid dans le dos. D’ailleurs, j’en profite pour faire le parallèle avec le roman Chanson Douce de Leïla Slimani, dans lequel on avait également cette asymétrie d’information entre les individus d’une même famille. Ce manque d’information qui entraîne la cellule familiale vers l’explosion. Cela s’explique par l’aveuglement, le manque d’attention et la confiance que l’on accorde à une tierce personne. Cette confiance Daphné la donne à son mari, et il semble inconcevable que celui-ci n’en soit pas digne, comment aurait-elle pu se méfier ?

Conclusion

Vous l’aurez compris je pense, j’ai adoré ce livre 😉 Je l’ai lu d’une traite, impossible de le lâcher. Je ne peux que vous conseiller d’aller vous le procurer et de vous plonger dedans, car peu d’écrivain sont dotés d’un tel talent.

>>> Pour découvrir le premier roman de Mathieu Menegaux, c’est par ici !

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Repose-toi sur moi, Serge Joncour : Prix Interallié 2016

Repose-toi sur moi, écrit par Serge Joncour, a reçu le Prix Interallié 2016 face à Petit pays de Gaël Faye et 14 juillet signé Éric Vuillard. N’ayant pas encore lu le roman d’Éric Vuillard, je ne peux pas vous dire lequel j’aurais choisi pour le moment, mais il est certain que je n’aurais pas fait le choix de Repose-toi sur moi face à Petit pays. Mon avis est très mitigé concernant ce roman. En effet, d’un côté on ne peut nier la qualité de la prose de Serge Joncour, son écriture est agréable, musicale, mais dans ce roman l’histoire ne prend pas. En tout cas, n’a pas pris pour moi. Évidemment, je ne donne que mon avis, j’imagine bien que ce roman a du toucher de nombreux lecteurs 🙂 Je ne trouve pas que ce livre méritait ce prestigieux prix littéraire, surtout face à Petit pays, mais n’étant pas juré je n’ai pas vraiment mon mot à dire 😉 Je vais vous expliquer tout au long de cet article le pourquoi du comment de ma déception, mais tout d’abord je vous laisse découvrir le résumé de l’ouvrage.

Résumé

Aurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Il n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien. Dans ce grand roman de l’amour et du désordre, Serge Joncour porte loin son regard : en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, il met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement, aimer semble être la dernière façon de résister.

Flammarion

repose-toi sur moi-serge joncour-prix interallié 2016

Des personnages qui manquent de courage

Je n’ai ressenti aucun attachement pour les personnages au fil du roman. De manière générale, dans un livre il y a toujours un personnage qui me touche plus que les autres, qui fait écho en moi ou qui se démarque. Dans ce livre, je n’ai pas ressenti une seule fois cette sensation. Je trouve que les personnages crées par Serge Joncour manquent cruellement de courage. Je vais être tout  fait sincère, ils ont eu tendance à m’agacer. Avant de vous les décrire et d’expliquer pourquoi je n’ai pas été réceptive, je précise que l’histoire amoureuse entre Aurore et Ludovic a pour toile de fond la quasi-faillite de la société créée par Aurore. Je vous les présente tel que moi je les ai perçu :

  • Aurore. Ce qui m’a le plus déplu chez cette femme, c’est la désinvolture avec laquelle elle laisse sa société aller droit dans le mur, le fait qu’elle trompe allègrement son mari sans aucun remord et qu’elle entraîne dans sa chute son amant. Cette femme, n’a aucune stabilité, elle apparaît comme totalement irresponsable et insouciante. Je laisse au lecteur découvrir et interpréter comme bon lui semble le passage du lac glacé, mais ce passage reflète l’immaturité du personnage. Aurore est légère, elle laisse le soin aux autres de décider pour elle et leur laissent tirer les rênes de son existence. Elle ne fait preuve de courage à aucun moment, que ce soit pour se battre pour ce qu’elle a créé – soit sa société de mode – ou par amour. Aurore est loin d’être ce qu’on peut appeler une héroïne romantique. On ne l’imagine à aucun moment quitter son confort matériel, son statut social et vivre passionnément son amour pour l’homme qu’elle prétend aimer. Mon avis concernant ce personnage est très tranché, il est vrai que je ne lui trouve aucune qualité véritable humaine. Comme je l’ai dit au début de mon article, je ne donne que mon avis et il est évident que je conçois qu’on puisse ne pas du tout le partager. 😉
  • Ludovic est un homme « simple », issu d’un milieu paysan. Il est décrit comme grand, trapu et solide physiquement, ce qui convient tout à fait pour la mission qui lui sera confiée. À défaut d’être un preux chevalier, Ludovic va endosser le rôle de bodyguard auprès de sa bien-aimée. En effet, Aurore jouera avec lui comme avec une marionnette et tirera les fils un par un le conduisant à tous les excès. Je me suis demandée si cet homme était capable du moindre self-control, de la moindre maîtrise sur lui-même ou si j’avais à faire à un tarzan des temps modernes.
  • Richard – le mari d’Aurore – est un golden boy à qui tout réussi, en businessman averti il ne rencontre aucun échec. Là encore, on nage en plein cliché. Richard est absent, il n’a de cesse de passer des coups de fil aux quatre coins de la planète pour réaliser des « deals ». Le trait est forcé et n’a rien de crédible, je trouve. Égoïste et narcissique à outrance, il est aveugle aux problèmes de son épouse.

J’ai trouvé les personnages peu crédibles, ils manquaient de profondeur. Je pense que ce qui décrit le mieux mon ressenti, est qu’ils m’ont été antipathiques toute la durée du roman. Je suis assez dure, je m’en rends compte dans ma critique, mais je vous partage mon ressenti brut.

« L’histoire d’amour »

Maintenant, que je vous ai présenté les différents protagonistes – selon mon ressenti, je vais vous parler de « l’histoire d’amour » qui donne corps à ce roman. Je l’annonce sans détour : le couple que forment Aurore et Ludovic est très mal assorti et n’est pas crédible. Je n’ai pas cru une seule seconde à la sincérité de leurs sentiments. Lorsque Aurore dans un élan capricieux s’élance vers Ludovic et lui susurre qu’elle l’aime, je me suis repassée les plus belles histoires d’amour de la littérature – Jane Eyre, Anna Karénine, Roméo et Juliette… – et je me suis dit que l’amour en avait pris un sacré coup. Où sont passés les grands sentiments ? Ceux qui nous font braver vents et marées pour être auprès de celui qu’on aime ? De toute évidence, on ne les trouve pas ici. Le sentiment amoureux ne sort pas grandi de ce roman et si le couple qu’ils forment est censé incarner l’amour, alors encore vaut-il mieux s’abstenir. Leur couple est totalement asymétrique, Ludovic est la poupée d’Aurore qui exerce un contrôle total sur celui-ci. J’ai assisté à la tentative désespérée de deux personnes paumées de ne pas totalement sombrer. La construction du livre en une succession de scènes renforce le manque de fluidité dans le récit. En effet, j’avais l’impression de regarder une succession de plans sans réelle coordination, les transitions sont brusques et les scènes sans lien logique entre elles. J’ai lu plusieurs commentaires de lecteurs qui comparaient ce livre à un télé-film, je n’irai pas jusque là, mais je comprends ce qu’ils veulent dire par là. Hormis l’écriture, qui je le reconnais est très belle, je n’ai pas été transportée du tout par les personnages et leur histoire.

Conclusion

Je pense que vous avez compris que ce roman a été une déception pour moi. Je m’attendais à une magnifique histoire d’amour s’affranchissant des barrières sociales et faisant vibrer le lecteur. Malheureusement, l’histoire d’amour est bancale et peu crédible et les personnages antipathiques et agaçants. Néanmoins, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la lecture n’a pas été désagréable puisque Serge Joncour est un grand auteur. Je vais donc tout de même conseiller ce roman, qui, j’en suis sûre ravira de nombreux lecteurs plus enclins à être touchés par les personnages.

Si vous souhaitez découvrir d’autres ouvrages primés en 2016…

>>> Chronique du Goncourt 2016 en ligne ici !

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VIP, Laurent Chalumeau : un thriller politique décapant

Sorti en mars 2017, le thriller politique sous haute tension signé Laurent Chalumeau agit comme un uppercut dès le premier chapitre. Personne n’en sortira indemne je vous le garantis ! À mi-chemin entre le polar et le brûlot, VIP dénote par son actualité et sa liberté de ton. L’auteur, fin connaisseur – puisque journaliste – du milieu des VIP – qui englobe à la fois le show-biz et le politique dans le cas présent – nous offre un récit savoureux et n’épargne personne. Attention, l’auteur précise que toute ressemblance avec la réalité serait fortuite et involontaire. 😉 Je propose que chacun se fasse son propre avis.

Résumé

Quand le scoop est une bombe et le voyeur un témoin… Au départ, juste un plan « presse people » ordinaire : fenêtre sur couple. Violation intime. Paparazzo en planque pour coincer une vedette et son nouvel amant. Mais ça dérape. Et grave ! En lieu et place de « sexe chez les riches et célèbres », il assiste à un  carnage. Que faire de ces images susceptibles d’embraser le pays ? À qui confier ces preuves qui lui brûlent les doigts ? Police ? Justice ? Politiques ? Médias ? Tous pourris ? Tous de mèche ? Vraiment ?Dans ce thriller vaudeville qui passe en revue (et à la moulinette) nos élites mâles et blanches, Laurent Chalumeau tire les ficelles tranchantes de ses marionnettes et mêle, en les détournant, les genres policiers – le film de série Z, l’épisode des Experts ou la politique fiction-paranoïaque. Quand la partie de Cluedo se déroule chez les VIP, on jubile.

Grasset

booksnjoy - vip - laurent chalumeau

Une écriture acérée et un style caustique

Il faut savoir que ce livre, dès le premier chapitre, vous happe. On ne s’y attend pas et pourtant on est devenu spectateur de la scène violente, sur laquelle va reposer toute l’intrigue. On est comme ces voyeurs, qui ne peuvent s’empêcher de regarder alors qu’ils devraient, selon toute vraisemblance, détourner les yeux. Mais on n’y parvient pas. Pourquoi ? Car Laurent Chalumeau manie très bien l’art de capter le lecteur, d’agir sans préliminaires, sans nous prévenir que nous allons sortir de ce premier chapitre nauséeux et mal à l’aise. Et c’est tant mieux, l’effet de surprise n’en est que plus intense ! L’auteur a fait le choix d’utiliser le vocable des protagonistes, donc dès le début du livre, nous avons le droit à un langage particulièrement vulgaire. Le premier chapitre est un florilège de grossièretés tels que « pétasse », « salope », « pute », « traînée » et j’en passe… Cela a légèrement bloqué ma lecture, puis j’ai fini par m’habituer au style de l’auteur et à la langue. Une fois l’étonnement passé, je trouve que ça renforce l’impression d’être en immersion dans ce milieu. Je vous cite un passage pour vous montrer ce que j’entends par là :

« C’est ça, en fait, que Patrice reproche à la pétasse. De faire semblant d’ignorer qu’elle et lui, en réalité, ils sont collègues. Ils bossent dans le même cirque, chacun à son étage. Toi, tu bronzes nibes à l’air sur le yacht d’un gros porc pété de tunes, tu trompes ton mec metteur en scène avec un animateur télé ou sportif, t’oublie de mettre ta culotte et moi, à chaque fois, je suis là et je shoote. C’est juste un job. C’est ton boulot. C’est à ça que tu sers. Si t’en à marre, pas grave, arrête. Arrête tout. Fais chômeuse. T’as cinquante connasses prêtes à prendre la relève. Alors ferme ta gueule, t’as compris ? Ferme ta gueule. »

Je vous rassure tout le livre n’est pas écrit sur ce ton, mais je trouve que cette vulgarité du paparazzo est révélatrice de la férocité de son ressentiment à l’égard de l’actrice. Laurent Chalumeau tire à boulets rouges sur le milieu des VIP et ne prend pas de gants pour le faire. La passage de l’enterrement de l’actrice est particulièrement savoureux :

« Journée commencée fort : dès la matinée, obsèques de la Carvais. Même cirque que d’hab, tout dans les règles : église Saint-Roch, paroisse du spectacle – où ces mécréants ne vont jamais, à part pour, justement, enterrer des collègues. L’occase de grimper un escalier, comme à Cannes. Juste le nombre de marches et la couleur du tapis qui changent […] Grande parade. Line Renaud, obligé, puisque quelqu’un est mort. La reine Deneuve, raccord : en majesté et l’air de se faire chier. Baye, Huppert, rien à faire, cran en dessous. Puis le peloton des quadras : Kiberlain, Zylberstein, Ledoyen, Mastroianni, Léa Drucker, Emma de Caunes, Gayet […] »

Un polar brûlant d’actualité

Laurent Chalumeau aborde des thèmes actuels, tels que le statut pénal du Chef de l’État. Comment un homme de cette envergure peut-il ne pas payer pour des crimes aussi abjects ? Jusqu’à quel point doit-il bénéficier de l’immunité que lui confère son statut ? L’irresponsabilité pénale est-elle justifiable dans le cas présent ? Peut-il s’en sortir ? Tout au long du roman, je n’en croyais pas mes yeux, on en devient écoeuré. L’enquête si on peut appeler ça une « enquête » reste au point mort. Le politique s’ingère dans la justice et nous assistons à une inertie des procédures judiciaires, à une mise sous tutelle de la magistrature – donc de la justice – par le politique. Et finalement, ce n’est pas si choquant. Il suffit d’ouvrir un journal ou bien d’allumer la radio pour que l’on se rende compte que la réalité dépasse bien souvent la fiction. Laurent Chalumeau dénonce – sujet également hautement d’actualité – la connivence entre journalistes et politiques, ce qui conduit à la mise sous tutelle des médias. Liberté de la presse, liberté de la presse…hum hum à d’autres.

« La salle des fêtes est remplie, en dépit de la date. Mais passé le 15 août, ça commence à rentrer. Très beau monde, comme de juste. Mêmes que d’hab : industrie, thune, politique, médias. Teints halés de saison. Ce qu’il faut comme mis en examen et témoins assistés pour donner du tanin à l’assistance. Ça cancane. Ça réseaute. Ça connive. Les « élites » endogames, incestueuses, prisent sur le fait. L’establishment tel que se le représentent ceux, rouges ou bruns, qui veulent le déboulonner. » 

Ces hommes politiques, journalistes, célébrités et parasites virevoltant dans leur sillage, forment un délicieux pot pourri, qui ne cesse page après page d’interpeller le lecteur. Les puissants agissent en toute impunité et on n’en revient pas. Laurent Chalumeau fait état d’une société malade, dirigée soit par des pantins soit par des hommes à la moralité douteuse. Entre la peste et le choléra…choix cornélien.

booksnjoy - vip - laurent chalumeau

La fin…

Attention, je vous conseille de passer votre chemin si vous n’avez pas encore eu le plaisir de plonger votre nez dans ce thriller de haute voltige !! 😉

Le thriller de Laurent Chalumeau m’a, dans l’ensemble, transportée, j’ai adoré l’intrigue ainsi que l’écriture. Je précise que je savais à peu près à quoi m’attendre. J’ai abordé cet ouvrage plus comme une étude sociologique relatant les dérapages de nos « élites » politiques, que comme un polar à proprement parlé. L’intrigue est l’occasion pour Laurent Chalumeau de réaliser une critique acerbe de notre société. J’ai assez vite compris qu’il n’y aurait ni enquête, ni procédures visant à trouver le meurtrier. Donc, si ce que vous cherchez est un bon policier écrit dans les règles de l’art, alors je pense que vous allez être déçu. 🙂 Néanmoins, pour être totalement sincère, je suis restée sur ma fin. Puisque fin, il n’y a pas à vrai dire. J’ai eu l’impression que l’auteur n’avait pas pu finir son livre et qu’on lui avait arraché le manuscrit des mains…

Conclusion

J’ai adoré ce thriller politique et je le recommande. Laurent Chalumeau signe un polar sous haute tension, renforcé justement pas l’absence du coupable tout au long du récit. L’écriture est libre et incisive. J’ai tout simplement dévoré ce polar ! Je file me procurer les autres ouvrages de cet auteur, que je n’avais pas encore eu l’occasion de lire. En fin connaisseur de ces milieux, j’espère que Laurent Chalumeau restera dans la même veine et nous offrira un roman tout aussi jubilatoire que VIP ! 🙂

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La conquête du bonheur, Bertrand Russell : un indispensable

Il y a peu d’ouvrages qui marquent à vie, mais La conquête du bonheur écrit par le philosophe et mathématicien Bertrand Russell, prix Nobel de littérature en 1950, est de ceux-là. Ce livre est devenu pour moi un indispensable. Je le garde souvent dans mon sac, pour en lire quelques passages ou seulement le feuilleter. Il est de ces livres également qu’on ne peut s’empêcher de vouloir partager avec les autres. Je pense être une de ses plus ferventes supportrices, j’ai tendance à le brandir dès que quelqu’un a un coup de mou comme remède miracle. J’en reviens encore au pourquoi du comment de ce blog :  la littérature et par extension ici j’inclus la philosophie et la psychologie peuvent être des sources de bonheur. Je suis intiment persuadée que c’est en faisant un travail de connaissance de soi et un travail sur soi que l’on peut accéder au bonheur. Vivre sa vie sans jamais rien analyser, s’apparente pour moi au Mythe de Sisyphe – essai écrit par Albert Camus. Mais si, vous voyez très bien qui est Sisyphe j’en suis sûre. Sisyphe a été condamné par Hadès à pousser un énorme rocher jusqu’au sommet d’une montagne, ce rocher une fois arrivé au sommet retombait irrémédiablement au pied de la montagne, ce procédé se répétant pour l’éternité. Ce que je tente de vous dire, c’est que vivre sa vie sans tenter de la comprendre est pour moi similaire à vivre dans l’absurdité d’un éternel recommencement sans perspective d’amélioration. Ce qui vous me l’accorderez n’est pas bien fameux ! 😉 Bref, revenons à nos moutons et donc à ce merveilleux ouvrage entre philosophie et psychologie.

Résumé

Qu’est-ce qui rend les gens malheureux ? Le bonheur est-il encore possible ? Pour répondre à ces deux questions, Bertrand Russell aborde à sa manière, en s’appuyant sur sa propre expérience et les observations qu’il a pu faire, un certain nombre de thèmes, dont la complaisance dans le malheur, l’ennui et l’agitation, la fatigue, l’envie, le sentiment de culpabilité, la manie e la persécution, l’affection, ou encore la joie de vivre. Loin de passions égocentriques, l’homme heureux est hédoniste, curieux, attentif aux autres. Il vit la vie. Telle pourrait être la morale de ce petit livre revigorant – et toujours d’actualité.

Philosophe et mathématicien, prix Nobel de littérature en 1950, célèbre pour son action en faveur du pacifisme et du désarmement nucléaire, Bertrand Russell (1872-1970) est aussi l’auteur, chez Payot, d’une Introduction à la philosophie mathématique et de Problèmes de philosophie.

Petite Bibliothèque Payot

booksnjoy - la conquete du bonheur - bertrand russel

Une construction simple

La conquête du bonheur va à l’essentiel. Bertrand Russell précise dans l’avant-propos, que :

« Ce livre ne s’adresse pas aux gens érudits ou à ceux qui voient dans un problème pratique un simple sujet de bavardage. Dans les pages qui suivent, on ne trouvera pas une philosophie profonde, ou une érudition étendue. »

Nous n’avons pas entre les mains une pensée théorique, bien au contraire l’auteur le dit noir sur blanc, ce travail est le fruit d’observations empiriques personnelles, qui l’ont mené à adopter des comportements positifs. L’ouvrage se divise en deux grande partie : la première partie analysant les causes du malheur et la seconde intitulée les causes du bonheur. Qui a dit que la philosophie était une science obscure ? 😀 Dans la première partie, soit celle consacrée aux causes du malheur, les thèmes abordés sont triviaux : l’esprit de compétition, l’ennui et l’agitation, la fatigue, l’envie, le sentiment de culpabilité, la peur de l’opinion publique…  Toute personne trouvera un élément à même de la toucher, on se retrouve tous d’une façon ou d’une autre dans ces comportements négatifs, qui mis bout à bout rendent malheureux. La seconde partie, est destinée à nous éclairer sur les causes du bonheur. De même que précédemment, les thèmes abordés sont d’une grande banalité mais terriblement essentiels : l’affection, la famille, le travail, les intérêts impersonnels… C’est cette construction simple et claire qui facilite la lecture et permet au lecteur d’avoir un fil conducteur. Chaque chapitre, à l’intérieur de ces deux grandes parties, peut se lire indépendamment des autres.

Combattre les élans narcissiques pour se tourner vers les autres 

Comme je l’ai dit plus haut, chacun en fonction de sa sensibilité et de ses attentes trouvera son bonheur dans ce petit ouvrage. Dans le premier chapitre « Qu’est-ce qui rend les gens malheureux ? », Russell évoque un intérêt trop important pour sa propre personne, il explique :

« Peu peu, j’appris à manifester de l’indifférence à l’égard de moi-même et de mes défauts; je vins à concentrer mon attention de plus en plus sur les choses extérieures : l’état du monde, les diverses branches du savoir, les personnes pour lesquelles je ressentais de l’affection […] Et tout intérêt extérieur incite à quelque activité, qui, aussi longtemps que l’intérêt demeure vivant, est un préventif complet contre l’ennui. Un intérêt égocentrique, au contraire ne mène à aucune activité progressive […] Une discipline extérieure est la seule voie au bonheur pour ces infortunés dont l’intérêt excessif en eux-même est trop profond pour être guéri d’une autre manière. »

Rappelons que cette ouvrage a été publié en 1930 !!! Il est tout à fait d’actualité, on ne peut faire plus contemporain comme problème sociétal que le narcissisme et l’égoïsme. Russell nous donne les clés pour guérir notre société plus de 70 ans en avance – si l’on considère que tout s’est accéléré depuis les années 2000.

Vivre le moment présent, une maxime positive

Bien avant que se généralise la pratique du yoga ou de la méditation de pleine conscience – dont l’ouvrage Méditer jour après jour, 25 leçons pour vivre en pleine conscience, de Christophe André explique les principes de façon très claire – Bertrand Russell entrevoyait déjà la nécessité de vivre le moment présent.

« L’habitude de vivre dans le futur et de croire que toute la signification du présent réside dans ce qu’il engendrera est une attitude qui porte malheur. Il ne peut y avoir de valeur dans le tout à moins qu’il n’y ait de valeur dans les parties. »

Cette pensée constructive permet de vivre au jour le jour de façon apaisée sans être tournée uniquement vers la finalité de notre action, qui par définition se situe dans le futur, ce qui a pour conséquence que l’on ne prend pas le temps de savourer le moment où l’on réalise cette action. En adoptant cette vision positive nous enrichissons notre présent.

L’esprit de compétition 

Ce chapitre est d’une très grande richesse. Bertrand Russell évoque la course vers le succès des sociétés modernes :

« […] la course dans laquelle il est engagé a le tombeau pour but. »

Ce même chapitre illustre la corrélation qui existe entre le déclin de la culture dans les sociétés modernes et l’esprit de compétition :

« L’importance de l’esprit de compétition dans la vie moderne est en rapport avec le déclin général du niveau de culture […] »

Cet esprit de compétition à outrance s’expliquerait par la recherche de ce qui est mobilisable, utile, monnayable. Aujourd’hui, et cela valait déjà en 1930, on ne cherche pas à développer sa richesse intérieure mais à rentabiliser ses atouts et à masquer ses défauts. Russell résume cette pensée comme une volonté de faire primer la puissance sur l’intelligence. L’esprit de compétition peut guider certaines de nos actions évidemment, l’envie de se dépasser est importante mais l’ériger en principe moteur de nos vies, ne peut mener qu’au désarroi et à l’ennui. Puisque par définition, il y aura toujours quelqu’un pour être meilleur que nous, nous ne vivrions que dans l’insatisfaction, la frustration, au lieu d’apprécier ce que l’on a déjà.

Le sentiment de culpabilité

Le chapitre 6, consacré au sentiment de culpabilité est particulièrement intéressant, je vous invite à le lire avec attention. 🙂 Il étudie la naissance chez l’être humain de ce sentiment négatif – que l’on associe à tort à la moralité – dont les racines se situent dans l’enfance et dans la morale religieuse. Russell nous propose de toujours chercher la rationalité dans nos afflictions et si celles-ci n’ont pas pour fondement la rationalité, nous ne devons pas nous faire envahir par ce sentiment de culpabilité. Cela suppose donc comme toujours un vrai travail sur soi.

« À vrai dire, le sentiment de culpabilité est loin de produire le bonheur. Il rend l’homme malheureux et fait naitre en lui un sentiment d’infériorité. L’homme qui se sent malheureux est enclin à avoir à l’égard des autres des exigences excessives et qui l’empêchent de trouver le bonheur dans ses relations personnelles. » « L’homme ainsi divisé contre lui-même recherche des stimulations et des distractions; il aime les passions fortes non pour des raisons saines mais parce que momentanément elle le font s’évader de lui-même et écartent de lui la pénible nécessité de penser. »

Pour conclure, Bertrand Russell affirme que :

« Le bonheur qui exige l’intoxication à tout prix est faux et n’apporte pas de satisfaction. Le bonheur qui est naturellement satisfaisant s’accompagne de l’exercice le plus complet de nos facultés et de la compréhension complète du monde dans lequel nous vivons. »

Conclusion

Ce « petit » ouvrage est une mine d’or pour qui cherche à vivre pleinement. L’homme heureux pour Bertrand Russell, est résolument tourné vers l’extérieur, il porte son attention sur des choses étrangères, seul moyen de ne pas se laisser envahir par l’inquiétude et ses angoisses.

« […] celui qui ne fait rien pour détourner son sprit de ses tracas et leur permet d’acquérir un empire complet sur lui agit en imprudent, car il sera moins capable de lutter contre ses ennemis lorsque le moment décisif sera venu. »

Ce livre est d’une modernité incroyable et totalement d’actualité. Je le recommande comme livre de chevet, pour s’y réfugier dès que nous nous laissons envahir par des pensées négatives et donc nécessairement non constructives. 🙂

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Poulets grillés, Sophie Hénaff : un polar déjanté

Poulets grillés, de la romancière Sophie Hénaff, est une de mes plus belles découvertes en matière de polars ! Et pourtant, nos chemins ont bien failli ne jamais se croiser. C’est en me rendant chez Gibert Joseph à Odéon pour faire l’acquisition d’un autre polar, que je me suis arrêtée sur cette couverture orange estampillée du macaron rouge « Prix des lecteurs sélection 2016 ». J’ai tout de suite été attirée par les couleurs, le graphisme de la couverture, et, généralement plutôt satisfaite des romans sélectionnés pour le prix des lecteurs, je me suis dit que je ne risquais pas grand chose en me le procurant. Que n’ai-je pas fait ?! Je n’ai pas pu le poser avant de l’avoir terminé. Ce roman policier est tout simplement désopilant, pétillant, attachant et j’en passe, en bref addictif.

Résumé

Le 36, quai des Orfèvres s’offre un nouveau patron. Le but de la manoeuvre : faire briller les statistiques en placardisant tous ceux qu’on ne peut pas virer et qui encombrent les services. Nommée à la tête de ce ramassis  d’alcoolos, de porte-poisse, d’homos, d’écrivains et autres crétins, Anne Capestan, étoile déchue de la judiciaire, a bien compris que sa mission était de se taire. Mais voilà, elle déteste obéir et puis… Il ne faut jamais vendre la peau des poulets grillés avant de les avoir plumés !

Albin Michel et Le livre de poche

booksnjoy - poulets grilles - sophie henaff

Poulets grillés et Rester Groupés, Sophie Hénaff

Polar ou pas polar ?

Ce roman a certes tout du roman policier – le commissaire, la brigade, le 36 quai des Orfèvres, une enquête – néanmoins, je trouve qu’il appartient à un genre plutôt hybride entre le polar et le roman feel-good. Je m’explique. L’intrigue, n’est pas vraiment au coeur du roman. C’est plutôt la vie de la brigade, ses éléments, leur façon d’interagir entre eux, qui cristallise l’attention du lecteur. L’écriture est légère, agréable et rythmée. Tout s’enchaine avec une étonnante facilité. Tous les ingrédients du roman feel-good sont présents et c’est ce qui rend le roman de Sophie Hénaff terriblement réussi. Étant une polar addict et appréciant particulièrement les romans feel-good, je ne pouvais qu’apprécier cette série de romans policiers 🙂

Enfin une femme commissaire !

Bon, j’exagère il y a dans la littérature policière des femmes commissaires, détectives, enquêtrices… Mais disons que ce n’est pas la norme, en général ce sont des hommes : Jean-Baptiste Adamsberg chez Fred Vargas, Carl Mørck chez Jussi Adler-Olsen, Camille Verhoeven chez Pierre Lemaitre, Kurt Wallander chez Henning Mankel, Yeruldegger chez Ian Manook… Sophie Hénaff, nous fait donc l’immense plaisir de placer une femme de caractère à la tête de sa brigade pour le moins hétéroclite. Je me suis tout de suite identifiée à Anne Capestan, pour plusieurs raisons : elle est indépendante, un brin solitaire, têtue, sportive, elle remet en cause l’autorité et a son (petit caractère) humhum 😉 Cette héroïne m’a tout de suite plue car je la trouve résolument moderne, elle parvient à rester féminine dans un « milieu d’hommes », tout en faisant preuve d’autorité et en tenant à bout de bras sa brigade. Chapeau bas Sophie Hénaff pour ne pas avoir basculé dans le cliché de la femme flic masculine ou à contrario de la femme flic jouant avec exagération de sa féminité.

Un polar déjanté peuplé de personnages truculents 

Poulets grillés, est le polar le plus drôle que j’ai eu l’occasion de lire. Les personnages sont ingérables, on a :

  • Le divisionnaire Buron, certes ronchon et autoritaire, mais attaché à sa protégée Anne Capestan.
  • Lebreton qui appartenait à la police des polices, mais étant homosexuel s’est vu mettre au placard.
  • Le lieutenant Merlot, alcoolique notoire.
  • Le lieutenant José Torrez, dit Scoumoune ou le chat noir. Ayant la réputation de porter malheur, personne ne souhaite faire équipe avec lui.
  • Orsini, suspecté d’entretenir des liens étroits avec la presse et de l’alimenter de manière abusive au détriment des enquêtes en cours.
  • Eva Rosière, qui, outre son travaille dans la police, est également romancière et ne se gène pas pour nourrir ses scénarios fictifs de faits réels.
  • Évrard, qui se soigne pour son addiction aux jeux.

Cette équipe ressemble plus à la cour des miracles qu’à une équipe de choc…. 🙂 Dès le début, on nous plante le décor : cette brigade de bras cassés sera en charge des affaires non résolues sans aucune obligation de résultat. C’est dire la confiance que les pontes de la police placent en eux.

Prix reçus

Poulets grillés :

  • Prix polar en séries
  • Prix Arsène Lupin
  • Prix du meilleur polar français
  • Prix du goéland masqué
  • Prix des lecteurs Polar 2016

Série policière

  • Tome 1 : Poulets grillés
  • Tome 2 : Rester groupés
  • Vite un tome 3 !!!

Conclusion

J’espère que ces deux tomes ne sont que le début d’une longue série. Sophie Hénaff a su imposer un nouveau genre de romans policiers humoristiques et je trouve que c’est très réussi ! Les personnages sont savoureux, l’intrigue très bien menée et l’écriture très agréable. À quand le tome 3 des aventures de la brigade de Capestan ?!

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Le roman feel-good : un incroyable succès !

C’est en flânant au salon du livre samedi dernier, que je me suis rendue compte à quel point les « romans feel-good » envahissaient les rayonnages. On les repère tout de suite, surtout sur le stand Livre de poche – un de mes stands préférés, avec leur couverture attrayante et leurs couleurs flamboyantes. J’ai donc décidé de vous faire un compte rendu en plusieurs parties pour vous présenter quelques spécimens de cette « espèce » littéraire !

Qu’est-ce qu’un « roman feel-good »?

Je ne pense pas qu’il existe de définition académique pour ce genre si particulier mais je vais tout de même tenter d’en formuler une. Un roman feel-good remplit plusieurs critères : il traite de sujets légers – ici pas de questionnements existentiels ni de pamphlets politiques, il est pétillant, émouvant et attachant. Les sujets le plus souvent traités tournent autour des événements de la vie quotidienne, des amis, des amours, de la famille… L’objectif est on ne peut plus clair : se divertir et passer un agréable moment. Attention !!! Cela ne veut pas dire qu’on n’en sort pas chamboulé. Au contraire, le propre du roman feel-good est justement cette capacité à véhiculer des notions humaines, des sensations, des sentiments simples, qui appellent à la bienveillance. L’écriture est facile, souple, en somme on ne lit pas du Maylis de Kerangal – en même temps vous me direz ce n’est pas le but recherché ici. 🙂

Pourquoi un tel succès ?

Je pense que plusieurs éléments permettent d’expliquer cet engouement. L’actualité y est certainement pour beaucoup dans ce phénomène. Entre les attentats, les médias – qui surfent sur la peur ambiante en nous abreuvant d’informations destinées à nous terroriser un peu plus chaque jour, et le climat délétère ambiant, ce n’est pas étonnant que lors de nos moments de détente nous cherchions à nous évader. On en revient au pourquoi du comment de la création de ce blog, la littérature et ses vertus curatives 😉 Le second élément, qui m’enthousiasme bien plus et qui est purement le fruit d’une réflexion personnelle, est un phénomène de « massification de la culture ». Je m’explique, par massification j’entends la volonté de la part des auteurs, éditeurs, de ne pas uniquement traiter et éditer des ouvrages nécessairement « sérieux » et accessibles à une minorité de lecteurs. La littérature n’a pas nécessairement pour vocation d’instruire, ce n’est pas parce que nous ne lisons pas des classiques, que nous ne lisons pas, la preuve nous lisons 😉 c’est donc une tautologie… Mais bon, c’est purement personnel comme avis, hein !

Venons-en au fait !

Dans cette 1ère partie, je vous présente deux romans : Entre ciel et Lou de Lorraine Fouchet et Venise n’est pas en Italie de Ivan Calbérac. Je ne laisse pas planer le suspens plus longtemps, j’ai adoré ces deux titres !!!

booksnjoy - entre ciel et lou - lorraine fouchet - feel-good

Entre ciel et Lou, Lorraine Fouchet

Résumé

« Bretagne. Jo prévoit de profiter d’une joyeuse retraite sur l’île de Groix. Mais la deuxième vie qu’il imaginait aux côtés de sa bien-aimée, il devra l’inventer seul. Son épouse est partie avant lui, en lui lançant un ultime défi : celui d’insuffler le bonheur dans le coeur de leurs enfants. […] »

Ce que j’ai aimé :

  • L’île de Groix en Bretagne, cet air iodé, la présence de la mer, des goélands Boy et Lola, les crêpes bretonnes, le Tchumpôt, la végétation sauvage… Ce livre m’a tout simplement donné envie d’aller visiter cette île !!
  • Pomme – petite fille de Jo et Lou, qui est pleine d’humanité et de bonnes intentions. Alors que les autres personnages ont eu parfois tendance à m’agacer un peu, j’adorais les passages où on percevait l’histoire de son point de vue.

Ce que j’ai (un peu) moins aimé :

  • La construction du roman. En effet, Lorraine Fouchet a construit le roman de telle sorte que les personnages s’expriment chacun leur tour. Or, je trouve que l’on perd en cohérence et visibilité, surtout que le rythme de l’alternance est soutenu puisqu’un personnage ne s’exprime rarement plus de 4/5 pages de suite.
  • Le décès de Lou. Son décès donne tout sens au livre, puisque sinon il n’y aurait pas eu de mission, néanmoins on ne la connait pas vraiment et c’est dommage car elle semble avoir été une grand-mère haute en couleur et aurait fait un super personnage (vivant) ! 🙂

booksnjoy - venise n'est pas en italie - ivan calbérac - fell-good

Venise n’est pas en Italie, Ivan Calbérac

Résumé

« Émile a quinze ans. Il vit à Montrais, entre un père doux dingue et une mère qui lui teint les cheveux en blond depuis toujours, parce, paraît-il, il est plus beau comme ça. Quand la fille qui lui plaît plus que tout l’invite à Venise pour les vacances, il est fou de joie. Seul problème, ses parents décident de l’accompagner…[…] »

Ce que j’ai aimé :

  • Émile, évidemment ! À seulement quinze ans et doté de parents pas faciles, faciles, c’est le moins que l’on puisse dire, il aurait pu être exécrable mais pas du tout, c’est tout le contraire. Il compose comme il peut avec les moyens du bord et il ne s’en sort pas trop mal à vrai dire. Il est terriblement attachant et n’importe quel parent révérait d’avoir un adolescent si facile à vivre.
  • Pauline – la jeune fille dont notre héros est follement épris, qui vient d’un milieu très aisé mais se révèle être à l’opposé de certains clichés attendus.
  • L’enchaînement de situations grotesques mais tellement désopilantes, à un moment je me suis même demandée quand est-ce qu’Émile allait réellement s’énerver 😉

Ce que j’ai (un peu) moins aimé :

  • L’exagération de certaines situations. Il est évident que personne ne vivra de telles situations, celles-ci peuvent s’avérer très drôles comme un (petit) peu lourdes par moment.

Conclusion

Malgré quelques petites notes négatives – rien n’est jamais parfait, j’ai adoré ces deux romans et je vais vite foncer dans une librairie pour m’offrir le dernier Lorraine Fouchet Les couleurs de la vie et j’attends avec impatience le prochain Ivan Calbérac.

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Chanson douce, Leïla Slimani : Prix Goncourt 2016 (#RL2016)

Novembre 2016, alors que la saison des prix littéraires bat son plein, Leïla Slimani remporte le plus prestigieux d’entre eux : le prix Goncourt pour son second roman Chanson douce. Outre le fait qu’elle ne soit que la douzième femme à remporter cette distinction en cent-treize ans, son roman a été distingué dès le premier tour de scrutin. Ce thriller psychologique poignant fut une très belle découverte et fait partie de mes coups de coeur de l’année 2016 ! 😀

Résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Gallimard

La complexité des personnages

Dès le début du récit, nous connaissons l’issue tragique de cette cohabitation malsaine entre la nounou, les parents et les enfants. Ainsi, ce n’est pas tant « l’histoire » en elle-même qui m’a touchée mais la manière qu’à Leïla Slimani de placer la psychologie au centre du récit. Si je ne devais choisir que deux auteurs parmi tous ceux que j’affectionne, je choisirais sans hésiter Stefan Zweig et Sigmund Freud. On retrouve chez Leïla Slimani ces deux influences. Stefan Zweig, est mon auteur préféré, il a une écriture puissante et brute qui ne s’embarrasse pas de détails secondaires, il va directement à l’essentiel. Il met l’accent sur le caractère psychologique de ses personnages et décrit sans fard les aspects les plus sombres de l’âme humaine. Leïla Slimani décrit avec la même verve la perversité de la nounou et l’aveuglement des parents. La tension qui monte au fil du récit vient de ce que l’on assiste en qualité de témoin à la folie destructrice de cette nounou totalement névrosée sans pouvoir faire infléchir le cours de l’histoire tout en connaissant l’aboutissement. La construction du récit est très astucieuse et renforce la tension nerveuse qui s’en dégage, en nous donnant à connaître la fin, on tente de comprendre le basculement, le point d’inflexion, de rupture qui permettrait de comprendre le geste fatale de la nounou.

Une plume acérée

Comme je l’ai dit plus haut, je retrouve des influences zweigiennes chez Leïla Slimani. Celles-ci se manifestent tant à travers la description des personnages, qu’à travers son écriture incisive. Je trouve qu’il est difficile – n’étant pas une experte littéraire – d’exprimer avec des mots ce que je ressens en lisant cette auteure. Je trouve l’écriture puissante, incisive et brute. Chaque mot qu’emploie l’auteure est pesée, rien n’est en trop et à la fois rien ne manque. Leïla Slimani donne à penser que chaque phrase, mot, intonation est savamment mesurer à l’avance. Cette façon d’écrire m’a totalement happée, il m’était alors impossible de lâcher Chanson douce.

booksnjoy - chanson douce - leila simani - goncourt

Conclusion

Enfin, je souhaite remercier cette merveilleuse écrivaine qu’est Leïla Slimani, puisqu’elle a su me réconcilier avec les ouvrages primés. Depuis quelque temps, j’avais tendance à être plutôt déçue par ses ouvrages dont je trouvais soit l’écriture alambiquée, soit le sujet inintéressant. Je trouve que Leïla Slimani est un des rares auteurs capables aujourd’hui d’allier intensité du récit et beauté de l’écriture, ce qui est peut-être la raison pour laquelle elle rencontre un tel succès ! 😉

>>> Chronique du Prix Goncourt 2004, par ici !

>>> Chronique du Prix Goncourt 2017, par ici !

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