ROMANS

Une odeur de gingembre, Oswald Wynd : le journal intime d’une femme déchue en Asie

19 avril 2019
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Retranscrire avec une telle finesse la psyché féminine tient de la prouesse littéraire. D’autant plus lorsque c’est un homme qui le fait. Début du 20e siècle, Mary Mckenzie quitte Édimbourg pour épouser l’homme qu’elle a choisi. Son futur époux, attaché militaire britannique, a été envoyé en Chine pour surveiller un conflit sur le point d’éclater. Sitôt accostée, l’exotisme s’est fané. Richard s’absente régulièrement, quant à Mary, elle vit confinée, évolue dans un univers étriqué, rythmé par les rares réceptions données par des diplomates étrangers. La promiscuité qui la gênait tant en mer lui apparaît désormais préférable à l’intimité partagée avec son mari. Alors qu’il est retenu par l’armée, elle entame une relation avec un officier japonais. De cette liaison naîtra un garçon. Une odeur de gingembre c’est son journal intime, enrichi des lettres qu’elle a écrites. Oswald Wynd introduit les bouleversements de la vie de son héroïne à travers des ellipses et des sauts dans le temps, laissant au lecteur le soin de recomposer la vie de Mary avec ces fragments. À travers les interstices, on assiste à l’éveil d’une femme, sa maturation, puis sa mise au ban de la société. Considérée comme une femme légère, une pestiférée, bannie de chez elle sans autre forme de procès. Elle vit ballottée, constamment en suspens. Dans cette société machiste et patriarcale, le courage dont elle fait preuve force l’admiration. Tel un navire pris dans les flots déchaînés, elle tanguera, fléchira, sombrera puis se relèvera. Son instinct de survie résistera aux aléas. En filigrane de sa vie, se dessine un monde en pleine mutation. Fort de ses succès militaires, le Japon enfle, a des velléités expansionnistes et se ferme peu à peu aux étrangers. Mary perçoit l’évolution des mentalités et l’animosité qu’elle suscite en qualité d’étrangère. Victime d’ostracisme, elle poursuit sa vie sur un fil, fait preuve de résilience et s’évertue à préserver l’équilibre fragile qu’elle est parvenu à créer. Oswald Wynd signe un somptueux portrait de femme au destin terriblement romanesque.

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