ROMANS

Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives : rentrée littéraire 2018 (#RL2018)

22 août 2018

Carole Fives avec Tenir jusqu’à l’aube imagine un huis clos étouffant entre une mère célibataire et son fils de deux ans. Une atmosphère saturée par les pleurs et les cris de l’enfant. L’héroïne élève seule son enfant. Le père ? Volatilisé. On comprend rapidement qu’il a déserté il y a un moment, qu’il est et restera aux abonnés absents. Parti sans même l’esquisse d’une explication. N’importe quoi qui permettrait d’expliquer son geste. Il n’apparaîtra que rarement sous la forme de messages laconiques prétextant un empêchement. Freelance, dans une situation financière précaire, elle est rapidement acculée par les dettes. Ne trouvant pas de place en crèche, il lui est difficile d’honorer ses engagements. La cohabitation se transforme en tête à tête pesant. Chacun s’agaçant mutuellement. La dyade mère-enfant devient le lieu de tensions explosives. Nerveusement à bout, la jeune mère décide de s’éloigner de ce foyer qui cristallise toutes les tensions, une fois l’enfant endormi. Petit à petit, le périmètre de ses virées nocturnes s’agrandit. Elle prend goût à ses absences répétées où elle reprend sa liberté. Façon de se prouver qu’elle ne se réduit pas à ce rôle de mère qui la tient prisonnière. Tout comme la chèvre de Monsieur Seguin qui était attirée par ce qui lui était interdit, elle tire sur la corde, teste la résistance du lien qui la maintient à son enfant. Tout en ayant conscience de le mettre en danger. Mais à trop jouer avec le feu, on finit par se brûler. Carole Fives signe un roman percutant. La tension monte crescendo jusqu’au dénouement. Hormis un final déroutant Tenir jusqu’à l’aube est un roman réussi. Une lecture dérangeante qui aborde sous un angle pertinent la complexité du lien entre la mère et l’enfant. Relation fusionnelle qui faute d’un tiers finit par devenir étouffante. L’auteure décrit très bien cette vie en vase clos, ainsi que la difficulté de composer avec sa propre culpabilité.

Couple mère-enfant

Carole Fives s’intéresse à un sujet de société, celui de l’isolement de la mère avec son enfant. La famille est loin, le compagnon absent, la jeune maman se charge seule de l’éducation de son enfant. Sans aides, ni accompagnement sur lesquels se reposer en cas de difficulté. Encore trop petit pour aller à l’école, les places en crèche trop chères et prises d’assaut très tôt, le petit reste à l’appartement empêchant toute vie sociale de s’épanouir ne l’incluant pas. Comment ne pas exploser dans une telle situation ? Finir par en vouloir à celui n’a rien demandé. C’est naturel et on la comprend. La solidarité entre mères existent et l’auteure l’aborde de manière ingénieuse en incluant des conversations sur les forums. Mais ce qui aurait du permettre de soulager peut tout aussi bien aggraver le sentiment de culpabilité. Puisque les forums sont peut-être un moyen alternatif pour s’entraider mais également un lieu où certains ne se gênent pas pour donner des leçons de morale et rappeler à quel point un enfant est une bénédiction, que c’est aux parents de se montrer plus fermes si l’enfant n’en fait qu’à sa tête. Le coupable est tout désigné. Faisant preuve d’un laxisme affolant. Et le père dans tout cela reste le grand absent. Celui à qui aucun compte n’est demandé, qui peut se dédouaner de toutes responsabilités. Pourtant l’enfant est bien le fruit des amours des deux parents… Si la justice permet à chacun d’exercer un droit de visite, elle ne les oblige pas pour autant à assumer leur rôle de parent. À eux de choisir s’ils veulent voir leur enfant. Épée de Damoclès au dessus de la tête de celui qui reste.

Conclusion

Publié dans la collection de l’Arbalète chez Gallimard, Tenir jusqu’à l’aube est un incontournable de la rentrée littéraire de cette année. Je vous le conseille, rien que pour le sujet abordé que je trouve particulièrement intéressant. N’hésitez pas à me dire en commentaires ce que vous en avez pensé 😉

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