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Tango fantôme, Tove Alsterdal : Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018

22 novembre 2017
booksnjoy - tango fantome - tove alsterdal

L’auteure d’origine suédoise, Tove Alsterdal, signe avec Tango fantôme un roman policier efficace et instructif. Hélène, mère de deux enfants et épouse comblée, pensait avoir tourner la page sur une histoire familiale douloureuse, un père devenu clochard, une mère portée disparue, ainsi qu’une soeur à la personnalité obsessionnelle et narcissique venant parfaire l’image de la famille idéale. C’était avant de recevoir un coup de fil lui annonçant que sa chère soeur, Camilla – se faisant appeler Charlie, avait basculé dans le vide faisant une chute mortelle de onze étages. Ce passé qu’elle avait si soigneusement verrouillé, espérant s’en émanciper, la rattrape brutalement. Les circonstances troubles entourant le décès de sa soeur ainsi qu’un faisceau d’indices laissent penser à un assassinat maquillé en suicide. Dès lors, Hélène décide de mener l’enquête. Tove Alsterdal nous entraîne dans un tango endiablé de la Suède à l’Argentine de la junte militaire, en passant par la Colombie des Farc. Ce n’est pas une mais deux enquêtes en parallèle que Tove Alsterdal mène habilement. Deux enquêtes intimement liées, puisqu’en partant sur les traces de sa soeur, Hélène fera la lumière sur les raisons qui ont conduit sa mère trente ans plus tôt à abandonner ses enfants pour émigrer en Argentine. Qu’est-ce qui peut conduire une mère de famille suédoise à quitter son pays natal pour émigrer dans un pays aux ordres d’une junte militaire violente ? Quel lien existe-t-il entre la disparition de sa mère et le décès de sa soeur ? Autant de questions sans réponses qu’il lui faudra élucider pour lever le voile sur la mort de Charlie. Tove Alsterdal dresse le portrait d’un continent gangréné par la violence et la corruption, qui s’évertue à faire émerger des brumes de l’histoire un passé trop longtemps passé sous silence.

Un roman (policier) réussi

Tove Alsterdal conduit deux enquêtes simultanément, l’une en Argentine à la fin des années soixante-dix, l’autre en Suède aujourd’hui. Nous sommes en 1977, Ing-Marie disparaît sans laisser de traces, laissant derrière elle mari et enfants. Trente-sept ans plus tard, sa fille cadette chute de son appartement du onzième étage. L’intrigue imaginée par l’auteure est bien ficelée, celle-ci maîtrise de bout en bout son enquête. Si elle peine à démarrer, le rythme s’accélère passé les cent premières pages. Tango fantôme est un véritable page turner. Tove Alsterdal nous offre une immersion en plein coeur de l’Argentine gouvernée par des militaires assoiffés de pouvoir. Hélène devra faire face au mutisme qui entoure ces années noires. Comprendre le rôle qu’a bien pu jouer sa mère dans cet enfer du bout du monde. Si Tango fantôme a été publié aux éditions Rouergue noir, collection consacrée au polar, je l’ai plutôt envisagé comme un roman. Le rythme est certes soutenu, mais on ne peut le qualifier de thriller, il n’y a pas de suspens à proprement parlé, ni une tension qui tient le lecteur en haleine. Le récit porte sur des secrets de familles occultés, des mystères non élucidés.

Dictature militaire en Argentine (1976 – 1983)

Tove Alsterdal a fait un choix particulièrement judicieux en plaçant son intrigue au coeur de l’Argentine. On estime à près de 30 000, le nombre de personnes disparues pendant « la guerra sucia ». La junte militaire pendant cette période s’est octroyée tous les droits pour étouffer toutes formes de contestations. Le pays vivait au rythme des violences commises, disparitions, viols, tortures… L’humain se surpassant en matière d’inventivité j’ai découvert la pratique des « vols de la mort », au cours desquels les militaires jetaient les opposants vivants des avions en plein vol. Tove Alsterdal décrit avec exactitude les sévices commis. Elle évoque l’impossibilité pour ce pays de construire une mémoire collective, faute de témoignages. Puisque les militaires condamnés ont toujours refusé de parler. Cette loi du silence en vigueur au sein des instances militaires s’est accompagnée de mesures législatives permettant l’impunité des auteurs de crimes contre l’humanité. C’est la dimension historique du roman qui m’a le plus plue. Tango fantôme m’a donné envie de me plonger dans l’histoire de ce pays, de comprendre l’impossibilité qu’il y a à faire son deuil et à avancer tant que les corps n’ont pas été retrouvés. Les familles des victimes vivent dans l’ignorance la plus totale et n’auront sans doute jamais les réponses qu’elles sont en droit d’exiger du gouvernement argentin. L’auteur a su capter cette frustration et la rendre dans ce récit.

Conclusion

J’ai découvert Tango fantôme dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE et ce fut une très belle découverte ! Je le recommande à tous ceux qui sont à la recherche d’un roman avec une intrigue habilement construite sur fond de lutte révolutionnaire.

>>> RENTRÉE LITTÉRAIRE 2017 (#RL2017)

>>> GRAND PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2018 

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