POLARS

Surtensions, Olivier Norek : un thriller au réalisme impressionnant

21 juin 2017
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Surtensions est le troisième volet de la saga policière signée Olivier Norek, dont les deux premiers tomes Code 93 et Territoires avaient déjà été salués par la critique. Surtensions a récemment été primé. Il a reçu le Prix Le Point du polar européen 2016 mais il est également le lauréat du Grand Prix des Lectrices de Elle 2017 dans la catégorie « Polars ». La littérature policière de ces dernières années est particulièrement prolifique, un nombre incalculable de romans sort chaque année. Qu’est-ce qui distingue la série policière d’Olivier Norek qui met en scène le capitaine Coste des autres polars ? Un écrivain de polars est bon à mon sens s’il se distingue des autres auteurs de ce genre. L’univers particulier qu’il créé, l’attachement aux personnages récurrents, un style reconnaissable immédiatement… Ainsi, lorsque j’ai commencé Surtensions (oui oui j’ai commencé par le troisième volet j’en suis tout à fait consciente 😉 ) j’ai tout de suite cherché à identifier ce qui faisait la singularité de l’écriture d’Olivier Norek. L’intrigue des romans policiers change à chaque tome, ce n’est donc pas ce qui me permet réellement d’évaluer un polar – à par si à chaque fois l’intrigue est mauvaise ;). Je l’évalue en fonction de l’attachement que j’ai à l’auteur et à l’univers qu’il déploie. C’est donc dans cette direction que je vais orienter ma chronique. En effet, je n’allais pas m’amuser à vous révéler les moult rebondissements du roman.

Résumé

Cette soeur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ? Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?

Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en ange déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance…

Pour cette nouvelle enquête du capitaine Coste, Olivier Norek pousse ses personnages jusqu’à leur point de rupture. Et lorsqu’on menace un membre de son équipe, Coste embrasse ses démons.

Michel Lafon

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Un style narratif remarquable entre tous, les clés d’un bon polar 

Le seul moyen de se distinguer pour un auteur de polars c’est de fidéliser le lecteur. Que ce dernier attende avec impatience la sortie d’une nouvelle enquête de son enquêteur favori. Pour étayer cet argument, je vais vous citer quelques exemples emblématiques de recettes qui fonctionnent à merveille.

  • Les clés du succès des romans de Fred Vargas sont : un univers poétique à la limite du fantastique, des enquêtes où se croisent légendes moyenâgeuses et croyances irrationnelles, l’omniprésence des animaux et des personnages terriblement attachants et humains. Je vous renvoie à l’article que je consacre à la série du commissaire Adamsberg si vous souhaitez obtenir plus ample informations. L’auteure a su au gré de ses enquêtes faire de la vie de la brigade un élément à part entière du roman. Ses polars sont empreints d’irrationnel et d’humanité. C’est selon moi ce qui fait le succès d’une de mes auteures de polars préférée.
  • La prolifique Agatha Christie, à qui l’on doit plus d’une centaine de romans policiers, se distingue par la simplicité et la répétition d’une même recette. Soit, un enquêteur star – j’admets avoir une nette préférence pour Hercule Poirot – et une affaire qui se déroule en huis clos.
  • Le plus connu de nos auteurs de polars, je nomme Michel Bussi, a fait le choix de ne pas mettre en scène des personnages récurrents mais cela ne l’empêche pas d’avoir une plume bien particulière. Il s’évertue à perdre son lecteur dans les méandres de ses enquêtes à la manière d’un gigantesque puzzle. Il est impossible d’en deviner le dénouement. La complexité des enquêtes et l’effet de surprise confèrent aux polars de Michel Bussi un caractère bien particulier.
  • Ian Manook, lui, a choisi de mettre l’accent sur le commissaire Yeruldelgger et le charme de la Mongolie.

Cette liste est interminable et on voit bien que chaque auteur a une recette bien particulière qui lui confère une identité propre et reconnaissable. La question est donc : quelle est la recette d’Olivier Norek ?

Un thriller d’un réalisme sidérant et une brigade soudée

L’atout d’Olivier Norek réside dans la maîtrise de son sujet. Olivier Norek est lieutenant de police à la section enquêtes et recherches du SDJP 93 depuis dix-sept ans. Il connaît donc toutes les procédures et ficelles du métier. Il décrit avec une extrême minutie le déroulement des enquêtes, minute par minute. Le lecteur a l’incroyable impression d’être au coeur de l’action. Le style est vif, le rythme rapide. La plume de l’auteur fuse et nous emporte avec elle. Impossible de décrocher ! Chaque étape du raisonnement du capitaine Coste et de sa brigade est donné, l’auteur n’omet rien, il est d’une transparence totale avec son lecteur. Ainsi l’on suit pas à pas les avancées de l’enquête. Le fait qu’Olivier Norek soit un initié confère à ces romans une certaine légitimité. Il peut donc se permettre de dénoncer les dérives du système politico-judiciaire, tout comme les conditions précaires dans lesquelles travaille la police. Il y a un côté instructif dans Surtensions que je ne m’attends pas forcément à trouver en terme général dans un polar. L’aéroport du Bourget, par exemple, est une plateforme tournante de la criminalité en tout genre. Les malfrats peuvent s’y déplacer et y faire circuler tout un tas de marchandises dans l’impunité la plus totale. La série policière d’Olivier Norek tient plus du thriller que du roman policier. La tension monte et le suspense dans les cent dernières pages est à son paroxysme.

La brigade nommé Crime 1 est composée du capitaine Victor Coste – flic plutôt beau garçon, la quarantaine cheveux poivre et sel, des yeux bleus – qui s’implique dans les affaires jusqu’à ne plus distinguer la frontière entre une affaire et la victime. À la fois ferme et humain, il éprouve une affection réelle pour ses coéquipiers avec qui il partage bien plus que le boulot. L’unique femme de l’équipe est Johanna de Ritter. Mère de deux enfants et épouse dans la vie de tous les jours, son physique solide et l’attention qu’elle porte à ses collègues en font un excellent flic. Sam le geek et Ronan le second de Coste complètent l’équipe. En filigrane nous suivons la relation amoureuse qui lie notre capitaine indécis à Léa Marquant, la jolie médecin légiste.

Surtensions dénonce la surpopulation carcérale et la pauvreté du système politico-judiciaire 

Qui mieux qu’Olivier Norek peut se permettre de tirer à boulets rouges sur notre système judiciaire défaillant ? En effet, Surtensions lève le voile sur les conditions de vie en prison. Entre la surpopulation carcérale, la violence et le laissez-faire des administrateurs, les prisons se révèlent être des terreaux fertiles pour la récidive. Olivier Norek pointe le doigt là où ça fait mal et le réalisme de ses descriptions peut en choquer plus d’un. On apprend avec stupéfaction que les gardes ferment les yeux sur les violences physiques et les viols entre codétenus. Qu’il est possible de fumer des joints en prison en toute impunité. Autant de délits passibles de prison et pour lesquels la plupart se retrouvent justement sous les verrous sont paradoxalement autorisés dans ces mêmes prisons. J’ai cru halluciné en lisant la description faite par Olivier Norek du centre pénitentiaire de Marveil. Un de mes passages préférés est sans aucun doute le braquage enfantin de la salle des scellés qui aurait pu être effectué par un amateur. Ainsi, l’on apprend qu’il est possible d’entrer dans le Tribunal de grande instance de Bobigny comme dans un moulin. Des criminels notoires sont remis en liberté sans que la justice n’y voit de réels inconvénients.

Conclusion

Je pense que vous l’aurez compris, j’ai adoré Surtensions. Le réalisme des descriptions et des situations en font un polar de haute voltige. J’émettrais juste une suggestion, j’aimerais qu’Olivier Norek mette encore plus l’accent sur la brigade. Les liens entre les différents membres mais également ce qui fait leur spécificité au sein de l’équipe. Je me suis procurée les deux premiers tomes que je vais pouvoir dévorer comme cela a été le cas avec Surtensions. Je suis ravie d’avoir découvert cet auteur qui j’espère va continuer sa carrière d’écrivain. Sa reconversion est on ne peut plus réussie !!

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