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La société des faux visages, Xavier Mauméjean : psychanalyse & illusion

25 novembre 2017
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Il faut une bonne dose de culot pour imaginer une enquête menée tambour battant par un duo, pour le moins surprenant, composé du père de la psychanalyse Sigmund Freud, fraîchement débarqué à New-York en 1909, ainsi que de l’illusionniste Harry Houdini. Née de la fascination de l’auteur pour la culture américaine, cette enquête rocambolesque réunit deux hommes passés maîtres dans la pratique de leur discipline. Disciplines, comme le souligne judicieusement Xavier Mauméjean, complémentaires. Si Sigmund Freud est passé maître dans l’art de s’introduire dans l’esprit de ses patients pour en analyser les pensées les plus secrètes, Harry Houdini doit sa notoriété à son habileté à s’extraire des lieux les plus insolites sous les hourras d’une foule subjuguée par ses exploits d’homme acrobate. Un richissime homme d’affaires new-yorkais, dont le fils a disparu, fait appel aux services de nos deux experts, dont les compétences en matières d’investigation restent encore à prouver. Xavier Mauméjean orchestre une rencontre improbable entraînant le lecteur dans une course effrénée à travers les dédales des rues de New-York, des bas-fonds à l’aristocratie de Manhattan. On décèle une nette influence holmesienne, le charme fou de ce court roman tient plus à la personnalité des deux enquêteurs qu’à la résolution de l’énigme. L’auteur signe un roman savoureux, une lecture cocon qui se boit comme du petit lait et sans modération ! Cette lecture découverte au gré de mes pérégrinations livresques avait tout pour me plaire, l’analyse freudienne structure le roman et l’auteur en marge de l’enquête distille des fragments de l’histoire américaine nourrissant ce sentiments d’attraction répulsion pour une nation capable du meilleur comme du pire.

Freud / Houdini : un duo de choc 

Le duo d’enquêteurs Freud / Houdini n’est pas sans rappeler le cultissime duo Holmes / Watson. Nous sommes en 1909, Sigmund Freud a quitté le vieux continent pour donner une série de conférences aux États-Unis portant sur « l’analyse de l’esprit ». Discipline ne portant pas encore le nom de psychanalyse et souffrant d’un accueil hostile de la part du grand public ainsi que du corps médical. Harry Houdini, quant à lui est au sommet de sa gloire, il vient de réaliser un de ses tours les plus prestigieux, se libérant des chaînes le maintenant suspendu tête en bas au sommet de l’Hélios Building sous l’oeil ébahi du public venu l’acclamer. Les deux hommes que rien ne prédestinait à se rencontrer se retrouvent mêler à une histoire de disparition. La clé de l’énigme réside dans les concepts freudiens, du conscient, du subconscient et de l’inconscient habilement imbriqués. Dès lors, nos deux enquêteurs devront faire preuve d’ingéniosité et mobiliser leur capacités d’analyse et d’interprétation pour tenter de percer le mystère de cette disparition. Le moindre indice à la disposition du duo revêt une signification symbolique qu’il leur faudra déchiffrer. Xavier Mémaujean saisit l’occasion pour pratiquer une analyse freudienne sur Harry Houdini, quels secrets familiaux ses tours de prestidigitation révèlent-ils de lui ? Le lecteur pour son plus grand plaisir s’immisce dans les méandres de l’esprit du grand Houdini.

Plongée au cœur de la culture américaine : entre fascination et répulsion

Xavier Mauméjean laisse s’exprimer sa fascination pour les États-Unis, capables du meilleur comme du pire. Le mythe américain s’est érigé sur cette dualité source d’admiration mais également son corollaire de répulsion. Tout est dans le démesure, des excès en tous genres. L’auteur fait état d’une société du spectacle à ciel ouvert cachant des cadavres dans ses placards. C’est le cas de le dire avec la découverte en 1893 du château des horreurs. En marge de l’exposition universelle – vitrine de l’excellence américaine, le Dr. Henry Howard Holmes ouvre un hôtel à Chicago afin d’accueillir les visiteurs venus nombreux admirer le fleuron de l’architecture américaine. L’hôtel cachait en réalité un véritable musée de la torture truffé de cachettes, trapes secrètes, portes coulissantes, passages secrets, salles de torture et autres réjouissances. Le bilan de ses victimes a été estimé à deux cents individus, principalement des femmes. Xavier Mauméjean souligne également que la gestion des parcs d’attraction américains a inspiré celle des camps de concentration… Il ponctue son récit d’anecdotes, dressant un portrait au vitriol de la nation américaine à mettre en perspective avec les États-Unis aujourd’hui.

Conclusion

Lu en une journée, dire que j’ai apprécié le roman de Xavier Mauméjean est un euphémisme, je l’ai tout simplement dévoré. L’auteur a su manier mots d’esprit et ironie tout en construisant une intrigue bien ficelée dont on aimerait ne jamais parvenir au bout. Le duo d’enquêteurs fonctionne à merveille. On en viendrait même à demander une suite des aventures de Freud et Houdini 😉 . À bon entendeur.

>>> RENTRÉE LITTÉRAIRE 2017 (#RL2017)

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