ROMANS

Silens moon, Pierre Cendors : la passion comme ultime raison d’exister

22 avril 2019
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Dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, l’atmosphère est crépusculaire. Les âmes errent, les êtres disparaissent sans jamais réapparaître, laissant derrière eux un faisceau de présomptions et mille interrogations. Le temps est suspendu, l’issue connue. Et dans cet univers mortifère, certains font le choix de se taire. Nada Neander est de ceux-là. Cette femme mystérieuse à la beauté sculpturale, les cheveux et les yeux d’un noir de jais et l’ovale du visage d’une blancheur immaculée, qu’Hern Heimlicht surprend dans le reflet d’un miroir, a fait vœu de silence. Elle sait que le temps lui est compté et son destin scellé. Au Mirador, chaque soir elle chante sur scène, puis retrouve sa loge et sa solitude. C’est dans cet établissement mystérieux que Pierre Cendors tisse son intrigue. Hern Heimlicht et Nada Neander s’aimeront à leur façon, en silence et avec violence. Comme si chaque instant était le dernier. Dès lors que la nuit, témoin de leurs amours, s’achève et le jour se lève, tout est effacé et lorsque la nuit point, il leur faut tout recommencer. S’apprivoiser, explorer l’autre, le goûter et le posséder avec férocité, se donner entièrement pour atteindre le vertige de l’amour, le point culminant où le temps cesse de s’écouler, le souffle est coupé, les yeux trahissent une lueur de détresse aussitôt supplantée par l’ivresse. Retrouver l’espace d’un instant la sensation d’être en vie, les veines irriguées par un sang bouillonnant, le cœur palpitant. La sporadicité de leurs rendez-vous décuple l’intensité de leurs étreintes. Les amants s’y rattachent avec la ferveur des naufragés se cramponnant à un rocher pour éviter de sombrer. Hern Heimlicht puise dans cette passion l’ultime raison d’exister, lui qui vivait retiré de la réalité. Silens moon est un roman sombre et lumineux, doté du charme suranné des films en noir et blanc. Une danse funèbre interprétée par deux êtres esseulés que l’espoir a quittés. D’une écriture cristalline, Pierre Cendors fait d’une passion le dernier sursaut avant l’effondrement et nous livre un roman à l’esthétique travaillée.

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