COUPS DE COEUR POLARS

Quand sort la recluse, Fred Vargas : son meilleur polar !

16 mai 2017
booksnjoy - quand sort la recluse - fred vargas

La sortie d’un nouveau Fred Vargas c’est toujours un événement 🙂 Alors pour la sortie de Quand sort la recluse, je me suis précipitée en librairie me le procurer et une fois rentrée l’ai littéralement dévoré ! J’ai adoré ce polar et sans préambule j’annonce qu’elle a signé ici son meilleur ouvrage. Évidemment, comme toujours mon avis est purement personnel. Donc si vous restez sceptique face à mon engouement pour ce roman policier, je n’ai qu’un chose à vous conseiller, lisez-le ! Tous les ingrédients inhérents à l’univers si particulier de Fred Vargas sont présents. Et la magie opère. Celle à qui l’on attribue la création d’un nouveau genre littéraire, le rompol, mobilise toutes ses connaissances historiques, archéozoologiques et médiévales au service de l’enquête du commissaire Adamsberg. Pour tous ceux qui souhaitent découvrir l’univers de Fred Vargas et ce que l’on entend par rompol, je vous conseille de commencer par cet article : La série du commissaire Adamsberg, Fred Vargas.

Résumé

« – Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.

– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle. 

– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue ?

– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés. 

– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse ? »

Flammarion

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Une enquête déroutante et riche en rebondissements !

Fred Vargas dans son ouvrage Quand sort la recluse s’est surpassée en matière d’inventivité. Figurez-vous que l’arme utilisée par le bras vengeur n’est autre qu’une araignée, « la recluse », également connue sous l’appellation scientifique Loxosceles rufescences ou encore « araignée violon » en raison de la forme de son corps. Seul petit bémol, celle-ci est non agressive, non attaquante et solitaire. Son venin n’est pas mortel sauf si la personne mordue est âgée et dispose d’un système immunodéficient. De plus, d’après les calculs effectués par un infâme arachnologue censé éclairer la lanterne de notre cher commissaire Adamsberg, il s’avère qu’il ne faudrait pas moins de vingt-deux recluses pour tuer un homme. En espérant que celles-ci mordent et acceptent de vider la totalité de leur poison sur la personne en question. Prouesse intéressante mais qui au demeurant semble inconcevable ! Néanmoins, les cadavres s’accumulent et le mode opératoire reste inchangé. Les agents vont devoir redoubler de patience et d’intelligence pour voir à travers les brumes de cette enquête, tout sauf évidente. Les écueils, culs-de-sacs, fausses pistes seront nombreux. L’enquête sur cette mystérieuse recluse va suivre une trajectoire sinueuse au gré des « proto-pensées » du commissaire.

Une brigade hors norme où chacun laisse s’exprimer sa singularité

Petite piqûre de rappel pour ceux qui avaient oublié le caractère extravagant de cette brigade atypique.

  • Danglard compense son manque de forme physique par un savoir encyclopédique et une élégance à  toute épreuve.
  • Veyrenc, à la chevelure bigarrée, vient du même coin des Pyrénées que le commissaire et partage un secret d’enfance avec celui-ci. Héritage de famille, il versifie à longueur de journée.
  • Voisenet, qui est au demeurant un très bon flic, a vu sa carrière en ichtyologie contrariée par son père. Ainsi il voue une passion peu commune aux poissons d’eau douce, jusqu’à ramener au commissariat dans Quand sort la recluse une murène de l’Atlantique à robe marbrée ! 😉
  • Retancourt est une surfemme. Dotée d’un physique hors norme, elle a appris à apprécier le commissaire et est devenue un véritable pilier pour celui-ci.
  • Froissy tout comme Mercadet est extrêmement douée en informatique. Sa peur de manquer de nourriture la pousse à cacher un peu partout dans la brigade des conserves, pâtés, terrines, charcuteries, fromages, biscuits…
  • Mercadet est un excellent informaticien hypersomniaque. En effet, incapable de se maintenir éveillé plus de trois heures consécutives, celui-ci fait des « siestes » dans une pièce aménagée spécialement pour lui.
  • Estalère est le candide de la brigade. Il voue un culte au commissaire et à Retancourt. Son unique compétence réside dans sa capacité à se rappeler les goûts de chacun en matière de café.

Un brigade divisée sous hautes tensions 

La Brigade criminelle de Paris, située dans le 13e arrondissement et dirigée par le commissaire Adamsberg est dans cet ouvrage plus que jamais en proie à des tensions internes. Les discordes, présentes dans les précédents ouvrages, ne font que s’amplifier sous la houlette du commandant Danglard. Les vingt-sept agents se répartissent généralement selon un clivage net entre les cartésiens et les « pelleteurs de nuage ». Les cartésiens réclament des éléments tangibles justifiant du bon fondement d’une enquête. Leur chef de file est le commandant Adrien Danglard. Les « pelleteurs de nuage » quant à eux suivent Adamsberg dans les méandres de ses pensées obscures et nébuleuses. En effet, le commissaire ne réfléchit pas à proprement parlé mais laisse venir à lui des sortes de « proto-pensées » qu’il compare à des bulles de gaz présentes dans son cerveau. Cette manière d’investiguer n’est pas au goût de tous les membres de la brigade. Ceux-ci y voient au mieux une certaine originalité, au pire une manifestation de l’incompétence du commissaire. C’est dans ce climat délétère au sein de la brigade que le commandant Danglard va provoquer une véritable scission et mettre à mal l’autorité d’Adamsberg. L’étroite amitié qui lie ces deux hommes sera malmenée. Portant une affection particulière au commandant Danglard, celui-ci m’a beaucoup manqué dans ce roman…

Quand sort la recluse accorde plus d’importance aux affects que les précédents ouvrages de l’auteure. On en apprend plus sur la vie personnelle des membres de la brigade. Le commissaire se devra même d’interférer dans la vie personnelle d’un de ses agents afin de le protéger d’une menace extérieure. Le retrait du commandant Danglard est compensé par les liens plus étroits qui se tissent entre Adamsberg et Veyrenc – qui se sont connus étant enfants. Le lieutenant Violette Retancourt, qui avait été d’un grand secours dans Sous les vents de Neptune, occupe une place de plus en plus importante au fil des enquêtes, et ce, pour mon plus grand plaisir. J’apprécie particulièrement Retancourt qu’Adamsberg compare à une déesse dotée d’une résistance peu commune.

Un polar légendaire et animal 

Les animaux occupent une place centrale chez Fred Vargas. Quand sort la recluse ne fait pas figure d’exception. D’ailleurs, lorsque Fred Vargas sur le plateau de La grande Librairie est interrogée par François Busnel sur cet élément si particulier, elle élude la question. Et finit par répondre que c’est certainement parce que les animaux sont partout. Réponse peu satisfaisante me direz-vous quand on sait qu’Adamsberg s’est tout de même lié d’amitié avec un sanglier dans Temps glaciaires. Je pencherais plus pour une déformation professionnelle puisque l’on se souvient que Fred Vargas est archéo-zoologue de formation 🙂

La Boule – chat neurasthénique et impotent – a élu domicile sur la photocopieuse de la Brigade. Il refuse de se déplacer pour se nourrir obligeant ainsi le lieutenant Retancourt à le porter trois fois par jour jusqu’à sa gamelle. Dans Pars vite et reviens tard, le plus connu de ses polars, des rats porteurs du bacille de la peste envahissaient Paris et semer la terreur dans la capitale. L‘Homme à l’envers, mettait en scène la menace de loups-garous menaçant la population d’attaques violentes. Dans les bois éternels, Fred Vargas se concentre cette fois sur les bovidés et les cervidés. Tout au long du roman policier Sous les vents de Neptune, les membres de la brigade feront sans cesse référence aux crapauds tandis qu’Adamsberg fera une obsession sur un poisson marin. Cette liste non exhaustive est interminable. Dans son dernier ouvrage, ce sera la recluse ou araignée violoniste.

Les références aux légendes, mythes, croyances du Moyen-Âge sont constantes. Le terme de recluse a été l’occasion pour l’auteure de jouer sur le côté animal et légendaire. Puisque la recluse ne fait pas uniquement référence à l’animal mais bien à une certaine figure féminine appartenant à ce qui nous semble être une autre époque. Fred Vargas jongle en permanence entre les récits légendaires appartenant à l’imaginaire collectif et la réalité quotidienne de la brigade.

Conclusion

Je le redis Quand sort la recluse est tout simplement excellent ! Alors que j’ai tendance chez Fred Vargas à mettre au second plan l’enquête pour me concentrer sur les interactions entre les agents de la brigade, Quand sort la recluse fait figure d’exception. L’intrigue est déroutante et parfaitement maîtrisée. Découvrir une facette plus personnelle de la brigade et de ses membres renforce l’attachement que l’on a pour les personnages. Le talent de l’auteure s’est pleinement exprimé à travers cet ouvrage et on ne peut que lui demander de ne pas s’arrêter en si bon chemin et de continuer à nous émerveiller.

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