ROMANS

Pactum salis, Olivier Bourdeaut : rentrée littéraire d’hiver 2018 (#RL2018)

3 février 2018
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Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Olivier Bourdeaut était attendu au tournant avec ce second roman. Il est délicat pour un auteur qui a connu un succès retentissant avec son premier roman – En attendant Bojangles – de satisfaire les exigences de ses lecteurs. Dans le cas d’Olivier Bourdeaut, cette pression s’est traduite par un excès de zèle. À la lecture de Pactum salis, j’ai observé un phénomène singulier, le style de l’auteur s’est modifié. En attendant Bojangles était porté par une plume déliée, qui permettait à l’auteur de sublimer le tragique d’une situation familiale chaotique, tout en conférant au récit une dimension extrêmement touchante. Les scènes n’étaient que plus poignantes du fait même de cette concision stylistique. Pactum salis est le miroir inverse d’En attendant Bojangles. Olivier Bourdeaut déploie la panoplie de l’écrivain modèle, accumulant les effets de style. Le lecteur assiste à une surenchère du mot bien tourné et de la phrase qui claque. Ce n’est pas péjoratif, puisque j’ai apprécié la lecture de ce roman, mais je déplore le manque de fluidité de l’œuvre. Le roman semble fabriqué, un brin artificiel. Il pêche par manque de naturel et de vraisemblance. La langue est plus lourde que le précédent, trop recherchée. Un décalage s’installe au fil des pages entre la plume de l’auteur et le sujet traité. Les deux romans offrent un contraste saisissant. Toutefois, une distinction entre le fond et la forme s’impose. L’histoire en elle-même s’avère plutôt réussie. Olivier Bourdeaut imagine une histoire d’amitié entre deux hommes aux antipodes l’un de l’autre. L’un, ayant fui la capitale pour devenir paludier dans les marées salants de Guérande. L’autre, agent immobilier fortuné un peu paumé. La rencontre improbable entre les deux hommes se mue en une sincère amitié totalement barrée.

Où est passée la plume d’Olivier Bourdeaut ?

Olivier Bourdeaut nous avez émerveillés avec En attendant Bojangles. Il avez alors imaginé une famille dansant sur le rythme endiablé de « Mr. Bojangles » interprété par Nina Simone. Un petit garçon et un mari prêts à tous les sacrifices pour répondre aux caprices d’une femme atteinte de folie. L’auteur jouait avec les sonorités, livrant un roman musical. Olivier Bourdeaut nous avait offert un conte à la fois tragique et poétique. Émotion garantie ! Ce qui lui avait valu de rafler un certain nombre de prix. Avec Pactum salis, l’auteur signe son grand retour. Hélas ! Je ne peux pas vraiment dire que l’engouement soit au rendez-vous. Comme je l’ai indiqué plus haut, l’auteur a opéré un virage à 180 degrés d’un point de vue stylistique. En ce qui me concerne, c’est une légère déconvenue. Autant En attendant Bojangles était pétillant, autant Pactum salis s’avère un brin pesant. Les dialogues sont l’occasion pour l’auteur de réaliser un exercice de style, tirés au cordeau, ils en deviennent caricaturaux. On assiste à des joutes verbales peu plausibles dans la réalité. Le grotesque atteint son paroxysme avec le personnage d’Henri. Ancien ami de Jean et ivrogne notoire, soit disant passant, Henri est un personnage tout droit sorti d’un Tex Avery. Leur amitié se soldera par un combat au fleuret en conclusion d’un diner bien arrosé…

Un roman qui s’annonçait prometteur…

Je déplore d’autant plus ce revirement stylistique que tous les ingrédients étaient réunis pour faire de ce second roman un pur moment de plaisir. Le décor des marais salants de Guérande est propice au dépaysement. N’ayant jamais lu d’ouvrages à ce sujet, j’étais ravie de découvrir le quotidien des paludiers. J’ai trouvé le personnage de Jean plutôt réussi. Le jeune homme qui décide de quitter Paris pour se lancer dans un métier manuel en lien avec le milieu naturel est une idée intéressante qui aurait pu être davantage développée. La façon qu’on les deux hommes de se chercher prête à sourire. Tous les opposants, chacun fait preuve d’une certaine maladresse. Je m’attendais à découvrir un roman sur l’amitié masculine, malheureusement celle-ci est traitée en superficialité.

Conclusion

Si vous n’avez encore jamais lu Olivier Bourdeaut, je vous conseille de vous précipiter sur son premier roman ! Toutefois, et cela n’engage que moi, vous pouvez faire l’impasse sur celui-ci 🙁 J’espère que le prochain sera l’occasion de renouer avec le style de son premier.

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