ROMANS

Mousseline la Sérieuse, Sylvie Yvert : les mémoires apocryphes de la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette

6 mai 2017
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En rédigeant les mémoires apocryphes de « Mousseline la Sérieuse », surnom donné par Marie-Antoinette à sa fille, Sylvie Yvert réhabilite un illustre personnage de l’Histoire de France injustement jeté aux oubliettes. À partir des feuillets laissés par Marie-Thérèse-Charlotte de France à la prison du Temple, dont elle sera la seule survivante, l’auteure se lance dans la rédaction de son journal fictif. Le résultat est savoureux ! De par son érudition et sa connaissance précise de cette période particulièrement instable politiquement, Syvie Yvert nous entraîne dans une biographie dense et surprenante. Pléthore de textes, mémoires, écrits, fictions, biographie ont pour objet le couple royal tombé sous la guillotine. Néanmoins, celle qui leur survécut jouit d’une notoriété moindre. Celle que l’on surnomme « Mousseline la Sérieuse », vécut de 1778 à 1851. Elle naquit sous la monarchie, vécut son abolition et perdit tous ses proches. Elle connut trois révolutions, la République, l’Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet, une Seconde République pour enfin s’éteindre un an avant la promulgation du Second Empire ! Il était temps de se plonger dans la vie tumultueuse et jalonnée d’épreuves de « Madame Royale ».

 

Résumé

Marie-Antoinette, sa mère, la surnommait « Mousseline la Sérieuse ». Et en effet, Marie-Thérèse-Charlotte de France ne se départit jamais d’une certaine tristesse, d’un goût pudique pour la solitude. Est-ce d’avoir vécu tant d’épreuves ? L’irruption brutale de la Terreur révolutionnaire dans une enfance dorée, l’exécution de ses parents, la mort de son jeune frère Louis XVII… Tellement de souffrances accumulées dès le début de son existence. Elle seule survécut à la prison du Temple, fut bannie, vécut 73 ans et trois révolutions. Les pages les plus tourmentées de l’Histoire de France s’écrivirent sans elle : c’est ce affront qu’elle lave ici, l’encre de ses larmes.

Éditions Héloïse d’Ormesson et Pocket

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Repères chronologiques 

La vie de l’ainée de Marie-Antoinette et de Louis XVI s’étend de la fin du 18ème siècle jusqu’à la moitié du 19ème. Étant une période riche en événements historiques et en révolutions, je me suis dit qu’une piqûre de rappel ne ferait de mal à personne 😉

  • 4 sept. 1791 : Louis XVI prête serment à la Constitution, cela marque le début de la monarchie constitutionnelle
  • 10 août 1792 : Prise des Tuileries, chute de la monarchie et suspension de Louis XVI
  • 1792-1804 : 1ère République
  • 9 Nov. 1799 : coup d’État du 18 brumaire début du Consulat
  • 1804 : proclamation de l’Empire, Napoléon Bonaparte Empereur des français 
  • 1814 : abdication de Napoléon Bonaparte – Restauration des Bourbons
  • 20 mars 1815 – juil. 1815 : les Cent-jours, second règne impérial de Napoléon 1er
  • 1815 – 1830 : Seconde Restauration – Louis XVIII revient sur le trône puis lui succédera Charles X
  • 27/28/29 juillet 1830 : Trois Glorieuses
  • 1830 – 1848 : monarchie de Juillet – avénement de Louis-Philippe
  • 1848 – 1851 : Deuxième République
  • 1852 – 1870 : Second Empire – Napoléon III
  • 1870 – 1940 : Troisième République

Contrainte à l’exil par trois fois, elle ne pourra rester indifférente à la succession ininterrompue de régimes politiques en France. Sa survie relève du miracle.

La réhabilitation d’une figure illustre et injustement évincée de l’Histoire de France

Son devoir de mutisme lié au maintien de son rang et sa discrétion naturelle, en ont-ils fait une « oubliée » de l’Histoire ? En effet, dès son plus jeune âge, « Mousseline la Sérieuse » adopta des attitudes d’adulte, lui conférant ainsi une certaine aura. Elle ne pourra se départir de l’image d’une jeune fille discrète et sérieuse. Le tragique des événements permet très certainement d’expliquer son manque d’insouciance pour une jeune fille de son âge. Elle connut un destin tragique marqué par la fin de la monarchie à l’âge de 10 ans, une captivité qui dura 3 ans. Elle dut faire le deuil de ses parents, mais également de son frère. Pendant près d’un an, on lui cacha la mort de ses proches. Elle vécut ainsi dans une totale incertitude quant à ce qui l’attendait. En proie à la tristesse, elle ne laissa rien paraître de son désarroi. Elle dut recevoir la fierté maternelle en héritage.

L’Histoire de France entrevue à travers le prisme de la subjectivité  

C’est sous la forme d’un journal retraçant les mémoires de « Mousseline la Sérieuse » que Sylvie Yvert a décidé de faire revivre cette femme. Je trouve que la singularité de l’oeuvre réside dans le choix fait par l’auteure de « prendre la plume à sa place ». Observer le cours de l’Histoire à travers les yeux d’une enfant, âgée de seulement 10 ans au moment de la Révolution, offre une nouvelle perspective. En guise d’avertissement, Sylvie Yvert précise que les mémoires sont fictives et construites à partir d’un « fragment de dix-huit feuillets qu’elle a rédigés en prison à l’âge de seize ans ». Même si se pose la question de la véracité et de l’authenticité des propos, il est indéniable que l’auteure maîtrise son sujet et s’efforce de coller au plus près du réel. Ces mémoires sont censés avoir été écrits en 1850, Mousseline la Sérieuse étant alors âgée de 70 ans. Par conséquent, son auteure nous relate des faits qu’elle a vécus tout en ayant en tête le cours implacable de l’Histoire. Marie-Thérèse-Charlotte de France n’ayant pas le don d’ubiquité et n’étant pas omnisciente, ce roman historique ne donne pas une vision exhaustive des événements. Je trouve cela à la fois intéressant mais également limitant. C’est frustrant pour le lecteur de rester cloîtré dans la prison du Temple auprès de la famille royale, sans que l’auteure ne décortique les rouages de la folie meurtrière de la Terreur officiant à l’extérieur. Finalement, on ressent la frustration qu’ont dû ressentir les membres de la famille royal bercés d’illusions quant à leur avenir. On ne voit pas de l’intérieur la montée en puissance de la folie meurtrière et vengeresse. Celle-là même qui conduira les monarques à l’échafaud. Finalement, en adoptant le point de vue limité de « Mousseline la Sérieuse », nous passons à côté de la fermentation des esprits qui conduisit à l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de France. Cette période est d’ailleurs particulièrement détaillée dans les biographies consacrées à Marie-Antoinette et Fouché réalisées par le biographe de génie Stefan Zweig. Je ne le cache pas l’écrivain autrichien est mon auteur préféré. 😀  Il dissèque avec virtuosité les tréfonds de l’âme humaine, en excluant toute sentimentalité. Il analyse, quasiment de manière clinique, les convulsions de ce pan de l’histoire. Je conseille à tous les lecteurs souhaitant obtenir plus amples informations sur cette période de lire ces deux biographies. Elles mettent en lumière les intentions de ceux qui mirent la France à feu et à sang sous couvert d’égalitarisme.

Des monarques « réhumanisés »  

Marie-Antoinette est passée à la postérité sous les traits d’une reine « écervelée, capricieuse et vaniteuse » au train de vie dispendieux. « Mousseline la Sérieuse » corrige le portrait de cette souveraine méprisée. D’autres auteurs se sont évertués à clamer son innocence concernant certaines affaires rocambolesques et comportements irresponsables que le peuple lui avait attribués. Dans Le Collier de la reine d’Alexandre Dumas ainsi que dans la biographie qui lui est consacrée par Stefan Zweig, elle apparaît comme la victime de sombres manipulations, ayant pour fin de la discréditer. On la découvre digne et fière face aux terribles épreuves auxquelles elle doit faire face. Il est d’ailleurs de notoriété publique, que ses geôliers tombèrent sous son charme. Les républicains les plus endurcis finirent par éprouver de la pitié et de l’empathie pour cette femme. Celle qui fut considérée comme une débauchée par le peuple français, se distinguera par son sang-froid. Les événements lui donneront l’occasion de se révéler à elle-même.

Louis XVI est présenté sous les traits d’un monarque bon et miséricordieux, dont la seule préoccupation réside dans le bien-être de ses sujets. La description réalisée fera certainement grincer des dents nombre de lecteurs. Cependant, rappelons-nous que nous sommes censés lire les mémoires de sa fille 😉  De plus, il faut rendre justice à ce monarque qui fut le moins violent de tous. Il refusera à chaque fois que l’occasion lui sera présentée d’utiliser la force pour endiguer les révoltes du peuple français. Il consentira à donner satisfaction au peuple et acceptera tous les compromis. Était-il doté d’une lucidité exceptionnelle quant à l’issue qui lui était destinée ? Ou tout simplement trop las pour chercher à contrecarrer les plans de ses oppresseurs ?

Une deuxième partie un peu décevante

La période qui s’étend de la prise de la Bastille à la fin de la captivité de « Mousseline la Sérieuse » est très agréable à lire. La seconde partie du roman historique qui porte sur la vie de princesse de 1795 à 1851 a été quelque peu fastidieuse à lire. Le fait de ne voir l’histoire qu’à travers les yeux de cette femme devient dérangeant puisque l’auteure n’aborde qu’en superficialité la période la plus agitée de l’Histoire de France. Alors que la première partie de l’ouvrage englobe 246 pages, la seconde partie n’a nécessité que 83 pages. Cette seconde partie ne m’a donc pas convaincue. Les propos sont redondants, surtout lorsque la narratrice évoque les raisons pour lesquelles elle donne l’image d’une femme froide et distante. Personnellement, j’aurais préféré que l’ouvrage se termine à la fin de la première partie. La deuxième partie n’apporte en réalité rien de nouveau et passe rapidement sur ce qui aurait du faire l’essence même de son propos.

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Conclusion

J’ai un avis quelque peu nuancé sur cet ouvrage retraçant la vie de « Mousseline la Sérieuse ». Alors que la première partie de l’ouvrage est dense et passionnante, la seconde partie a altéré l’enthousiasme que j’avais en lisant la première. Néanmoins, je conseille au lecteur de se procurer cet ouvrage et de s’y plonger, du moins jusqu’à la fin de la première partie. 😉 J’ai ajouté la photo d’un de mes livres préférés, auquel celui-ci m’a fait penser. Cet ouvrage n’est autre que la sublime biographie écrite par Stefan Zweig et consacrée à Marie-Antoinette.

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