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Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë : un amour damné (#chefd’œuvre)

30 septembre 2018
boosknjoy-Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë-chefd'œuvre-litterature anglaise victorienne-roman classique

Chef d’œuvre au pouvoir de fascination diabolique et à l’attrait magnétique intact depuis sa publication en 1847, Les Hauts de Hurlevent est le seul et unique roman écrit de la main d’Emily Brontë, qui s’éteignit un an plus tard. À sa parution, le roman mâtiné d’un parfum de scandale provoqua un tollé et fut qualifié de texte sulfureux à même de froisser les bonnes mœurs de la société victorienne. L’auteure y peint avec ardeur des êtres en proie à des passions violentes, voire gouvernés par celles-ci. Et en effet, près de deux siècles plus tard, le pouvoir d’évocation du récit reste inchangé ainsi que l’aura subversive dont il est auréolé. Sous les traits d’un héros au charme ensorceleur, pourvu d’un esprit démoniaque et à l’âme aussi noire que du charbon, une malédiction vient frapper chacun des membres d’une famille. Heathcliff est un enfant lorsqu’il est accueilli à Hurlevent par le maître. Oiseau de mauvaise augure, son arrivée sonne le glas de la paix dans le foyer. Tel un serpent, il distille son venin. Les mauvais traitements dont il fait l’objet aiguise sa soif de vengeance. Incapable de tempérer ses sentiments et animé d’un amour ardent, il jette son dévolu sur la fille de son protecteur. Faute de pouvoir sceller cette union, chacun se consumera, prisonnier d’un amour impossible qui brûle entre deux êtres chez qui l’orgueil prend systématiquement le pas sur toutes les émotions. Les Hauts de Hurlevent est une œuvre intemporelle. Emily Brontë nous raconte l’histoire cruelle d’une passion amoureuse destructrice qui emporte tout sur son passage. D’êtres frappés par le mauvais sort. Une force mystique, quasi fantastique émane de la figure de Heathcliff dont le pouvoir de nuisance semble infini. Les descriptions des landes anglaises brumeuses frappées par des vents violents sont sublimes. La plume de l’auteure rend compte avec une justesse rare du feu intérieur qui embrase des êtres tourmentés jusqu’à les consumer tout entier.

Chef d’œuvre classique et subversif

Du bourgeon de l’amour à l’enfer de la passion, Emily Brontë de sa plume fine explore les méandres du sentiment amoureux. Contrairement à sa sœur, Charlotte, Emily met en scène des personnages complexes aux personnalités multiples. Aucun d’eux n’incarnent la notion de vertu, ni de vice. Au contraire, à la manière d’un peintre impressionniste, elle dispose par touches les défauts et les qualités afin qu’aucun ne soit trop favorisé. Véritable Kaléidoscope des émotions. Influencée par des lectures gothiques, dans la veine du romantisme allemand, Emily Brontë dote son personnage principal des atouts du héros romantique. Soit un destin individuel construit en opposition au monde extérieur, une ambition féroce, un esprit de vengeance et une âme torturée. Heatcliff est mû par une rage contenue qu’il ne parvient que rarement à canaliser. Les personnages sont liés par le secret. Le mystère plane sur Les Hauts de Hurlevent. Le décor est sombre, la végétation luxuriante et inhospitalière est le reflet de la nature profonde de ceux qui la peuplent. Les vents violents soufflent sur la demeure isolée, quasi abandonnée à son triste sort. Sans qu’aucune présence extérieure ne puisse s’introduire dans ce drame familial, qui prend des allures de huis clos étouffant. La nature sauvage est propice à favoriser l’exaltation des passions. Toute sa vie, Emily Brontë éprouvera des difficultés à composer avec le monde extérieur. Après une tentative veine de quitter le foyer familial, elle reviendra auprès de ses sœurs et de son frère reprendre son existence calme et monotone dans le presbytère de son père. La sauvagerie de son caractère et son besoin de vivre retirée du monde ont certainement joué un rôle prépondérant dans sa façon de décrire le déchaînement des passions. Lectrice assidue des textes de son époque, elle a été marqué par ses contemporains et la dimension fantastique de leurs écrits. Jusqu’à elle-même imaginer une histoire aux accents de tragédie où la folie prend le pas sur la raison. Décédée un an après la publication de son unique roman, elle laisse derrière elle un texte fascinant. Les Hauts de Hurlevent ne cesse de s’enrichir, d’offrir des perspectives nouvelles en le relisant. Il est d’ailleurs toujours étonnant de s’apercevoir qu’un même texte lu à des périodes éloignées dans le temps aura un écho différent.La première fois je n’avais pas su saisir la noirceur des personnages. La violence de leurs tourments et la puissance narrative de l’œuvre d’Emily Brontë. Bien qu’elle-même ne connaîtra rien des sentiments ardents qui animent ses personnages et vivra recluse dans un environnement cloisonné la protégeant du danger des passions. Cette imaginaire débordant serait alors le fruit de ce repli désiré de son vivant. Une chose est sûre, elle signe une œuvre magistrale, considérée par tous comme un classique de la littérature anglaise de l’ère victorienne. Époque littéraire que j’affectionne particulièrement et qui a su nous donner les plus grandes auteures féminines de la littérature anglaise.

Conclusion

Les Hauts de Hurlevent est une œuvre époustouflante qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Non pour se targuer de connaître ses classiques (cela n’a aucun intérêt, vous en conviendrez 😉 ), mais parce que c’est s’offrir un moment hors du temps. Une immersion dans un décor hostile au charme envoûtant avec des personnages incroyablement riches émotionnellement. Chaque lecture est l’occasion de redécouvrir des aspects du romans auxquels on avait pu passer à côté. Je pense qu’après l’avoir lu cent fois, je pourrais encore déceler des subtilités qui m’avaient échappées. La plupart du temps, Les Hauts de Hurlevent est une lecture imposée à l’école. On y va en rechignant persuadé que la lecture sera plombante, tout en étant trop jeune pour appréhender toute sa complexité. Et c’est dommage. Je pense que c’est une lecture exigeante qui demande une certaine maturité pour ne pas en ressortir « dégoutté », mais au contraire être dans les bonnes dispositions pour goûter pleinement  sa beauté.

Si vous aussi vous avez été touchés par les écrits de la famille Brontë ou si vous avez des recommandations à me faire concernant des romans classiques et/ou gothiques, je suis preneuse et n’hésitez pas à me le notifier en commentaires. 😉

Si Les Hauts de Hurlevent vous a plu, laissez vous tenter par :

>>> Nord et Sud, Elizabeth Gaskell

>>> La salle de bal, Anna Hope

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