ROMANS

Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda : un manifeste écologique romancé

3 février 2019
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Écrit en 1992 et dédié à son ami Chico Mendes, féroce défenseur de l’environnement, dont Luis Sepúlveda partagea le combat, Le vieux qui lisait des romans d’amour est un texte à haute teneur écologique et politique. Chico Mendes sera assassiné pour ses idées avant de l’avoir lu, mais ce premier roman au succès retentissant restera comme l’expression d’un constat amère. Celui de la main mise de l’homme sur la nature. Son désir de se l’approprier, couper, raser, défricher, neutraliser tout ce qui fait obstruction à sa volonté. Jusqu’à en faire un désert aride, une terre calcinée dépourvue de vitalité. Antonio José Bolivar vit depuis plus de quarante ans à l’écart de la civilisation. Le village d’El Idilio – le choix du nom n’est pas dénué d’ironie – est secoué par la mort violente d’un chasseur blanc, retrouvé le corps lacéré par les pattes d’un fauve dont l’appétit a été aiguisé par l’intrusion de l’homme sur ses terres. Le maire, un homme ventripotent, en représailles organise une battue. Antonio José Bolivar, le fusil sur l’épaule, est contraint d’entrer dans la forêt pour traquer l’animal. Lui, qui pourtant aime se bercer de romans d’amour, qu’il dévore dans sa cabane retranchée. Loin du vacarme des chasseurs d’or et des colons attirés par l’exotisme des contrées. À travers le personnage du vieux, Luis Sepúlveda affiche un écœurement consumé face à la bêtise des hommes. Il revendique un écologisme éclairé, aux antipodes d’une posture anthropocentrée ayant pour corollaire une vision sublimée de la nature. Le village, où vit le vieux, n’a rien d’un coin de paradis. Il est exposé aux aléas climatiques et à la férocité des animaux sauvages. Le roman de Luis Sepúlveda est irrigué par la pensée qu’apprivoiser la nature, ce n’est pas la dompter, mais l’observer et comprendre le fonctionnement des lois qui la régissent. L’auteur chilien ne cherche pas à édulcorer la réalité mais au contraire à souligner son âpreté. À la représenter telle qu’elle est et telle que l’homme se doit de la respecter.

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