ROMANS

Le vent reprend ses tours, Sylvie Germain : l’impact des liens d’amitié dans la construction de l’identité

27 mai 2019
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Sylvie Germain s’applique dans ses romans à remonter le temps, à explorer le passé, les vies morcelées d’êtres inachevés, contraints de se construire sur des sables mouvants et de composer avec un passé fuyant qu’ils peinent à exhumer. Puisque même mis bout à bout, ces fragments n’offrent qu’un tableau incomplet de la réalité. Ses personnages, au contact d’un objet les projetant dans le passé, sont rattrapés par des réminiscences de l’enfance dans Magnus, ou de l’adolescence dans Le vent reprend ses tours. Ils se retrouvent acculés, en proie à un sentiment d’étouffement. Cette inertie paralysante puise sa source dans des situations traumatisantes. Manque, séparations, arrachement. Se réconcilier avec leur histoire, l’apprivoiser, devient l’unique moyen de s’en libérer. À la vue de la photo d’un vieil homme de quatre-vingts ans, la peau tannée et le visage buriné, figurant sur un avis de disparition, Nathan a le souffle coupé. Cet homme il l’a bien connu. Il a été déclaré mort il y a des années. Que signifie cet avis, preuve irréfutable de la survie de son ami à l’accident qui a failli leur coûter la vie ? Le passé et le présent se télescopent dans l’esprit de Nathan. C’est le cœur lourd d’avoir été floué qu’il part sur les traces de celui qui l’a tiré de sa léthargie et par son énergie avait su distiller dans sa vie un brin de magie. En enquêtant, Nathan exhume des pans terribles de la vie de son ami. Derrière les attitudes fantasques et les pitreries de Gabril, se dessine une vie faite de déracinements. En exil dans les rues de Paris, le saltimbanque multiplie les excentricités dans l’espoir de faire taire les voix de ceux qu’il a perdus et libérer son esprit des fantômes du passé. À travers le destin d’un homme contraint de quitter la Roumanie, Sylvie Germain non seulement explore la force des liens d’amitié et leur impact sur la construction de l’identité, mais parvient surtout à toucher du doigt la solitude des étrangers et des marginaux, qui peut-être sont plus enclins à percevoir la beauté là où d’autres ont perdu cette capacité.

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