COUPS DE COEUR ROMANS

La serpe, Philippe Jaenada : Prix Femina 2017 (#RL2017)

23 janvier 2019
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Rarement un auteur a autant mérité un prix, que Philippe Jaenada le Prix Femina en 2017 pour La serpe. La serpe c’est une enquête foutraque, formidable, 635 pages d’une lecture jouissive, menée tambour battant par l’auteur, lui-même. À mi-chemin entre Hercule Poirot et l’inspecteur Colombo, Philippe Jaenada ne brille pas par l’exactitude de ses recherches mais, fin limier qu’il est, par son acharnement à scruter les faits, la personnalité des acteurs, à renifler chaque indice aussi scrupuleusement qu’un chien truffier. Philippe Jaenada a trouvé son filon, déjà utilisé pour son précédent roman La petite femelle, qui lui avait valu un torrent d’éloges. Justicier un brin pataud, il se plaît à réhabiliter des individus supposés d’office coupables et victimes d’une enquête menée à charge. Henri Girard, qui troquera des années plus tard son patronyme, qui lui colle à la peau, pour celui de Georges Arnaud, est accusé en 1941 d’avoir trucidé à coups de serpe son père, sa tante et la bonne, au château d’Escoire. L’affaire défraie la chronique. Malgré l’acquittement, il restera aux yeux de tous le coupable idéal. Lui, l’enfant terrible, le « sale gosse », comme tout le monde se plaît à le qualifier. Capable de soutirer 100 000 francs à sa tante en fomentant son propre enlèvement. De parenthèses en digressions, Philippe Jaenada entend éclairer notre lanterne et élucider le triple meurtre. Ce n’est pas parce qu’on est un noceur infatigable, un adepte du tire à la carabine pour se calmer les nerfs et en faveur de l’égalité des sexes en matière de claques, que nécessairement on se défoule à coup de serpe sur sa famille… Une énième enquête, vous me direz ? Certainement pas ! La serpe est un petit bijou. Philippe Jaenada s’est vu reprocher d’être un auteur prolixe, le roi de la digression, du passage du coq à l’âne et du poney au hérisson, mais justement tout le charme de ce cluedo géant réside dans la volubilité de l’enquêteur amateur, les chemins détournés qu’il emprunte, et la drôlerie avec laquelle il se met en scène. Un pur moment de bonheur !

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