LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE ROMANS

Judas, Amos Oz : qu’est-ce qu’un traître ?

25 mars 2020
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« Tout le pouvoir du monde serait impuissant à faire d’un fanatique un modéré. » Et pour Amos Oz, grand écrivain israélien militant pour la paix, le traître n’est pas celui qui fait preuve de compromis, mais celui qui réfute toute forme de contestation. L’idéologie relevant de la tyrannie. Judas est un grand roman sur les différentes formes que revêt la trahison. Amos Oz revisite l’histoire biblique sous un angle nouveau et fait de Judas, non pas le plus grand traître de l’histoire, mais, le plus fidèle disciple du Christ, et du fanatisme le véritable acte de trahison. La petite et la grande histoire s’imbrique de manière admirable à travers un trio de personnages hétéroclite, dont les convictions reflètent l’étendue des contradictions d’un pays en construction. La cohabitation entre un vieillard – sioniste convaincu, brisé par la mort de son fils, qui a payé de sa vie sa contribution à la création de l’État Juif en 1948, Schmuel Asch – jeune étudiant érudit et pataud engagé pour lui tenir compagnie – et une veuve aussi attirante qu’insaisissable – son père, figure célèbre du mouvement sioniste était réfractaire à la politique de Ben Gourion, ses idées jugées déviationnistes, il fut évincé des instances décisionnaires et conspué par la majorité, va nourrir des conversations passionnées, où les points de vue de chacun sur la création d’Israël vont s’entrechoquer. Par le biais de leurs échanges, Amos Oz interroge la figure du traître à l’échelle de l’humanité et la fidélité aux idéaux. Construit selon une trame dialectique, Judas est un roman de formation dans lequel Amos Oz brasse des idées, des concepts théoriques, rhétoriques et théologiques, sans jamais tomber dans l’écueil d’un récit désincarné. Bien au contraire, les trois personnages sont en permanence traversés par des sentiments ambivalents. Tiraillés par leurs engagements, ils ressassent le passé à la recherche de quoi éclairer le présent. Certes Judas est un ouvrage didactique, qui offre une formidable clé de lecture du conflit israélo-palestinien, mais c’est aussi un très beau roman sur les passions humaines.


L’histoire se déroule en hiver, entre fin 1959 et début 1960. On y parle d’une erreur, de désir, d’un amour malheureux et d’une question théologique inexpliquée.

Qu’est-ce que Gershom Wald et Atalia Abravanel avaient à cacher ? Pourquoi tant de mystères ? Il était dévoré de curiosité et aurait voulu les harceler de questions, mais le chagrin secret de M. Wald et la froide réserve d’Atalia l’obligeaient à tenir sa langue.

Toute la puissance du monde ne suffirait pas transformer la haine en amour. On peut changer un adversaire en esclave, mais pas en ami. Tout le pouvoir du monde serait impuissant à faire d’un fanatique un modéré. Tels sont les problèmes existentiels de l’État d’Israël : convertir un ennemi en amant, un fanatique en tolérant, un vengeur en allié. Ai-je dit que la puissance militaire était inutile ?

[…]

– J’aurais perdu mon fils unique juste pour différer provisoirement la catastrophe qui, à votre avis, est inéluctable ? dit Gershom Wald.

L’histoire a souvent produit des individus courageux, en avance sur leur temps, qui étaient passés pour des traîtres ou des huberlulus.

[…]

Celui qui a envie de changer et qui aura le courage de le faire sera toujours considéré comme un traître par ceux qui ne sont pas capables d’évoluer, les poules mouillées qui ne comprennent pas et haïssent toute forme de nouveauté. Shealtiel Abravanel caressait un beau rêve, raison pour laquelle certains le dénoncèrent comme traître.


Pour aller plus loin…

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