ROMANS

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne : rentrée littéraire 2018 (#RL2018)

28 décembre 2018
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Les fureurs invisibles du cœur, c’est le tumulte intérieur que le narrateur mettra du temps à apprivoiser. La frustration de ne pouvoir se montrer tel qu’il est dans un pays aux mœurs arriérées, cadenassé par la religion qui empoisonne toutes les strates de la société. Irlande, 1940. Cyril Avery est un nourrisson lorsque sa mère, elle-même bannie de sa communauté pour avoir fauté, le confie à un couple de gens aisés. Il vit une enfance solitaire, ses parents adoptifs étant peu enclin à lui prodiguer de l’affection. Ces derniers ne cessent de lui asséner qu’il est une pièce rapportée. C’est une fois en internat, que Cyril prend conscience de la nature de ses désirs refoulés, de son attirance pour les hommes et de l’impossibilité de l’exprimer. Être homosexuel en Irlande à cette époque est considéré comme un péché. Et vaut à celui qui sera attrapé d’être enfermé et jugé comme un être dégénéré. À travers le destin de Cyril, John Boyne critique avec virulence l’Irlande catholique conservatrice. L’influence exercée par l’église et la manière insidieuse avec laquelle toute tentative de contestation est étouffée. Les êtres considérés comme déviants n’ont d’autre choix que de vivre dans la clandestinité, constamment traqués, à l’affût du moindre détail trahissant le secret qu’ils s’échinent à dissimuler. Il évoluent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Les filles-mères, quant à elles, sont considérées comme des pestiférées. John Boyne signe un récit initiatique touchant et dresse le portrait révoltant d’une société d’un anachronisme sidérant. Loin d’adopter une vision manichéenne, il souligne aussi bien la lâcheté dont Cyril fait preuve pour éviter que son secret ne soit divulgué, que le courage qu’il faut pour s’émanciper. Ainsi, malgré les situations inextricables dans lesquelles Cyril se met, entraînant ceux qui lui sont attachés, on ne peut qu’éprouver une profonde empathie pour cet être tiraillé, à la fois honteux de ce qu’il est, et animé d’un besoin vital de s’affirmer. Un ouvrage terriblement romanesque.

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