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Ecstasy and me, La folle autobiographie d’Hedy Lamarr : la bio sulfureuse du sex-symbol hollywoodien (Lecture d’été #3)

12 juillet 2018
booksnjoy - Ecstasy and me, La folle autobiographie d'Hedy Lamarr : la bio sulfureuse du sex-symbol hollywoodien (Lecture d'été #3)

« Autant le dire dès maintenant, dans ma vie, comme dans la vie de la plupart des femmes, le sexe a joué un rôle prépondérant. » Je vous le dis tout de go, l’incipit est à la hauteur des détails scabreux qui nous sont révélés. Sans préambules, la star nous plonge dans son intimité et sa vie sexuelle débridée. À cela, s’ajoute le fait que ce texte est auréolé de mystères. Puisque paru en 1966 aux États-Unis, il vient seulement d’être publié en France. Et c’est du lourd. Souvenez-vous, avant de devenir un sex-symbol, Hedy Lamarr a été révélée par le fil Extase, sorti en 1933, dans lequel outre gambader nue au milieu d’une forêt, elle mimait un orgasme à l’écran. De quoi mettre en émoi l’Amérique puritaine des années trente. Cette image sulfureuse lui est restée, et au vue de sa vie, semble tout à fait méritée. Mariée six fois, divorcée tout autant, enchaînant les amants à un rythme sidérant, dilapidant son argent – près de trente millions de dollars, Hedy Lamarr affiche une liberté décomplexée, loin de l’image de victime du star system hollywoodien. Bien que ruinée à la fin de sa vie, elle n’a jamais regretté le faste de sa vie d’avant. Sûre d’elle, l’actrice affectionne tout particulièrement son indépendance et entend diriger sa carrière comme elle l’entend. Elle connaît les ficèles de son métier et a toujours su les tirer pour mener à bien ses projets. Femme d’affaires avant l’heure, elle est une négociatrice hors pair qui a su faire plier les magnats du cinéma. À la fois mère aimante et amante insatiable, Hedy Lamarr est fascinante. Sa bio regorge d’anecdotes savoureuses. Elle se met littéralement à nu et n’omet aucun détails. On assiste à des scènes surréalistes racontées avec un détachement et un flegme sidérants. Elle évoque sans complexes sa vie sexuelle débordante, ses doutes, ses échecs et ses réussites. Sans complaisance, ni fausse pudeur, elle nous fait vivre à travers ses yeux une époque où tous les excès étaient permis. Où le sexe et l’argent étaient roi. Le parallèle avec les affaires qui secouent Hollywood est plus que tentant.

Hedy Lamarr, une femme de tête…

Cette époque charnière de l’âge d’or du cinéma hollywoodien a maintes et maintes fois était racontée mais les confessions d’Hedy Lamarr apporte cette note détachée qui manquait. Il suffit de lire les nombreuses biographies de Marilyn ou le roman Platine de Régine Detambel sur Jean Harlow, pour saisir l’ampleur de la machine à brasser de l’argent que fut l’industrie du cinéma du milieu du vingtième siècle. Hedy Lamarr semble avoir toujours su garder une certaine distance avec sa notoriété. Contrairement à celles qui furent broyées par le système et virent leur carrière stoppée net, Hedy Lamarr a su se préserver. N’étant pas de nature torturée, elle n’était pas obnubilée par l’image qu’elle renvoyait, ni emprisonnée dans une éternelle quête de la perfection. Elle avait conscience d’être belle mais n’en faisait pas grand cas. C’est cette distance, chez l’une des plus belles femmes du monde, que je trouve frappante. Être capable d’en user sans en abuser. Elle conserve en permanence la bonne distance. Ne se vexe pas inutilement. On sent chez elle une certaine légèreté. Un détachement qui la rend plaisante. Hedy Lamarr aime être aimée, mais ne s’en cache pas. Dans son autobiographie, elle se montre d’une sincérité surprenante. Elle revient sur sa rencontre avec le magnat du cinéma Louis. B Mayer, cofondateur de la MGM. Hedy Lamarr était alors fraichement divorcée de son premier mari, Fritz Mandl, un puissant fabricant d’armes en Europe, connu notamment pour avoir tenté de détruire toutes les copies du film Extase qu’il jugeait indécent. Ce dernier faisait preuve d’une jalousie maladive, allant jusqu’à suivre sa femme dans la rue et à enregistrer ses conversations. Certains souvenirs semblent tout droit tirés d’un film burlesque. Tel celui où Hedy Lamarr se retrouve à avoir une relation dans un bordel où elle s’était réfugiée pour échapper à son mari, ou le jour où elle sauta par la fenêtre pour ne pas être trouvée dans une situation embarrassante qui aurait prêté à confusion et nécessité des explications. Finalement, c’est déguisée en gouvernante qu’elle parviendra à lui échapper. Le divorce sera prononcé peu de temps après. Une fois les formalités réglées, elle embarque pour les États-Unis avec la ferme idée de décrocher un contrat avec la MGM tout en ne renonçant pas à ses revendications. Avant la fin de la traversée, Louis B. Mayer lui cédera. Il lui fabriquera par la suite une image de toute pièce. C’est ainsi que l’obscure Hedwig Kiesler laissera place à Hedy Lamarr, la beauté froide comme le marbre. Ce contrat annonce le début d’une carrière fulgurante. Contrainte au début de sa carrière de céder à certaines exigences, elle jouera dans un premier temps les rôles qui lui sont imposés, mais par la suite elle s’émancipera de la houlette du patron de la MGM. Maniant l’art de la manipulation à la perfection, elle finira par obtenir ce à quoi elle aspire, imposant même ses conditions. Malgré l’aura dont elle jouit, Hedy Lamarr a la sincérité de remettre en doute ses talents de productrice et reconnaît son manque de flair lorsqu’il s’agit de dénicher un scénario bankable. C’est cette capacité à garder les pieds sur terre et à se montrer flexible qui lui permit de ne pas sombrer, là où d’autres y ont laissé des plumes. D’ailleurs, cet aspect cérébral de la star, n’est malheureusement que traité en superficialité, à mon goût. Puisqu’il est de notoriété publique, que l’actrice concevait toutes sortes d’inventions. L’une d’entre elles n’est autre que l’ancêtre du wi-fi. Cette partie de sa vie est abordée de manière extrêmement brève dans la postface. C’est bien dommage, cela aurait mérité bien plus que quelques lignes en fin d’ouvrage.

…mais pas que

Le timing est amusant, puisque la sortie de cet ouvrage coïncide avec l’explosion à Hollywood du nombre de plaintes posées à l’encontre des pontes du cinéma, exerçant leur pouvoir despotique sur les actrices. Ce qui choque aujourd’hui, semble avec les mots d’Hedy Lamarr n’être qu’un des aspects avec lesquels il fallait composer. D’ailleurs, l’actrice ne cherche pas à dénoncer les pratiques sexuelles de l’époque, elle parvient à s’en accommoder. Flirtant avec ses prétendants, les repoussant si l’envie n’y était pas ou se laissant aller avec délectation. Le ton n’est jamais véhément. En la lisant, on finirait par croire qu’un simple non serait accueilli comme une fin de non recevoir.

Conclusion

Ecstasy and me est une lecture parfaite pour la plage. À la fois divertissante et bourrée de réflexions pertinentes, on passe un très bon moment en compagnie de celle qui fut considérée comme « l’une des plus belles actrices de monde ». Si vous souhaitez en découvrir plus sur la femme de science, notamment sur son rôle d’inventrice, je vous conseille d’écouter en podcast l’émission sur France Inter Autant en emporte l’histoire Hedy Lamarr, la plus belle femme du monde avait aussi un cerveau, qui lui est consacrée.

Si cet ouvrage vous a plu, je vous conseille :

>>> Platine, Régine Detambel

>>> L’émission Le Masque et la Plume du 17 juin 2018 😉

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