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La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose, Diane Ducret : autobiographie romancée

22 avril 2018
La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose, Diane Ducret : autobiographie romancée

Le dernier roman de Diane Ducret commence sur des chapeaux de roue. Les premières phrases donnent le ton. Piquant, drôle et grinçant. Les punchlines s’enchaînent. L’auteure s’attaque aux hommes et à leur petites lâchetés, met en doute leur faculté à donner et sa capacité à être aimée. À travers le destin d’Enaid – anagramme du prénom Diane – l’auteure nous parle sur un ton aigre-doux de blessures non cicatrisées. Diane Ducret signe une autobiographie romancée à l’humour décapant. Enaid est issue d’une famille dysfonctionnelle, d’une mère défaillante et d’un père aux abonnés absents. Elle est élevée par ses grand-parents. Née d’une mère au passé trouble, sa grand-mère s’est assignée la mission d’empêcher la jeune Enaid de devenir une traînée. Elle grandit dans un univers cloisonné, tout en étant avide de liberté. Elle la reprendra au fil des années. Attirée par des hommes torturés, sa soif de reconnaissance la conduit à accepter ce qu’elle aurait dû refuser. Enaid est prête à tout sacrifier à la seule perspective d’être aimée. Mon seul bémol réside dans le manque de parti pris de l’auteure qui m’a gêné. La question quant à la nature de l’objet reste en suspens. Quelle est la part de fiction et d’autobiographie ? Cette indécision n’est pas la seule. Le ton est tour à tour drôle et dramatique, pétillant et tragique. On est constamment dans un entre deux, comme si l’auteure avait voulu aborder un sujet sans toutefois trop se mouiller. Elle ne tranche jamais. J’aurais adoré qu’elle aborde son propos sous un angle différent, qu’elle nous expose ses blessures sans prendre de gants. Surtout que la vie de la jeune Enaid offre un très beau sujet de roman. Tous les ingrédients sont présents. Les anecdotes sont savoureuses. Le manque affectif dont elle souffre est palpable. Il aurait été intéressant de davantage fouiller le passé, révéler les failles de l’enfant abandonnée devenue une femme à la recherche de repères auxquels se fixer. Mon avis est donc mitigé, si j’ai passé un agréable moment de lecture, je n’ai pas su saisir le projet.

Une tragi-comédie

Le ton du roman est assez perturbant, l’humour sert de paravent. Diane Ducret a le sens du rythme, la phrase qui claque. Toutefois, sous le vernis, on entraperçoit une femme blessée. Dès le premier chapitre notre héroïne se fait quitter de manière cavalière, à grand renfort de phrases bidons, type « ce n’est pas toi c’est moi » ou encore « finalement je ne suis pas prêt à m’engager ». Il est bien loin le temps où l’on quittait une personne en la respectant, aujourd’hui un coup de fil c’est bien suffisant. Enaid se met à retracer le fil de son histoire. De son enfance mouvementée, à ses errances de femmes. Diane Ducret rembobine le film de sa vie. Tout commence le jour où après qu’ait éclaté une dispute entre ses parents, sa mère la dépose chez ses grand-parents. Ce seront eux désormais qui seront chargés de l’éduquer. Sa mère s’est envolée et son père ne pointe jamais le bout de son nez. Trop occupé lui dit-on. La jeune fille s’accommode de la situation. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Enaid a un don, celui de tout faire foirer. Un don un peu particulier, vous en conviendrez. Rien ne se passe jamais comment cela devrait. Dès lors, on expérimente avec elle tous les degrés de la liberté. Puisque si l’adolescence est une période agitée, lorsqu’on a été tenue écartée de tout pendant des années, elle devient la période de tous les excès. Enaid teste ses limites jusqu’à se mettre en danger. Grandir sans son père, ni sa mère n’est pas sans conséquence. Elle avance sur le fil du rasoir, comme attirée par ce qui l’attend si elle chutait. Elle frôle la mort en espérant être sauvée. Elle se met dans des situation périlleuses, dont elle finit par s’extirper péniblement. Malgré une activité cérébrale au-dessus de la moyenne, Enaid reste vulnérable. Échaudée par une histoire d’amour au dénouement grotesque, rien ne semble lui être épargné. Sa vie est jalonnée de petits couacs qui la font diverger de ce à quoi elle aspirait. Diane Ducret avance masquée. Puisque ce double littéraire que l’auteure a inventé, lui permet de parler plus librement de son passé. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les astres n’étaient pas alignés le jour de sa naissance. Pour moins, on serait dépassé. Le moindre événement prend des proportions démesurées. Ainsi, lorsqu’elle s’essaye à la danse, en plein milieu d’un ballet, il ne suffit pas à son collant de se filer, son justaucorps finira par craquer. Ce qui lui vaudra un passage éclair les fesses à l’air. S’essayant au piano, une activité hautement respectable, elle se retrouve à jouer l’air d’une chanson paillarde sous le regard éberlué de l’assistance. Et tout est comme ça avec Enaid. Le karma n’est pas de son côté. Il ne lui laisse pas une minute pour souffler. Pour autant le ton du roman n’est jamais larmoyant. L’auteure n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort.

Conclusion

Je suis partagée avec ce roman. La lecture est certes agréable, mais le projet manque de clarté. Je le conseille car je sais qu’il plaira. L’humour est au rendez-vous, le ton est enjoué malgré les difficultés, tous les ingrédients sont présents pour en faire un bon roman.Toutefois, je reste sur ma faim et ne suis pas pleinement convaincue. Je laisse à chacun le soin de se faire son propre avis 😉

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