LITTÉRATURE AMÉRICAINE SCIENCE-FICTION

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes : artificiellement intelligent, humainement défaillant

16 mai 2020
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« Toute ma vie jai eu anvi detre un télijen au lieu detre bète. » Grâce à une opération du cerveau, Charlie Gordon voit son vœu exaucé. D’handicapé il devient surdoué. Il est ainsi le premier homme rendu artificiellement intelligent. Un cobaye humain, outil d’une expérimentation ayant pour vocation de valider les conclusions de scientifiques persuadés d’être à l’aube d’une révolution. Avant lui, les essais cliniques ont été entrepris sur une souris – Algernon, avec qui il est mis en compétition pour tester ses facultés. L’opération est un succès. Le voile qui obscurcissait l’esprit de Charlie disparaît. Le monde devient intelligible, les mots sur lesquels il butait d’une impeccable clarté, les concepts les plus compliqués d’une simplicité confondante, sans parler des différentes langues qu’il se met à exercer. Certes son intelligence s’est accrue, Charlie Gordon moqué par ses amis et maltraité par sa famille, harcelé par sa mère horrifiée à l’idée d’avoir mis au monde un enfant différent, a laissé place à un homme brillant et sûr de lui, pourtant un sentiment de malaise l’étreint. Humainement il est contraint. Le jeune homme sympathique qu’il était s’est mué en un individu hautain, peinant à susciter de l’affection. Au regard de ses facultés, les autres lui paraissent limités. Ce qu’il ne manque pas de leur faire remarquer. Le rejet, qu’il imputait auparavant au fait d’être différent, persiste une fois Charlie devenu intelligent. Il est incapable de s’intégrer. Être un génie ne semble pas suffire pour s’attirer la sympathie des gens. L’amour et l’amitié ne sont pas des sentiments qu’il est possible de fabriquer artificiellement. Aucune opération ne sera en mesure de lui prodiguer la faculté d’être aimé. Alice, la psychologue qui le suit pendant cette expérimentation, est la seule femme qu’il aimera. Elle l’accompagnera lorsque la terreur le saisira. Charlie sait que son temps est compté, que ses facultés déclineront au rythme où elles ont progressé. Pour Algernon le processus a déjà commencé… Que lui restera-t-il une fois que tout ce qu’il a appris se sera évaporé ? Peut-être cette simple vérité : l’amour est un sentiment inné.

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