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Les derniers jours de l’émerveillement, Graham Moore : rentrée littéraire 2017 (#RL2017)

28 septembre 2017
booksnjoy - les derniers jours de l'emerveillement - graham moore

Après avoir décroché l’Oscar du meilleur scénario pour le film The Imitation Game, le talent de conteur de Graham Moore n’est plus à prouver. Il revient cette fois-ci avec un thriller électrique terriblement efficace ! Un contexte historique maîtrisé, une intrigue bien ficelée et des personnages complexes au talent indéniable sont les ingrédients du succès de Graham Moore. Les derniers jours de l’émerveillement est une fiction historique qui relate la bataille juridique entre deux pontes de l’électricité aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. L’électrification des États-Unis a donné lieu à une véritable « guerre des courants » opposant Thomas Edison, partisan du courant continu, à Georges Westinghouse, défenseur du courant alternatif. Ces deux génies, chacun à la tête d’un empire colossal, se livrèrent une lutte acharnée. L’enjeu est considérable, le gagnant deviendra l’unique distributeur d’électricité du pays. Pour l’épauler et défendre ses intérêts face au sorcier machiavélique, Georges Westinghouse s’adjoint les services d’un jeune avocat ambitieux fraîchement sorti de l’université. Paul Cravath, tout juste diplômé se retrouve plongé dans un monde de duplicité et de faux semblants où les coups bas, l’espionnage industriel, les mensonges et autres malversations sont monnaie courante. Il devra redoubler d’ingéniosité pour défendre les intérêts de son client tout en évitant d’y laisser sa peau.Véritable page turner, les rebondissements et retournements de situations s’enchaînent à un rythme effréné. Cette intrigue juridico-scientifique est également l’occasion de dresser une fresque historique et scientifique formidable. La fin d’un siècle d’innovations majeures, et l’avénement d’une nouvelle ère, celle du capitalisme financier où l’argent est roi. On assiste à un déplacement des motivations scientifiques et à des mutations sociétales colossales. Les changements idéologiques décrits sont les fondations sur lesquelles reposent nos sociétés contemporaines.

Un talent de vulgarisation indéniable

Les derniers jours de l’émerveillement est le fruit d’un travail de documentation en amont conséquent. Graham Moore a épluché bon nombre de documents, procès verbaux, fiches techniques afin d’étoffer son intrigue. Intrigue, qui est menée tambour battant, ne laissant pas une seconde de répit au lecteur. Le risque de ce genre de littérature est de perdre le lecteur dans une surabondance de détails inutiles qui font perdre de vue le fil conducteur du récit en le rendant filandreux. Graham Moore évite cet écueil, et parvient avec brio à vulgariser des termes et procédés techniques complexes. Les termes avec lesquels il explique au lecteur la différence entre le courant continu et alternatif, ainsi que les subtilités du fonctionnement de l’électricité, sur lesquelles repose toute l’intrigue, sont parfaitement clairs et limpides pour les non initiés que nous sommes. Une fois les enjeux scientifiques et juridiques évoqués, l’intrigue peut démarrer.

Une fiction historique passionnante et des personnages attachants

La querelle qui oppose Edison et Westinghouse est vieille comme le monde, deux hommes, deux orgueils et une innovation. À cela s’ajoutent des nuances juridiques, ainsi qu’une nouvelle législation en matière de brevets. Chacun devra choisir son camp et aiguiser les armes avec lesquelles il compte évincer son adversaire. Par son manque d’expérience et sa candeur naturelle, Paul Cravath apporte un vent de fraicheur. Graham Moore précise à la fin de son ouvrage la véracité des faits sur lesquels il s’est appuyé pour écrire son roman. La réussite du récit tient autant à l’intrigue qu’à l’attachement aux personnages. Graham Moore oppose à une vision manichéenne, et donc simpliste, des évènements, une vérité plus complexe qu’il n’y paraît où les apparences sont souvent trompeuses. Chaque protagoniste est guidé par son intérêt propre, qui diffère de son homologue. Si Edison se veut le chef d’orchestre d’une machine à innover, Georges Westinghouse revendique la qualité de ses produits, tandis que le savant fou incarné par Nikola Tesla consacre toute son énergie et son génie au progrès scientifique

Les prémices du capitalisme moderne

Au fil des pages l’auteur relève des signes avant-coureurs annonçant le changement de paradigme qui semble s’opérer dans la société américaine de la fin du XIXe siècle. Il évoque les conséquences du progrès scientifique sur les conditions de travail. En effet, le maillage électrique du territoire aura pour conséquence à terme une augmentation du temps de travail journalier. L’usage de l’électricité évolue et ne se cantonne plus uniquement au monde extérieur. C’est tout un système économique qui mute au rythme des innovations technologiques, sans que cela ne soit prémédité. L’argent au fil du récit occupe une place de plus en plus central, le seul personnage qui parvient à tirer avantage de chaque situation est le financier J.P Morgan. Le récit se clôt sur l’évocation d’Henry Ford. Henry Ford incarne un nouveau type d’organisation de la production où l’inventivité n’a plus sa place. À l’innovation, se substitue la rationalisation. L’épilogue n’est pas le fruit d’une décision fortuite mais bien celui d’une volonté de la part de l’auteur d’évoquer l’avénement d’un nouveau mode de production dont le moteur ne sera plus le progrès mais le profit.

Conclusion

Graham Moore signe un thriller hautement addictif avec Les dernières heures de l’émerveillement. La narration évolue à un rythme soutenu, on ne s’ennuie jamais. Si Graham Moore avait été professeur, je pense que j’aurais eu plus d’appétence pour les matières scientifiques 😉 … L’auteur réalise un véritable tour de force en parvenant à rendre captivant un sujet aussi peu alléchant que la distribution de l’électricité sur le territoire américain. Je conseille ce roman qui j’espère fera l’objet d’une adaptation cinématographique.

>>> RENTRÉE LITTÉRAIRE 2017 (#RL2017)

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