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Croc-Blanc, Jack London : un chef d’œuvre intemporel

18 décembre 2017
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Croc-Blanc s’inscrit dans la droite lignée de ce qu’on appelle plus communément le « nature writing » ou encore les récits d’écrivains voyageurs, avec toutefois cette originalité de se glisser dans la peau de l’animal. Grand classique, voire incontournable de la littérature américaine, Croc-Blanc est injustement catégorisé littérature jeunesse. Alors qu’en réalité, ce roman d’apprentissage d’une grande modernité de ton s’adresse à un public averti. Jack London nous emmène sur les traces d’un chien-loup au cœur du Grand Nord. Il dépeint un univers cruel, une nature à l’état sauvage où la loi du plus fort sévit de manière impitoyable, sous une plume féroce et confondante de réalisme. Il émane de l’écriture de Jack London une force vitale telle que l’effet de réel est total. Fruit d’une observation minutieuse de cette « nature sauvage »- thème de prédilection de l’auteur et sujet central de son œuvre – et de ses expéditions qui lui ont fournies la matière de ces romans, Jack London parvient à communiquer au lecteur sa fascination pour les grands espaces, ces paysages polaires, quasiment lunaires. La langue de Jack London est nette, brute, sans fioriture, ce qui contribue au réalisme des scènes dont le lecteur est témoin. C’est à travers les yeux de Croc-Blanc, trois quart loup, un quart chien, que l’on découvre le Grand Nord. Tour à tour recueilli par des Indiens qui en feront un chien de traîneau et lui enseigneront à renier sa nature de prédateur, il sera par la suite racheté par un homme cruel qui en fera un chien de combat, attisant ses plus vils instincts. Aveuglé par la haine et la rage ainsi que par sa peur des hommes, pour lesquels il n’approuve que méfiance, il sera secouru par un homme qui lui apprendra à aimer en l’obligeant à travailler sur sa nature profonde. Jack London est un des premiers auteurs à s’immiscer dans la tête d’un animal et à tenter de disséquer sa psychologie. Taxé d’anthropomorphisme, Croc-Blanc n’en est pas moins un chef d’œuvre de la littérature !

La nature sauvage

Dès les premières pages, Jack London met un point d’honneur à souligner l’hostilité de la nature sauvage, sa cruauté et sa dureté. À aucun moment il ne cherche à enjoliver, ni à sublimer, la réalité. La mort d’un homme dévoré par des loups affamés suffira de vous convaincre que ce roman ne s’adresse nullement à un public exclusivement jeune. N’étant pas particulièrement friande de « nature writing » et étant même plutôt réfractaire aux écrits d’écrivains voyageurs, en relisant Croc-Blanc j’ai été subjuguée par la beauté des paysages décrits. La dynamique entre les espèces, cette loi immuable qui consiste à tuer ou être tué et la place particulière qu’occupe l’homme dans le règne animal sont parfaitement expliqués sous la plume de l’auteur américain. Un chapitre en particulier m’a interpellé, celui consacré à la mue du jeune louveteau. Il découvre l’environnement qui l’entoure, sa condition de chasseur s’impose à lui. Soit le rôle inné qu’il doit jouer pour garantir l’équilibre au sein d’un écosystème fragile. Chaque expérience sera l’occasion pour Croc-Blanc de parfaire son apprentissage. Ainsi, il apprendra à ses dépens que le feu brûle.

Un récit anthropomorphique ?

Jack London décrit Croc-Blanc comme un animal rusé, capable d’éprouver un sentiment de vengeance et de choisir le moment adéquat pour mettre celle-ci à exécution. Objet de moqueries lorsqu’il se brûle le museau, il associera immédiatement le rire au sentiment de honte. L’agilité dont Croc-Blanc fait preuve au cours de ses combats laisse deviner des capacités d’analyse hors norme. Les similitudes entre l’homme et la bête sont telles, qu’à certains moments la limite les séparant semble poreuse. Personnellement, cela ne m’a pas dérangé. Bien au contraire, je trouve que Jack London réussit merveilleusement bien à nous glisser dans la peau de Croc-Blanc. Nous sommes bien loin de l’anthropomorphisme à la Disney ou des fables de Lafontaine. Jack London est un des rares auteurs à avoir disséquer avec tant de précision les émotions animales et c’est qui contribue à faire de ce texte un récit intemporel. Il a su capter et rendre le combat intérieur que mène en permanence Croc-Blanc entre ses origines de chien domestiqué par l’homme et de grand prédateur.

Conclusion

Croc-Blanc est incontestablement un chef d’œuvre intemporel ! Le texte est sublime, l’écriture d’une très grande modernité, le récit passionnant. Il fait partie des grands classiques de la littérature à relire une fois tous les dix ans, histoire de se replonger dans ce texte mythique. Si vous ne l’avez pas déjà lu, je vous conseille vite d’y remédier, vous ne serez pas déçus.

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