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Cartes postales de Grèce, Victoria Hislop : une ode à la Grèce sous forme de recueil de nouvelles

18 juin 2017
booksnjoy - cartes postales de grece - victoria hislop

Cartes postales de Grèce est le sixième « roman » de l’auteure anglo-saxonne Victoria Hislop mondialement connue pour son ouvrage L’île des oubliés – vendu à plus de 2 millions d’exemplaires à travers le monde et lauréat du Prix des Lecteurs du Livre de Poche. Cartes postales de Grèce est le premier ouvrage que je lis de cette auteure qui ne m’était néanmoins pas inconnue. La maison d’édition Les Escales m’a très gentiment proposé de recevoir le livre et offert la possibilité d’en faire une chronique. Cette maison d’édition a pour vocation, entre autre, de faire voyager ses lecteurs. Je m’attendais donc à être dépaysée. Toutefois, en entamant ma lecture j’avais quelques réserves. Je craignais une énième histoire d’amour à l’eau de rose sur fond de paysages solaires bleus et blancs. Une romance sans profondeur dans un cadre paradisiaque. Au fil de ma lecture, sans m’en rendre compte, je me suis laissée prendre par la plume de l’auteur. Ce que je pensais être un roman s’est révélé être un recueil de nouvelles déguisé. Ces nouvelles n’ont aucun lien les unes avec les autres, elles sont liées à l’endroit où se trouve le narrateur dont on suit les pérégrinations. Ainsi, elles peuvent parfaitement être lues indépendamment les unes des autres. Leur seul point commun semble être la volonté de l’auteure de nous donner à voir les charmes de la Grèce. L’amour et l’affection que Victoria Hislop éprouve pour ce pays suinte à chaque page de ce « roman ». Et c’est précisément ce qui m’a touchée.

Résumé

Dans sa boîte aux lettres, Ellie trouve, semaine après semaine, des cartes postales signées d’une simple initiale : A. Ces cartes ne lui sont pourtant pas destinées. Pourquoi lui parviennent-elles ? Qui est l’expéditeur ? Mystère.

Portant l’éclat du ciel grec et l’eau cristalline de la mer, ces missives sortent la jeune femme de sa morosité quotidienne. Une jour, elles cessent cependant d’arriver. Ellie se sent délaissée, privée de cette bouffée d’oxygène qui la faisait rêver et voyager. Elle prend alors une décision : découvrir ce pays par elle-même.

Le matin de son départ, Ellie reçoit un carnet par la poste. L’odyssée d’un homme, le fameux A, y est racontée. Celui-ci observe avec tendresse et générosité les Grecs, leurs coutumes, et ce qui fait le sel de leur quotidien. Derrière ses observations et ses savoureuses anecdotes se dessine le portrait d’un homme blessé. Pourrait-il encore croire en l’amour ?

Les Escales

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Éclaircissement préalable et mise au point

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite éclaircir quelques points. Tout d’abord, comme je l’ai dit plus haut, ce « roman » tient plus du recueil de nouvelles. J’ai perçu cette histoire en filigrane entre Ellie et A comme un prétexte permettant à l’auteure d’exposer ses considérations, observations au lecteur. Par conséquent, j’ai été très étonnée en lisant la quatrième de couverture qui n’est absolument pas représentative du roman. Le résumé insiste sur la relation entre Ellie et A et en fait le coeur de l’intrigue. Tandis que celle-ci n’est pas évoquée une seule fois dans l’ouvrage. Si j’ai beaucoup apprécié ce livre, il me semble toutefois indispensable que le lecteur sache à quoi s’attendre en se le procurant.

Une découpage judicieux sous la forme de nouvelles 

Victoria Hislop a choisi selon moi le découpage le plus adéquate. Cette succession de nouvelles lui permet de faire se succéder des sujets divers et variés sans obligation de corrélation entre les parties. Le genre de la nouvelle permet une plus grande liberté rédactionnelle et narrative. Le lecteur suit les pérégrinations à travers la Grèce du mystérieux A qui tente de se remettre d’un échec amoureux particulièrement douloureux. Ainsi nous découvrons le Péloponnèse, l’île d’Icarie, l’île d’Andros, les Météores pour finir par Athènes, en passant par de multiples villes et villages. Chaque arrivée dans un nouvel endroit est l’occasion pour A de nous conter une nouvelle histoire, entre réalité, mythe et conte. Dans ces histoires en apparence légères transparaissent les caractères propres au peuple grec. Entre hospitalité, pauvreté, religion, crise économique, poids des mythes, fragmentation du territoire, corruption…on découvre pêle-mêle les grands défis de la Grèce d’aujourd’hui. Le passé, le présent et les défis du futur sont parfaitement imbriqués et jamais pays n’a autant eu à composer avec un passé glorieux révolu.

Certaines nouvelles m’ont particulièrement plues, c’est le cas notamment de « Je reviens », « Eau bénite », « Amoureux de l’amour » et de « Lune de miel ». La glaçante « Lune de miel » m’a fait froid dans le dos et peut s’envisager comme un mini thriller. Un couple en lune de miel se retrouve séquestré par la population locale au cours d’une cérémonie religieuse. J’ai adoré cette histoire où l’auteure jongle entre suspens, pratiques religieuses obscures et réalité. Tous les ingrédients sont présents pour vous glacer le sang. En vingt-cinq pages l’auteure arrive à créer une véritable tension. « Amoureux de l’amour » m’a également beaucoup touchée. Elle met en scène un homme faisant une découverte pour le moins inattendue. Il découvre enterrée dans le sol une statue en marbre à l’effigie d’Aphrodite. Victoria Hislop nous communique avec brio l’émotion de cet homme frustre devant la beauté de la femme à l’état brut. Cette sensibilité innée face à la beauté de l’art est parfaitement décrite et s’avère extrêmement touchante. J’ai été émue par cet homme qui, au péril de sa santé, s’est acharné à faire émerger du sol cette statut de femme.

L’auteure observe avec minutie les comportements, us et coutumes propres au peuple grec

Ce « roman » a été l’occasion d’approfondir ma connaissance de la civilisation grecque. On y apprend que les deux occupations dont a été victime la Grèce – turque puis allemande – sont encore aujourd’hui dans les esprits. Je ne pensais pas, au vue du temps écoulé, que l’occupation turque et la prise de Constantinople en 1453 était encore aujourd’hui un sujet délicat. L’hostilité envers le peuple albanais et le racisme sous-jacent me semblaient s’être atténués. L’influence des rites et de la religion est considérable. La plupart des nouvelles ont pour toile de fond un événement religieux. Le calendrier religieux semble encore de nos jours rythmer la vie des Grecs. Victoria Hislop ne mâche pas ses mots quand elle décrit les dérives de la Grèce d’aujourd’hui. Entre désintéressement de la population, refus de payer les impôts, corruption de la classe politique, elle nous décrit un pays en proie à de lourds conflits internes. L’émigration économique et l’attachement au sol sont également abordés par l’auteure à travers la nouvelle « Connais-toi toi-même ». On y découvre une femme grecque en proie à un cruel dilemme : faire le choix de partir pour mieux gagner sa vie ou rester attachée au pays qu’elle aime. Tous ces sujets et bien d’autres encore sont traités dans cet ouvrage.

Conclusion

Cartes postales de Grèce est un ouvrage que je conseille, en particulier en ce moment. L’été arrive, synonyme de vacances, plages, sable fin, transats et surtout temps libre pour lire ! 😉 C’est un roman parfaitement de saison qui dépaysera le lecteur. Recueil délicat, c’est une lecture très agréable et contre toute attente, plus profonde qu’elle n’y paraît. Toutefois, je le redis ce n’est pas à proprement parlé un roman mais plutôt un recueil de nouvelles qui peuvent être lues indépendamment les unes des autres.

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