LITTÉRATURE FRANÇAISE ROMANS

Le Grand Meaulnes, Alain-Fournier : le roman de l’adolescence et de l’amitié (#ClassicBooks)

3 avril 2020
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Classique de la littérature française, Le Grand Meaulnes – dont la parution en 1913 précède d’un an la mort de son auteur, tombé au combat – est l’unique roman d’Alain-Fournier. La proximité entre la date de parution, l’éclatement du conflit et le décès de l’auteur résonne douloureusement à la lecture du roman. Le tragique de cette temporalité est exacerbé par les thèmes évoqués. Le Grand Meaulnes est un très beau texte sur l’adolescence et l’amitié mettant en scène deux jeunes garçons à la fin du 19e siècle. L’arrivée d’Augustin Meaulnes – dit le grand Meaulnes – au village et l’aventure qu’il vivra avec François annonce la fin de leur enfance. À travers le récit que le nouveau venu fait à son ami, d’une fête grandiose à laquelle il a assisté, de sa rencontre avec une jeune châtelaine dont il s’est épris, d’un coup de feu tiré dans les bois, de personnages habillés en costumes d’apparat et d’un fiancé dont la promise s’est envolée, Alain Fournier esquisse un roman comme un hommage aux histoires que l’on se raconte quand on est enfant. Où les rêves prennent le pas sur la réalité, où chaque expérience est sublimée et où la distinction entre les faits vécus et l’imagination finit par s’estomper avec le temps. Le souvenir conservé rejoindra ceux que, devenu grand, on aimera raviver, échappant un court instant à la crudité d’une vie où la magie s’est tarie. Le Grand Meaulnes c’est l’histoire de deux adolescents qui vont tenter de retrouver le chemin vers une demeure enchantée, un lieu de festivités où le temps est suspendu et où l’on reste enfant à tout jamais. Loin d’être un roman du terroir dont l’aura magnétique aurait faibli et le charme suranné se serait émoussé, il fascine toujours autant. Le style est réaliste. L’atmosphère onirique et teintée de mystère. Une tentative peut-être de conserver intact le charme d’une époque avant que la folie ne l’emporte. C’est un classique exquis dans lequel on se glisse facilement mais qui marque durablement. Un petit bijou pour les nostalgiques de cet âge révolu.

Un roman initiatique tragique : l’amitié, l’adolescence et les premiers amours

Le succès phénoménal de l’unique roman d’Alain-Fournier tient certainement aux thèmes universels qui le traversent. La fin de l’enfance, les premières amours contrariées, les fantasmes déçus venant se briser sur la réalité, la violence des sentiments, l’amitié et les serments d’adolescents, la ruine, la pauvreté, la maladie et la mort. Autant de sujets qui confèrent au roman, qui n’a rien d’une bluette, une dimension tragique. L’ouvrage est divisé en deux parties bien distinctes. La première est celle de l’éveil du narrateur qui coïncide avec l’arrivée d’Augustin Meaulnes. François Seurel est un adolescent craintif affublé d’une infirmité qui le contraint à rester à l’écart des activités des garçons de son âge. La grande aventure de sa vie il la vivra par procuration grâce au grand Meaulnes. Son incidence sera telle que son infirmité disparaîtra lorsqu’il découvrira le chemin qui mène au « Domaine inconnu », agissant comme une sorte de déclic, de libération. C’est le regard que porte Augustin Meaulnes sur la nuit étrange qu’il a passée dans le domaine qui donne l’impression au lecteur d’évoluer dans un monde onirique, un univers ouaté, comme si les événements avaient été vécus au travers d’une brume fine venue se déposer sur la pellicule. La noce à laquelle participe Augustin se clôt sur un coup de feu dans la forêt, qui laisse envisager un épilogue tragique à l’épisode raconté. Toute la seconde partie, beaucoup plus réaliste, lève le voile sur ce qui s’est réellement passé. Alain-Fournier établit une rupture clair dans le récit. Il s’attache aux faits et non à retranscrire le réel défiguré par les fantasmes d’enfants en quête d’aventures. Le grand Meaulnes part à Paris pour tenter de retrouver la jeune femme aperçue cette mystérieuse nuit. Cette recherche devient l’obsession d’une vie. Le frère de la jeune fille – pour qui cette fête de fiançailles avait été organisée – désespéré et éperdu de douleur s’est volatilisé à l’issue de la soirée. Qu’est-il devenu ? Parviendra-t-il à épouser celle qu’il aimait et l’a trahi ? Il faut attendre la toute fin du roman pour que tout se mette en place. Que l’on comprenne enfin les relations qu’entretiennent chacun des personnages. 

L’idée très belle au cœur du roman et qui le rend si contemporain – malgré l’époque dans laquelle il est ancré, c’est que la fin de l’enfance suppose de faire le deuil de ses rêves et d’accepter que l’étendue des possibles s’avère plus limitée qu’enfant on se l’imaginait.

Un classique incontournable !

L’arrivée d’Augustin Meaulnes, qui coïncida avec ma guérison, fut le commencement d’une vie nouvelle.

L’autre avait accepté cette existence sauvage, pleine de risques, de jeux et d’aventures. Il lui avait semblé recommencer son enfance…

Mais un homme qui a fait une fois un bond dans le Paradis, comment pourrait-il s’accommoder ensuite de la vie de tout le monde ? Ce qui est le bonheur des autres m’a paru dérision. Et lorsque, sincèrement, délibérément, j’ai décidé un jour de faire comme les autres, ce jour-là j’ai amassé du remords pour longtemps…

[…] lorsque j’avais découvert le Domaine sans nom, j’étais à une hauteur, à un degré de perfection et de pureté que je n’atteindrai jamais plus. Dans la mort seulement, comme je te l’écrivais un jour, je retrouverai peut-être la beauté de ce temps-là…

[…] le temps des fantasmagories et des enfantillages est passé.

[…] il ne me voyait qu’en imagination et non point telle que j’étais.

Pour aller plus loin…

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